Affaire « Bild » : La procureure-générale aurait rejeté l’accord proposé par Jonatan Urich

Les termes de cette offre auraient permis au proche conseiller du Premier ministre de plaider coupable concernant des chefs d'accusation revus à la baisse, sans être poursuivi pour atteinte à la sécurité nationale

Jonatan Urich lors d'une audience dans le cadre de l'enquête sur l'affaire du "Qatargate", au tribunal de Lod, le 6 janvier 2026. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Jonatan Urich, conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a récemment tenté de conclure un accord dans l’affaire du « Bild » – un dossier qui concerne la fuite de documents issus des services de renseignement vers un média étranger – mais sa demande a été rejetée par les bureaux de la procureure-générale et du procureur de l’État, selon un article de presse publié mercredi.

Urich est soupçonné – comme c’est également le cas de l’ancien porte-parole de Netanyahu, Eli Feldstein – d’avoir révélé les contenus de documents classifiés au tabloïd allemand Bild pendant l’été 2024. Leur objectif présumé, à l’époque, était d’influencer l’opinion publique israélienne en la dissuadant de soutenir la conclusion d’un accord sur les otages avec le Hamas dans un contexte de guerre qui faisait rage à Gaza.

Au mois de juillet 2025, le bureau de la procureure-générale avait indiqué qu’il allait engager des poursuites à l’encontre d’Urich pour des infractions liées à la sécurité – avec notamment la transmission d’informations classifiées dans l’intention de porter atteinte à la sécurité de l’État, la possession d’informations classifiées et la destruction de preuves.

Le quotidien Haaretz a toutefois rapporté, dans son édition de mercredi, que l’avocat d’Urich, Amit Hadad, avait récemment soumis un accord de compromis qui aurait permis à Urich de plaider coupable pour des chefs d’accusation moins graves, lui permettant d’échapper à un jugement pour atteinte à la sécurité de l’État.

Ces chefs d’accusation lui auraient permis d’éviter une peine de prison, a-t-il noté – son client étant condamné à de simples travaux d’intérêt général.

Jonatan Urich (à droite) saluant l’avocat Amit Hadad (à gauche) lors d’une audience dans le cadre de l’enquête Qatargate, au tribunal de Lod, le 6 janvier 2026. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Citant des sources juridiques proches de l’accord de compromis qui a été proposé, Haaretz a fait savoir que certains responsables du système judiciaire s’étaient montrés enclins à accepter l’offre soumise dans la mesure où en admettant avoir été impliqué dans l’affaire à un niveau ou à un autre, Urich aurait réfuté les allégations qui laissaient entendre, par ailleurs, que le dossier était sans fondement – ce que Netanyahu lui-même a dit et répété.

La procureure générale Gali Baharav-Miara et le procureur général Amit Aisman auraient toutefois rejeté l’accord de compromis – en partie parce qu’ils ont estimé que la peine de travaux d’intérêt général proposée était insuffisante au regard du crime qu’Urich aurait admis s’il l’avait acceptée.

De plus, Haaretz a noté que l’accord de compromis avait peut-être été rejeté en raison de la « chance raisonnable », selon le journal, qu’Urich puisse être condamné pour des chefs d’accusation plus graves si les poursuites devaient continuer.

L’affaire Bild concerne la fuite – illégale – de documents sensibles et classifiés des services de renseignement militaire auprès d’un journal allemand. Les documents auraient été retirés par un sous-officier servant dans la réserve, Ari Rosenfeld, et Feldstein les aurait ensuite remis au tabloïd, avec l’aide d’Urich.

Les documents en question étaient consacrés à une note interne du Hamas qui était censée montrer que le groupe terroriste ne s’intéressait nullement, à l’époque, aux compromis nécessaires qui auraient permis de conclure un accord qui aurait garanti le rapatriement des otages. Ils avaient été révélés pour défendre le positionnement qui était alors celui de Netanyahu, qui disait que seules des pressions militaires accrues entraîneraient la remise en liberté des captifs alors même que le public israélien était alors sous le choc du meurtre, par leurs ravisseurs, de six otages à Gaza, à la fin du mois d’août 2024.

L’article du Bild, paru en date du 6 septembre 2024, citait le contenu de documents qui, semble-t-il, avaient été découverts par Tsahal sur l’ordinateur du chef du Hamas Yahya Sinwar, tué au combat.

Urich – comme c’est également le cas de Feldstein et de l’ancien conseiller de campagne de Netanyahu, Yisrael Einhorn – est également un suspect déterminant dans l’affaire dite du « Qatargate ». Dans ce dossier, il est accusé d’avoir accepté de l’argent pour mettre en place une campagne de relations publiques dont l’objectif était de présenter le Qatar sous un jour favorable, campagne qui avait duré plus d’un an après le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. Il avait accepté cette mission malgré le soutien apporté par cet État du Golfe au groupe terroriste, tout en travaillant au sein du cabinet du Premier ministre.

En début de semaine, le tribunal de première instance de Rishon Lezion a levé la quasi-totalité des mesures restrictives imposées à Urich, lui permettant ainsi de reprendre contact et de travailler à nouveau avec Netanyahu après en avoir été empêché pendant un an.

L’interdiction faite à Urich de quitter le pays est restée en vigueur, et il lui est toujours interdit de s’exprimer sur les enquêtes auprès de Netanyahu ou de toute autre personne liée à ces deux affaires.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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