Affaire flydubai : Regev rejette la faute sur le contrôle des pilotes et répond à Lapid

Selon le ministère des Transports, les vols ne sont pas sûrs à 100 % faute de vérification portant sur les pilotes étrangers

Le ministre des Transports, Miri Regev, lors d'une cérémonie organisée pour les personnalités qui procéderont à l'allumage des torches à Yom HaAtsmaout, à la Knesset de Jérusalem, le 23 avril 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La ministre des Transports, Miri Regev, et son ministère font face à une pluie de critiques depuis samedi suite à la tentative d’attaque terroriste menée à bord du vol Flydubai, des informations ayant révélé que des pilotes originaires de pays hostiles à Israël avaient à plusieurs reprises posé des avions en Israël, ces dernières années, à commencer par le copilote omanais à l’origine de l’attaque de mercredi dernier.

Miri Regev et son ministère ont fait savoir qu’ils n’étaient pas responsables des failles de sécurité antérieures à l’attaque, au cours de laquelle le copilote Hamam al-Hammami a poignardé le commandant de bord, dans le but de faire s’écraser l’appareil, son équipage et ses 180 passagers, presque tous israéliens.

Le ministère a déclaré ne pas disposer des moyens nécessaires pour vérifier les antécédents des pilotes étrangers, avant d’ajouter qu’il n’y avait aucun moyen d’assurer à 100 % la sécurité des vols étrangers à destination d’Israël.

« Ce sont les services de sécurité qui sont supposés savoir de qui se composent les équipages. Nous ne sommes pas en charge de la sécurité », a déclaré samedi au micro du diffuseur public Kan Miri Regev. « C’est aux services de sécurité d’évaluer le niveau de menace et d’établir dans quelle mesure on peut ou non se rendre dans telle ou telle destination ».

Au-delà de l’héroïsme de ceux qui ont permis de déjouer cet attentat, l’attention s’est désormais tournée vers la manière dont cela aurait pu être évité et sur ce qu’Israël doit faire pour se prémunir de telles attaques. La question est d’autant plus sensible que l’on s’approche de la date des élections israéliennes du 27 octobre ; les opposants au Premier ministre Benjamin Netanyahu l’accusent de négliger la sécurité du transport aérien.

Selon Haaretz, la réglementation israélienne interdit aux pilotes originaires de pays n’entretenant pas de relations diplomatiques avec l’Etat juif d’atterrir en Israël. La loi prévoyant la transmission aux agences de sécurité israéliennes des rôles d’équipages a été adoptée il y a de cela plus de trois ans.

Or, l’appareil de sécurité israélien n’aurait pas appliqué ces mesures.

Samedi, la chaîne N12 a rapporté qu’al-Hammami avait piloté des avions de Flydubai sur la ligne Dubaï-Tel-Aviv à plusieurs reprises avant sa tentative de mercredi dernier. Les autorités israéliennes seraient en train de vérifier dans quelle mesure il aurait effectué ce trajet quelques jours avant l’attentat terroriste.

Selon la chaîne N12, Flydubai a, comme prévu, transmis avant le vol de mercredi aux autorités israéliennes le nom des membres d’équipage, y compris celui d’al-Hammami, ce qui n’a semble-t-il éveillé aucune inquiétude du côté des services de sécurité.

Toujours selon la chaîne N12, Israël ignorait qu’al-Hammami s’était vu interdire de vol par son précédent employeur, Oman Air, en raison de craintes liées à sa radicalisation.

Les enquêteurs israéliens n’ont pas encore pu s’entretenir avec al-Hammami, qui fait l’objet d’une enquête aux Émirats arabes unis ; pour l’heure, ils s’appuient sur les éléments transmis par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

« Une course contre la montre » pour identifier les pilotes originaires de pays hostiles

L’inquiétude dépasse le seul cas d’al-Hammami, précise la chaîne N12 avant d’ajouter qu’Israël se livre à une « course contre la montre » pour établir dans quelle mesure des pilotes originaires de pays hostiles pilotent des avions de compagnies étrangères à destination et au départ de l’aéroport Ben Gurion. Citant des sources anonymes du milieu de l’aviation, la chaîne affirme que, ces dernières années, des pilotes originaires d’Iran, de Syrie, d’Irak et d’autres pays ennemis d’Israël ont fait voler des avions commerciaux étrangers au départ et à destination de l’État juif. Elle ajoute que ces pilotes possèdent la double nationalité, avec un second passeport vraisemblablement délivré par un pays non ennemi.

D’après N12, des autorités internationales non nommées aideraient Israël à traiter cette faille de sécurité manifeste.

En ce qui concerne les équipages de compagnies aériennes étrangères, l’aéroport Ben Gurion est une « zone de non-droit », estime N12, sur la foi de sources anonymes des milieux de la sécurité.

Selon N12, le ministère des Transports, responsable de la supervision et du contrôle des pilotes de compagnies étrangères qui desservent Israël, ne fait pas son travail. De surcroît, ni l’agence de sécurité du Shin Bet ni l’agence de renseignement du Mossad ne vérifient les antécédents des pilotes étrangers.

« Rien n’est sûr à 100 % » en matière de sécurité aérienne, déclare le ministère des Transports

Samedi soir, le ministère des Transports a confirmé qu’il ne contrôlait pas les antécédents des pilotes qui desservent Israël, ajoutant ne pas être en mesure de garantir que ces vols soient sûrs « à 100 % ».

Lors d’une réunion, la division de la sécurité du ministère des Transports a nié avoir reçu en amont le nom des pilotes et autres membres de l’équipage de Flydubai, ni même pouvoir vérifier les antécédents des pilotes étrangers qui desservent Israël.

« Nous ne sommes pas un service de renseignement chargé de contrôler le profil sécuritaire des étrangers », explique un représentant de la division. « Nous n’avons pas de personnels en poste à l’étranger. Nous n’avons pas de personnels chargés de vérifier chacune de ces personnes à l’étranger ».

La division se dit par ailleurs incapable de préciser combien de pilotes originaires de pays hostiles ont atterri en Israël, et tout aussi incapable de promettre que les vols des compagnies aériennes étrangères sont totalement sûrs. Elle explique sous-traiter la vérification des antécédents aux compagnies aériennes elles-mêmes.

« Rien n’est sûr à 100 % en matière de sécurité », a déclaré le représentant de la division, selon Ynet. D’après la chaîne N12, qui cite ce même représentant, le ministère ne peut pas promettre « à 100 % que cela ne se reproduira pas », et le seul moyen de faire cesser cette menace est d’interdire aux compagnies aériennes étrangères d’atterrir en Israël.

S’exprimant sur Kan, Miri Regev a refusé de donner le moindre détail concernant l’enquête de son ministère sur l’attentat ou de confirmer qu’al-Hammami avait déjà atterri en Israël par le passé.

Elle a déclaré que l’Administration fiscale israélienne était chargée d’examiner le manifeste de l’avion et avait, à cette fin, reçu la liste des passagers et des membres d’équipage. Elle a ajouté que le Shin Bet était en charge de la sécurité des compagnies aériennes israéliennes et le Mossad, de la sécurité à bord des compagnies étrangères.

Eisenkot : L’attaque « est le signe d’un terrible échec » de Netanyahu

La question de possibles manquements du gouvernement, avant l’attentat, alimente la campagne électorale.

Samedi, Gadi Eisenkot, chef du parti d’opposition centriste Yashar, s’en est vivement pris à Netanyahu suite à l’attentat, reliant cette catastrophe évitée de justesse au refus du Premier ministre d’instituer une commission d’enquête d’État sur les atrocités menées par le Hamas le 7 octobre 2023. Netanyahu n’a jamais endossé la responsabilité des failles n’ayant pas permis d’empêcher le pogrom, survenu sous son mandat de Premier ministre.

« Ceux qui fuient le mot « responsabilité » et refusent d’enquêter sur la vérité depuis le 7-Octobre… mettent, jour après jour, Israël en danger du fait de leurs défaillances et de grands désastres », a écrit Eisenkot sur X. « Nous en avons encore eu la preuve la semaine dernière, lorsque 180 Israéliens ont été sauvés de l’inconséquence du gouvernement en place le 7-Octobre par la présence d’esprit et le l’héroïsme de certains ».

« Les graves révélations sur la conduite du ministère des Transports et le fait que des pilotes originaires de pays ennemis ont atterri en Israël sont une preuve de plus que l’État d’Israël est « géré » par des personnes non qualifiées et indignes », a ajouté Eisenkot.

Les sources anonymes qui s’en sont ouvertes à la chaîne N12 ont en outre déclaré que « le colossal fiasco sécuritaire » mis en évidence par l’attentat terroriste de mercredi dernier était « aussi grand que le miracle » grâce auquel le pilote et d’héroïques passagers ont maîtrise al-Hammami et sauvé les 180 personnes qui avaient pris place à bord de l’appareil.

Elles ont également comparé cet incident au pogrom du 7-Octobre, au moment où « tout était là sous nos yeux, mais que personne n’a regardé ». Le pilote omanais devait préparer cette attaque depuis longtemps, ont-elles affirmé, « et pourtant, Israël n’avait pas de la moindre information sur lui ».

Par ailleurs, après avoir une fois de plus affirmé son absence totale de responsabilité, Miri Regev s’en est prise au chef de l’opposition Yair Lapid, qui reproche à son ministère de ne pas avoir empêché l’attentat.

« Le ministère des Transports n’est pas un service de renseignement. Il n’effectue pas de vérifications, n’est pas censé en faire et n’a aucun accès à ces données », a indiqué Mme Regev, ajoutant que seuls les services de renseignement avaient ces informations.

Elle a ajoute que Yair Lapid était « superficiel, futile et malhonnête », et qu’il « ne comprenait rien à l’aviation ».

D’après les témoignages de hauts responsables israéliens, cela fait des années que le ministère des Transports ne contrôle plus la sécurité des compagnies aériennes étrangères qui desservent Israël, notamment en ce qui concerne la vérification du profil des pilotes.

Miri Regev répondait aux propos de Yair Lapid — lequel figure en deuxième position sur la liste Beyahad de Naftali Bennett —, qui s’était saisi des déclarations faites samedi soir par un représentant du ministère des Transports au sujet de l’absence totale de contrôle du ministère sur les pilotes étrangers et de l’impossibilité de garantir que cela ne se reproduise pas.

« Imaginez que vous deviez monter à bord d’un avion avec un bébé et un enfant de quatre ans, et que vous entendiez un représentant du gouvernement déclarer à propos du vol Flydubai : « Il n’est pas garanti à 100 % que cela ne se reproduise pas » », a déclaré M. Lapid.

« Ce dont vous et vos enfants avez besoin, c’est d’une équipe de dirigeants capables de prendre leurs responsabilités pour veiller à la vie de tous. Il n’y a que BeYahad pour ça. »

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