Affaire présumée d’achat de voix pour Raam : un suspect libéré dénonce une « persécution politique »
Saef Abu Reash a déclaré à Haaretz que son arrestation relevait d’une 'pure persécution politique' et que les agents n’ont présenté aucune preuve des faits qui lui sont reprochés, mais l’ont interrogé avec insistance pour savoir pour qui il avait encouragé les gens à voter
Saef Abu Reash affirme que la police ne lui a présenté aucune preuve, mais l’a interrogé sur son soutien à Raam ; un policier lui aurait demandé pourquoi les Arabes étaient mécontents d’Itamar Ben Gvir, qui, selon lui, « ne [leur] a fait que du bien »
Au lendemain de la décision d’un tribunal ordonnant sa libération sans condition, un médecin bédouin arrêté à l’aube le jour du scrutin dans le cadre d’une affaire présumée d’achat de voix en faveur du parti Raam a déclaré lundi lors d’une interview qu’un policier lui avait affirmé que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, n’avait fait « que du bien » à la société arabe.
Depuis l’arrivée au pouvoir de ce ministre d’extrême-droite, on a assisté à une forte augmentation des démolitions de maisons bédouines construites sans permis, et le taux annuel d’homicides au sein de la société arabe dans son ensemble a pratiquement doublé.
Saef Abu Reash, qui a mené une campagne d’incitation au vote dans la ville bédouine de Rahat, dans le sud du pays, où il tient un petit dispensaire, a déclaré que les enquêteurs ne lui avaient présenté aucune preuve à l’appui des allégations d’achat de voix. Ils lui auraient plutôt demandé pour qui il avait encouragé les gens à voter et s’il était conscient que son action pouvait « déterminer qui dirigera le pays ».
Selon Abu Raesh, un agent qui l’a conduit d’un commissariat à un autre lui a demandé : « Que veux-tu de Ben Gvir ? Il n’a fait que du bien pour vous. Il vous aide, il assure l’ordre public pour vous. »
Abu Raesh a déclaré au quotidien Haaretz que c’est à ce moment-là qu’il a compris qu’il s’agissait d’une « pure persécution politique ».
« Je connais les valeurs dans lesquelles j’ai été élevé et je sais que je n’ai rien fait de mal », a-t-il poursuivi. « Ils essaient d’empêcher les jeunes Bédouins de se rendre aux urnes au lieu d’encourager la prochaine génération à s’intégrer dans l’État. »
Évoquant son arrestation, le médecin a raconté avoir été réveillé par la police qui frappait à sa porte, alors que son épouse enceinte et ses filles dormaient. Il s’est décrit comme « un homme de loi depuis toujours, c’est dans mes principes ».
« Ils m’ont conduit au commissariat, menotté. Ce fut l’un des moments les plus humiliants de ma vie », a déclaré Abu Raesh.
Il a également indiqué qu’il n’avait pas pu voter le jour du scrutin.
« Le jour de l’arrestation, ils m’ont dit : ‘Nous allons vous emmener voter’, mais lorsque nous sommes arrivés au commissariat de Dimona, l’officier m’a dit : ‘Pourquoi me le dites-vous seulement maintenant ?’ », a-t-il expliqué au journal.
« Finalement, je n’ai pas voté, mais une multitude d’autres l’ont fait. La population arabe a pris conscience qu’elle devait se rendre aux urnes pour changer la réalité. »
Abu Raesh était l’un des trois suspects arrêtés le jour des élections. L’un d’entre eux a été remis en liberté sous assignation à résidence, tandis que le troisième est toujours détenu. Quatre autres personnes ont été arrêtées deux jours plus tard ; trois d’entre elles ont depuis été remises en liberté sous assignation à résidence, tandis que la quatrième a été libérée de ses mesures restrictives à la suite d’un recours déposé par son avocat.
Les autorités ont officiellement confirmé la validité des résultats électoraux, malgré les allégations à l’encontre de Raam et une enquête distincte sur une ingérence étrangère présumée dans le scrutin, attribuée au Qatar. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est emparé de ces allégations pour jeter le doute sur les résultats électoraux qui ont vu sa coalition perdre sa majorité.
Toutefois, les autorités ont souligné que ces enquêtes avaient une portée limitée.
Dimanche, le président de la commission centrale électorale (CCE), le juge Noam Sohlberg, a réaffirmé dans un message vidéo que le scrutin s’était « déroulé correctement », afin de faire taire les allégations de fraude électorale généralisée. Sohlberg est apparu dans la vidéo aux côtés du chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, David Zini, du directeur général par intérim de la CCE, Dean Livne, et de la procureure générale, Gali Baharav-Miara ; tous les quatre ont présenté un front uni contre ces allégations.
Malgré cela, le Likud de Netanyahu a publié un communiqué dans lequel il estimait qu’il était « extrêmement déconcertant » que Sohlberg qualifie les allégations d’ingérence étrangère de « très graves », tout en concluant d’emblée qu’elles n’avaient eu aucune incidence sur le résultat de l’élection, alors que l’enquête n’était pas encore terminée. Le parti a affirmé que ces allégations jetaient « une ombre sur les résultats de l’élection ».
Dans une allocution vidéo diffusée le jour du scrutin, Netanyahu a déclaré que les allégations visant ce qu’il a qualifié de « trois grands bailleurs de fonds de Raam » reflétaient une tentative « de nous voler l’élection ».
Contrairement à ce qu’affirme Netanyahu, l’avocat d’Abu Raesh a déclaré à la radio de l’armée, Galei Tsahal, que son client n’était pas un militant de Raam, mais qu’il avait au contraire incité les habitants de cette ville bédouine du sud à se rendre aux urnes pour changer « la réalité très difficile de la société arabe ».
Me Ali Abu Laban a également contesté la décision initiale du tribunal de maintenir son client en détention jusqu’à dimanche, alors « qu’aucun argent ni aucune enveloppe » n’avaient été trouvés au domicile d’Abu Raesh.
« Il ne suffit pas que la police agisse comme s’il s’agissait d’une affaire politique… Le plus important, c’est que le tribunal empêche cela », a-t-il déclaré.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.