Affaire Jérémie Cohen: deux hommes jugés pour l’avoir tabassé avant qu’il soit percuté par un tramway
Les deux accusés, aujourd'hui âgés de 31 ans et 27 ans, ont admis l'agression devant les enquêteurs, en récusant tout caractère antisémite
Quatre ans après le décès de Jérémie Cohen, percuté par un tramway à Bobigny, deux hommes sont jugés à partir de lundi pour le tabassage de ce trentenaire, roué de coups juste avant la collision.
La mort survenue en février 2022 de cet homme de confession juive, porteur d’un handicap psychique, avait été propulsée à la Une de l’actualité en avril, quelques jours seulement avant le premier tour de l’élection présidentielle.
Ne croyant pas à la piste initiale de l’accident mortel de la circulation, sa famille avait mené ses propres investigations dans le quartier, avant de solliciter Eric Zemmour pour qu’il médiatise le drame. Le candidat d’extrême droite s’était alors demandé si Jérémie Cohen n’était pas « mort parce que Juif », sa rivale Marine Le Pen évoquant la possibilité d’un « meurtre antisémite ».
Le 5 avril 2022, le procureur de Bobigny avait souligné qu’aucun élément n’accréditait les « motifs discriminatoires ». La suite de l’enquête, confiée à deux magistrates, n’a pas démontré l’existence d’un motif antisémite dans cette affaire, sur laquelle Emmanuel Macron avait appelé à « faire toute la lumière ».
« La causalité entre les violences volontaires et la mort de Jérémie » constitue le coeur du dossier, souligne l’avocat de la famille du défunt, Me Franck Serfati, joint par l’AFP avant l’audience.
Durant le procès qui doit durer toute la semaine et s’achever le 23 février, les juges de la cour criminelle départementale de Seine-Saint-Denis vont examiner minutieusement le déroulé des faits.
Le 16 février 2022, vers 20H00, Jérémie Cohen, 31 ans, traverse la chaussée puis les voies: un tramway arrivant à 35 km/h le percute. Inconscient au moment de sa prise en charge par les secours, il meurt à l’hôpital dans la nuit.
Or une agression s’est produite juste avant la collision.
« C’est bien en voulant fuir les graves violences qu’il subissait de la part de plusieurs individus que Jérémie Cohen s’est dirigé vers les rails du tramway et s’est fait percuter », ont conclu en septembre 2024 les juges d’instruction, dans leur ordonnance de mise en accusation.
Les magistrates ont estimé qu’il avait « couru en direction des voies du tramway pour échapper à ses agresseurs et dans la crainte d’être de nouveau agressé ».
Deux scènes de violences
Les deux accusés, aujourd’hui âgés de 31 ans et 27 ans, ont admis l’agression devant les enquêteurs, en récusant tout caractère antisémite.
Miguel D., intérimaire de 27 ans au moment des faits, est jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion. Un de ses avocats, Me Kamel Derouiche, n’a pas souhaité s’exprimer avant le procès.
Kenny A., alors un livreur de 23 ans, est lui jugé pour violences en réunion sans incapacité.
Ils ont affirmé avoir vu Jérémie Cohen se masturber à côté d’une mère de famille, avant d’entendre une copine de l’un d’eux crier, celle-ci affirmant ensuite aux enquêteurs avoir été agressée sexuellement. Ils ont aussi assuré que Jérémie Cohen tenait une agrafeuse, ce qui n’a pu être établi.
Un automobiliste, entendu comme témoin, a lui compris que Jérémie Cohen avait uriné entre deux voitures et que deux hommes n’auraient pas apprécié son comportement envers une femme.
Les accusés auraient d’abord asséné plusieurs coups de poing et de pied à Jérémie Cohen pour le « neutraliser ». Des témoins ont parlé d' »écrasements » de tête et d’un « lynchage » du jeune homme, mutique, au sol.
De nouvelles violences avaient ensuite éclaté, devant un hall d’immeuble, Jérémie Cohen se retrouvant face à une dizaine de personnes: il avait été frappé plusieurs fois, notamment à la tête, comme le montre une vidéo tournée par un touriste, retrouvée grâce aux investigations de la famille de la victime. Les images de vidéosurveillance de la ville et de la RATP n’avaient pas apporté d’éléments à l’enquête
Les juges d’instruction ont écarté l’hypothèse que la prise régulière de Tramadol par Jérémie Cohen – sous traitement – puisse être la cause première de sa perte de repères au moment de l’accident.
Le conducteur du tramway, qui avait actionné le freinage d’urgence, a été mis hors de cause par l’enquête.