Alain Soral condamné à un an de prison ferme
La cour d’appel de Paris l’a reconnu coupable de provocation à la haine raciale et atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation
L’essayiste et idéologue d’extrême droite Alain Soral, en exil en Suisse depuis 2019 pour échapper à la justice française, a été condamné ce jeudi 11 septembre à un an de prison ferme sans aménagement possible et à 4 000 euros d’amende, a rapporté Libération. La cour d’appel de Paris l’a reconnu coupable de provocation à la haine raciale et de provocation publique non suivie d’effet à commettre des crimes portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, une incrimination rare dans le droit français.
Cette condamnation s’ajoute à une longue liste de peines prononcées contre l’essayiste multirécidiviste, poursuivi à de multiples reprises pour antisémitisme, diffamation, injures raciales, apologie de crimes contre l’humanité ou encore contestation de l’existence de la Shoah.
Les faits jugés jeudi remontent au printemps 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19. Dans une série de vidéos diffusées en ligne, Alain Soral appelait ses partisans à s’armer pour « prendre le pouvoir par les armes ». « Ce qu’il faut, c’est s’armer […]. Un M16, c’est plus efficace pour exiger ses droits démocratiques qu’un gilet jaune », déclarait-il, évoquant une « révolution » et une « guerre terminale » contre un ennemi qu’il « fallait avoir le courage de nommer ».
« Levy, Buzyn, Hirsch, Guedj, Deray, Jacob, Salomon » : il avait désigné explicitement plusieurs responsables politiques et médecins juifs, parmi lesquels Agnès Buzyn, Martin Hirsch, Jérôme Salomon ou encore Gilles Deray, qualifiés de « parasites pervers » ou de « satanistes ». Une « liste de Schindler inversée », selon ses propres termes, qui visait nommément des personnalités en raison de leur origine ou de leur religion.
À l’audience de juin dernier, où Soral était absent, l’avocate de la Licra, maître Ilana Soskin, avait relevé la proximité entre les propos de l’essayiste et les théories de Mein Kampf. Il « n’invente pas grand-chose : on retrouve littéralement cette description des Juifs dans le livre d’Adolf Hitler », avait-elle dénoncé.
L’enquête ouverte en 2020 avait également permis la saisie, lors d’une perquisition dans son appartement parisien, d’ouvrages antisémites et de carnets personnels révélant son obsession. Dans ses notes, il écrivait par exemple qu’un « antisémite est un homme qui refuse de se soumettre à la domination juive. C’est-à-dire un homme. Celui qui s’y soumet est un esclave. » Ou encore « Juif : se plaindre de l’antisémitisme. »
Cette nouvelle condamnation illustre la constance d’Alain Soral dans ses prises de position extrémistes. Âgé de 67 ans, l’essayiste, longtemps proche du Front national, a progressivement dérivé vers une idéologie conspirationniste, antisémite et violemment hostile aux institutions. Ses vidéos et ses écrits ont valu à son association, Égalité & Réconciliation, d’être surveillée de près par les autorités.
Depuis son installation en Suisse en 2019, exil qui lui permet d’échapper aux peines prononcées en France, Alain Soral a multiplié les procédures dilatoires. « Il n’a même pas le courage de venir assister à ses procès », a insisté maître Soskin, expliquant que « la peine prononcée est un signal fort contre l’impunité dont il croit pouvoir bénéficier ». « Reste qu’il devra répondre de ses diatribes antisémites et de la haine qu’il propage depuis trop d’années », a-t-elle ajouté.
Il est incertain que cette nouvelle peine prononcée par la justice française soit exécutée : depuis Lausanne, où il réside, Alain Soral continue d’alimenter ses sites et réseaux, à distance, tout en échappant pour l’instant à une extradition vers la France, mais en multipliant les procès et les condamnations en Suisse également.
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