Alors que le parti frôle l’antisémitisme, qui sont les Juifs candidats du Labour britannique ?
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Alors que le parti frôle l’antisémitisme, qui sont les Juifs candidats du Labour britannique ?

Avec une élection jeudi, voyons les circonscriptions difficiles où des Juifs travaillistes pleins d’espoir se présentent

Dans le sens des aiguilles d'une montre : Fabian Hamilton, Margaret Hodge et Rhea Wolfson. (Crédits : autorisation ; Flickr/The Institute for Government ; autorisation)
Dans le sens des aiguilles d'une montre : Fabian Hamilton, Margaret Hodge et Rhea Wolfson. (Crédits : autorisation ; Flickr/The Institute for Government ; autorisation)

LONDRES — Après que deux dirigeants du Mouvement Travailliste Juif (MTJ) ont décidé de monter sur le ring contre deux députés conservateurs pro-Israël aux élections législatives, il semble que tout soit possible.

Le président et le vice-président du MTJ Jeremy Newmark et Mike Katz défient Mike Freer et Matthew Offord dans les circonscriptions londoniennes voisines de Finchley & Golders Green, l’ancien siège de Margaret Thatcher, et Hendon. Les deux sièges se situent au cœur de la communauté juive londonienne du nord-est et la communauté très présente aura certainement un impact considérable sur le résultat final.

Un an et demi après que Jeremy Corbyn est devenu le chef du Labour, les polémiques concernant l’antisémitisme dans le parti, y compris des remarques répétées par l’ancien maire de Londre Ken Livingstone, ont largement occupé les médias. De nombreux Juifs qui votaient depuis toujours pour le Labour ont déclaré qu’ils ne pourraient pas voter pour un candidat travailliste aux élections britanniques.

Mais d’autres sont tout aussi réticents à voter pour les Conservateurs.

Le député britannique travailliste, Wes Streeting, 33 ans, a été élu en 2015 pour représenter le district nord de Ilford (Crédit : autorisation)
Le député britannique travailliste, Wes Streeting, 33 ans, a été élu en 2015 pour représenter le district nord de Ilford (Crédit : autorisation)

A Ilford North, dans l’est de Londres, il y a un autre dilemme : le député travailliste, Wes Streeting, non juif mais très pro-Israël, est défié par l’homme qu’il avait battu la dernière fois, le conservateur juif Lee Scott. A nouveau, cette lutte a lieu dans une circonscription qui compte un grand nombre d’électeurs juifs.

L’avocat Jeremy Brier, dans un éditorial très véhément pour le journal Jewish Chronicle, a attaqué Newmark et Katz pour leur décision de se présenter contre des candidats pro-Israël. Il considérait qu’il était « vraiment sans intérêt de voir des dirigeants de communautés juives faire un choix actif non seulement pour soutenir ce parti travailliste, mais en plus de le faire contre des amis conservateurs importants de la communauté juive dans des sièges relativement marginaux. »

« Newmark et Katz, qui se vantent de soutenir la communauté juive, cherchent à vaincre nos soutiens et champions, tout en faisant la promotion d’un parti dirigé par un groupe disparate d’antisémites », a-t-il ajouté.

David Hirsh, professeur de sociologie à l’Université de Londres, prend une position diamétralement opposée.

« La décision du Labour local à Finchley & Golders Green de présenter Jeremy Newmark contre le candidat conservateur Mike Freer émancipe les Juifs, au moins dans cette circonscription, pour qu’ils puissent voter comme des citoyens. Cela nous soulage de l’humiliation d’être forcés de voter en tant que Juifs contre l’antisémitisme… »

« Avoir un choix entre Newmark et Freer m’aide à me sentir un peu plus britannique ; je déteste la manière dont le Brexit et l’anti-sémitisme m’ont fait sentir un peu moins que totalement britannique », a-t-il écrit dans un éditorial de Jewish News.

Jeremy Newmark, président du Mouvement juif travailliste. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Jeremy Newmark, président du Mouvement juif travailliste. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Tout comme les candidats juifs qui sont dans une situation complexe pour les élections 2017, le soi disant « effet Corbyn » fait également du tort à deux des plus forts soutiens non juifs d’Israël au Parlement. Le président des Amis travaillistes d’Israël (ATI), Joan Ryan, tient d’une majorité minuscule d’à peine plus de 1000 électeurs potentiels dans le siège du grand Londres d’Enfield North. L’ancien député Nick de Bois pourrait bien reprendre le siège dans cette élection. Le vice-président de l’ATI, Michael Dugher, a déjà annoncé qu’il quittait la politique pour devenir président de UK Music.

Alors que les élections ont lieu jeudi, regardons les circonscriptions difficiles où des Juifs travaillistes pleins d’espoir vont se présenter.

Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn répond aux questions du public durant l'émission 'May v Corbyn Live: The Battle for Number 10,' diffusée par Sky News et Channel 4 aux Sky Studios de Londres, le 29 mai 2017. (Crédit : Stefan Rousseau/ Pool/AFP)
Le chef du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn répond aux questions du public durant l’émission ‘May v Corbyn Live: The Battle for Number 10,’ diffusée par Sky News et Channel 4 aux Sky Studios de Londres, le 29 mai 2017. (Crédit : Stefan Rousseau/ Pool/AFP)

Les principaux champs de bataille pour les candidats travaillistes juifs :

Bury South (nord de Manchester)

Député actuel : Ivan Lewis, ancien ministre travailliste du gouvernement d’Ed Miliband
En poste depuis : 1997
Problème : il a été renvoyé par SMS par Corbyn après s’être alerté de l’antisémitisme dans le parti. Il est également perçu comme toxique par la communauté juive puisqu’il est travailliste. Il a été contraint de déclarer à un journal juif local : « Je ne suis pas Ivan le Terrible ».

Liverpool Riverside

Députée actuelle : Louise Ellman, membre actif de la commission des Transports
En poste depuis : 1997
Problème : Ellman a été beaucoup insultée par des membres de son parti, en partie à cause de son militantisme en tant que vice-présidente des Amis travaillistes d’Israël, mais aussi à cause de son opposition à Corbyn.

Liverpool Wavertree

La députée britannique travailliste Luciana Berger (Crédit : capture d'écran YouTube)
La députée britannique travailliste Luciana Berger (Crédit : capture d’écran YouTube)

Députée actuelle : Luciana Berger, ancienne directrice des Amis travaillistes d’Israël
En poste depuis : 2010
Problème : elle s’est opposée à Corbyn. Liverpool vient d’élire un allié fort de Corbyn en tant que maire de la ville. Berger a été la cible de nombreuses attaques antisémites sur internet où deux personnes ont été emprisonnées. Corbyn l’a nommée ministre de la Santé mentale du cabinet fantôme l’année dernière, mais elle a démissionné en juin 2016.

Leeds North West

Député actuel : le libéral Démocrate Greg Mulholland
Défié par : Alex Sobel, Juif du mouvement travailliste, il était directeur dans le nord de l’ancien dirigeant travailliste Ed Miliband
Problème : dans le climat actuel, Sobel, qui a défié Mulholland plus tôt en 2015, a peu de chances de remporter l’élection.

Livingston, Ecosse

Députée actuelle: Hannah Bardell, Parti nationaliste écossais
Défiée par : la plus jeune candidate du Mouvement Travailliste juif, Rhea Wolfson
Problème : C’est un défi très compliqué pour Wolfson, âgée de 26 ans – elle a travaillé dans l’aide à la jeunesse – parce qu’il y a actuellement un seul député travailliste en Ecosse. A part un député indépendant et un député conservateur, tous les autres députés sont du Parti national écossais. Wolfson est liée à Momentum, groupe d’extrême gauche qui soutient Corbyn.

Rhea Wolfson, candidate travailliste à Livingston, en Ecosse, pour les législatives du 8 juin 2017. (Crédit : autorisation)
Rhea Wolfson, candidate travailliste à Livingston, en Ecosse, pour les législatives du 8 juin 2017. (Crédit : autorisation)

Faversham, Mid-Kent

Député actuel : Helen Whately, du parti conservateur
Défiée par : Michael Desmond, Mouvement travailliste juif
Problème : Desmond est un conseiller régional travailliste, mais il se situe au cœur d’une zone conservatrice, et Whately va probablement conserver son siège très confortablement.

Leeds North-East

Député actuel: Fabian Hamilton du parti travailliste
En place depuis : 1997
Hamilton est juif, et, à sa grand surprise, il a été nommé ministre de la Paix et du Désarmement du cabinet fantôme par Corybyn en octobre 2016. Il occupe son siège depuis 20 ans et va probablement encore gagner. Hamilton reçoit un soutien fort des électeurs juifs dans les quartiers d’Alwoodly, Moortown et Roundhay.

Walsall North

Député actuel : David Winnick
A 83 ans, Winnick est le plus vieux politicien juif, et il occupe son siège depuis 38 ans. Il est un critique sévère à la fois d’Israël et des Palestiniens, et il est aussi le politicien qui a demandé à une commission du ministère des Affaires étrangères de mener une enquête l’année dernière sur le problème de l’antisémitisme.
Problème : son âge peut bien jouer contre lui, tout comme l’effet Corbyn.

Stoke on Trent North

La députée juive britannique travailliste Ruth Smeeth quitte la présentation d'un rapport sur l'antisémitisme au sein de son propre parti après qu'un soutien de Jeremy Corbyn l'a accusée de contrôler les médias, à Londres, le 30 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
La députée juive britannique travailliste Ruth Smeeth quitte la présentation d’un rapport sur l’antisémitisme au sein de son propre parti après qu’un soutien de Jeremy Corbyn l’a accusée de contrôler les médias, à Londres, le 30 juin 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Députée actuelle: Ruth Smeeth
Autre ancien membre du personnel de la communauté juive, Smeeth était directrice des affaires publiques à Bicom, le Centre de communication et de recherche britannique israélien. Smeeth, qui a gagné son siège en 2015, a également été une cible prolongée de l’antisémitisme sur les réseaux sociaux. L’année dernière, elle a quitté en larmes la séance publique de lancement de l’enquête sur l’antisémitisme de Shami Chakrabati, après avoir été insultée devant Chakrabati et Jeremy Corbyn lui-même.
Problème: Elle n’est pas Corbyniste, mais elle peut être en difficulté à cause de son opposition au Brexit : les électeurs de Stoke avaient voté en masse pour quitter l’Europe.

Doncaster North

Député actuel : l’ancien chef du Labour Ed Miliband, qui occupe son siège depuis 2005.
Problème : Miliband dispose d’une majorité de 11 000 électeurs dans un siège qui revient généralement au Labour, mais beaucoup d’électeurs étaient en colère contre lui après sa démission très rapide suite aux dernières élections, laissant la place à Corbyn.

Barking

Députée actuelle : Lady Margaret Hodge
Née en Egypte, Hodge occupe son siège depuis 1994 et a relevé les défis posés par le parti d’extrême droit British National Party, avec l’aide de la communauté juive, et par l’UKIP, un parti de droite anti-immigration.
En juin dernier, elle et un autre député travailliste ont demandé un vote de défiance contre Jeremy Corbyn qui, même s’il était très soutenu, n’avait pas de force formelle.
Problème: Barking est une autre circonscription pro-Brexit alors que Hodge est un soutien fort d’un Royaume-Uni dans l’Europe.

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