« Apprends » lit-on sur un projectile pour fronde vieille de 2 100 ans découverte dans le Golan

L'artefact aurait pu être utilisé par les Grecs d'Hippos contre l'armée hasmonéenne du roi Alexandre Jannée en l'an 101 avant notre ère

Une fronde vieille de 2 100 ans revêtue de l'inscription en Grec « Apprends » a été découverte à Hippos/Sussita. L'annoncen a été faite le 15 mars 2026. (Michael Eisenberg, Université de Haïfa)

Une fronde vieille d’environ 2 100 ans, revêtue de la mention « Retiens la leçon » en grec, a été découverte lors de fouilles archéologiques dans le parc national de la Sussita (Hippos), sur la rive est de la mer de Galilée, a annoncé dimanche l’Université de Haïfa.

Il est possible que le projectile, qui mesure 3,2 x 1,95 centimètres et pèse 38 grammes, ait servi aux soldats grecs à défendre la ville contre l’armée hasmonéenne du roi Alexandre Jannaeus, en 101 avant notre ère.

Une étude consacrée à cet artefact a été publiée la semaine dernière dans la revue à comité de lecture Palestine Exploration Quarterly.

C’est la première fois que l’on trouve pareille inscription sur une fronde, explique Michael Eisenberg, de l’Université de Haïfa, co-directeur des fouilles et par ailleurs co-auteur de l’étude.

« Les projectiles pour fronde étaient faits de plomb : c’était les munitions les plus courantes dans le monde hellénistique », explique-t-il au Times of Israel par téléphone. « C’était ce qu’il y avait de moins cher et de plus simple et c’était très efficace. »

Il ajoute que la plupart des projectiles étaient dénués d’ornements, mais qu’il arrivait que certains portent des symboles de pouvoir ou des inscriptions.

« Dans la grande région israélo-syrienne, on trouve par exemple un bouquet d’éclairs, à la manière de l’arme de Zeus, la sommité du Panthéon grec, d’autres fois un trident, l’arme du [dieu de la mer] Poséidon », souligne Eisenberg. « Il est très rare que ces projectiles soient revêtus d’une inscription. »

Vue aérienne du parc national de Sussita (Hippos) en Galilée orientale. (Michael Eisenberg/Université de Haïfa)

Ces inscriptions consistaient souvent en des noms de villes ou de commandants militaires mais il est arrivé aux archéologues de tomber sur des artefacts revêtus de messages sarcastiques, comme par exemple « Prends ça ».

Eisenberg et ses co-auteurs estiment que c’est aussi ainsi que le mot « apprends » doit être compris.

« Il utilise une structure très étrange qui n’existe qu’en grec », explique-t-il. « Un peu comme si le projectile de la fronde se disait : ‘J’apprends mon métier en frappant l’ennemi.’ »

« Peut-être que l’idée était [de dire à l’ennemi], ‘Retiens la leçon’, ou ‘La prochaine fois, tu ferais mieux de ne pas venir ici’ », ajoute-t-il.

Selon Eisenberg, c’est la première fois qu’une telle inscription est découverte sur un projectile pour fronde, non seulement en Israël mais dans le monde.

Le projectile a été découvert lors de fouilles dans la zone de la nécropole romaine (cimetière) de la ville. Récemment, l’équipe a découvert un autre artefact, cette fois orné d’un scorpion gravé, qui va donner lieu à une étude qui sera publiée ultérieurement. Les archéologues ont découvert des dizaines de projectiles dans la même zone.

L’archéologue Dr Michael Eisenberg, directeur de fouille à Hippos-Sussita, dans le parc national de Sussita, à l’été 2019. (Autorisation)

Eisenberg et son équipe pensent que le projectile « Apprends » remonte à la période hellénistique.

« Lorsque Hippos a été fondée, au IIe siècle avant notre ère, c’était une ville grecque », rappelle-t-il. « Elle a été fondée par l’un de ces deux rois, soit Antiochos le Grand, soit Antiochos IV Épiphane, le méchant de l’histoire de Hanoukka. »

Grâce à sa typologie, les archéologues ont daté l’artefact de la seconde moitié du IIe siècle ou du début du Ier siècle avant notre ère.

« Peut-être que ce projectile a servi lors de la bataille entre le royaume juif hasmonéen qui s’étendait vers la Galilée et le Golan », souligne Eisenberg. « En 101 avant notre ère, Alexandre Jannée a tenté de conquérir Hippos et sa région. Il y a réussi mais il a échoué à la garder. »

Une fronde avec un scorpion découverte à Hippos/Sussita au début 2026. (Michael Eisenberg, Université de Haïfa)

Il ajoute que d’autres scénarios sont possibles, et que le projectile a pu servir lors d’affrontements antérieurs entre des royaumes grecs voire lors d’entraînements.

Selon les archéologues, la zone dans laquelle ont été découverts l’artefact et de nombreux autres projectiles correspond à l’ancienne voie hellénistique puis romaine qui reliait la ville à la mer de Galilée, là où il aurait pu être logique que l’armée assiégeante monte, pour être à portée d’arme d’Hippos, et là où ses défenseurs auraient pu leur tirer dessus.

Les déformations du projectile sont le signe qu’il a touché quelque chose.

« Nous ne savons pas si c’était un rocher ou quelqu’un, mais il y a eu impact », conclut Eisenberg.

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