Ankara et Damas tiennent Israël pour responsable du chaos en Syrie
Me ministre des Affaires étrangères turc a déclaré que Jérusalem tentait d'assurer sa sécurité en perturbant ses voisins ; le haut diplomate de Damas a qualifié les frappes israéliennes visant à soutenir les Druzes de défi dangereux
Lors d’une réunion, le ministre des Affaires étrangères d’Ankara a déclaré que Jérusalem tentait d’assurer sa sécurité en sapant ses voisins ; le haut diplomate de Damas a qualifié les frappes israéliennes visant à soutenir les Druzes de défi dangereux.
Les ministres turc et syrien des Affaires étrangères, Hakan Fidan et Assaad al-Chaibani, ont mis conjointement en garde Israël contre la tentation du chaos en Syrie, mercredi à Ankara et ont exigé la fin de toutes les interventions extérieures qu’ils accusaient de viser à déstabiliser ce pays déchiré par la guerre.
« Certains sont perturbés par l’évolution positive de la situation en Syrie » a estimé M. Fidan lors d’une conférence de presse commune avec son homologue syrien, mentionnant Israël mais aussi les combattants kurdes du YPG, les Unités de protection du peuple kurde.
« Israël est actuellement l’un des principaux acteurs de ce sombre tableau », a-t-il déclaré à propos des incursions militaires en cours depuis le renversement du dirigeant syrien Bachar al-Assad à la fin de l’année dernière.
Depuis que les insurgés islamistes ont renversé Assad lors d’une offensive rebelle en décembre, le nouveau gouvernement intérimaire de Damas s’efforce de maintenir la stabilité et de panser les blessures d’une guerre civile qui dure depuis près de 14 ans.
Dans le même temps, Israël a lancé des centaines de frappes sur des sites militaires immédiatement après le renversement d’Assad, affirmant à l’époque vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités qu’il considère comme djihadistes en raison de leur affiliation passée à Al-Qaïda. Il a déclaré vouloir que le sud de la Syrie, qui borde Israël, soit démilitarisé.
« L’émergence du chaos en Syrie (…) semble être devenu un paramètre prioritaire pour ce qu’Israël considère comme sa sécurité nationale », a-t-il insisté.
Fidan a déclaré qu’Israël avait « alimenté certaines difficultés » en Syrie et a averti que la sécurité israélienne « ne peut être assurée en compromettant la sécurité de vos voisins ».
« Au contraire, vous devez veiller à ce que vos pays voisins soient prospères et sûrs. Si vous essayez de déstabiliser ces pays, si vous prenez des mesures à cette fin, cela pourrait déclencher d’autres crises dans la région. »
Le ministre syrien s’est inquiété « de nouveaux défis, tout aussi dangereux que ceux rencontrés pendant les années de guerre, au premier rang desquels figurent les menaces israéliennes répétées ».
Le chef de la diplomatie turque, proche des nouvelles autorités syriennes arrivées au pouvoir en décembre, a mentionné les deux crises et massacres récents qui ont ébranlé la Syrie et visé la minorité alaouite à Lattaquié (ouest), en mars et la communauté druze à Soueida (sud), au début de l’été.
« Les événements qui ont commencé à Lattaquié, les mouvements qui ont suivi à Soueida et le rôle perturbateur des YPG, qui s’intègrent pas dans le système, démontrent qu’il sera extrêmement difficile pour ce chapitre positif de la Syrie de se poursuivre comme l’on souhaite », a prévenu le ministre turc.
« Notre devoir est de prendre les mesures qui s’imposent et de collaborer, en nous efforçant de résoudre ces problèmes de la manière la plus pacifique possible », a-t-il ajouté.
M. al-Chaibani a également alerté, sans les détailler, sur « de multiples interventions étrangères, directes et indirectes, visant à affaiblir l’État et à créer de fragiles divisions de facto »: « Ces interventions poussent le pays vers des conflits confessionnels et régionaux », a-t-il prévenu.
L’ancien pouvoir de Bachar al-Assad, défait en décembre, était notamment soutenu par la Russie et l’Iran.
Hakan Fidan s’en est également pris spécifiquement aux combattants kurdes du YPG, « Unités de protection du peuple » qu’Ankara considère comme une extension dans le nord-est de la Syrie du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, mouvement armé interdit par Ankara.
Les YPG refusent de se fondre dans l’armée nationale syrienne en dépit d’un accord signé le 10 mars avec Damas.
« Les YPG ne s’intègrent pas dans le système et gâchent le jeu en Syrie », a insisté M. Fidan.
« Des membres de l’organisation originaires de Turquie, d’Irak, d’Iran et d’Europe n’ont pas quitté la Syrie(…) Nous n’avons constaté en Syrie aucune évolution indiquant que l’organisation a éliminé la menace d’une action armée ».
« La Turquie ne cherche ni l’occupation ni la domination de la région. Mais dans un contexte où ses exigences sécuritaires restent insatisfaites, nous n’avons aucune chance de rester tranquilles. Nous le disons ouvertement », a-t-il mis en garde.