Reportage

Après le scrutin, les électeurs de Galilée occidentale s’accordent sur un point : l’absence de consensus

Juifs, musulmans et druzes réclament la formation d'un nouveau gouvernement à l'issue d'élections historiques, mais demeurent divisés sur les moyens d'y parvenir

Le maire de Yarka, Mula Mula (au centre), pose avec un groupe de danseurs venus de Géorgie, le 3 novembre 2026. (Autorisation/Cabinet du maire)

YARKA, Galilée occidentale — Une semaine après un scrutin inédit au cours duquel un grand nombre d’habitants ont voté pour la toute première fois, des danseurs folkloriques en costumes traditionnels géorgiens sont de passage dans la localité druze du nord de Yarka.

Les habitants de Galilée occidentale — qui constituent une population diverse, composée de Juifs, Musulmans, Druzes et Chrétiens — se sont fortement mobilisés pour voter lors du scrutin du 27 octobre dernier.

Et au moment où le pays peine à former un nouveau gouvernement, les habitants de plusieurs localités s’accordent sur une chose, à savoir l’absence totale de consensus.

« Ces élections auraient dû être l’occasion de rassembler la nation et de changer la dynamique », explique au Times of Israel le maire Mula Mula, membre du Likud et ancien lieutenant-colonel de Tsahal, depuis son bureau baigné de soleil, tandis que les danseurs géorgiens visitent l’hôtel de ville. « Mais je suis très déçu. »

Mercredi et jeudi derniers, le président Isaac Herzog a mené des consultations à Jérusalem en vue de désigner, la semaine prochaine. La première personne chargée de former le prochain gouvernement sera Gadi Eisenkot.

Six partis opposés au Premier ministre Benjamin Netanyahu ont remporté un total de 67 sièges sur les 120 sièges que compte la Knesset, et tous ont recommandé le représentant du centre-droit pour diriger le prochain gouvernement.

Les membres de la coalition de droite sortante du Premier ministre ont obtenu 53 sièges. (Rebondissement inattendu : l’un de ces partis, le parti ultra-orthodoxe YaHadout HaTorah, a refusé de recommander un candidat au poste de Premier ministre lors des consultations avec Herzog, retirant son soutien à son allié de (très) longue date, Netanyahu.)

Parmi les opposants à un gouvernement Netanyahu, la Liste arabe unie et le parti Raam détiennent 19 sièges. Ce succès électoral augmente le nombre parlementaires opposés à Netanyahu, mais certains partis d’opposition refusent de s’associer aux partis arabes dans le cadre d’une coalition ou même de former un gouvernement minoritaire avec leur soutien.

« Si les partis arabes se considèrent comme faisant partie de l’État, pourquoi pas ? » estime Mula, plaidant pour leur inclusion malgré l’absence de candidats druzes sur leurs listes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (en haut à gauche), le président de Yashar Gadi Eisenkot (en haut à droite), le président de la Liste arabe unie Yousef Jabareen (en bas à gauche) et le président de Raam Mansour Abbas (en bas à droite) s’adressent à leurs partisans depuis leur siège de campagne le 27 octobre 2026. (AP Photo/Ohad Zwigenberg, Avshalom Sassoni/Flash90, Sharon Leibel/Flash90, Michael Giladi/Flash90)

« Mais ils doivent comprendre qu’il faut se concentrer sur les Arabes qui vivent en Israël et non sur ceux qui se trouvent à l’extérieur du pays », ajoute Mula au sujet de Raam et de la Liste arabe unie. « Ils ont promis de prendre soin de leurs électeurs, je pense donc qu’ils devraient faire partie du gouvernement et que l’État doit les accepter. »

A l’instar des inquiétudes exprimées dans l’ensemble de l’échiquier politique, Mula craint que l’impasse actuelle n’empêche la formation d’un gouvernement. Il souhaite qu’Eisenkot et Netanyahu forment un large gouvernement d’union nationale sans les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich.

« Ben Gvir et Smotrich ont causé d’immenses dégâts, de par leur comportement et leurs propos contre les Arabes », affirme Mula. « C’est à cause d’eux que les Arabes sont allés voter en nombre record. »

Le bâtiment de la mairie de Yarka, le 3 novembre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

À la fin de l’entretien, Mula ouvre la porte de son bureau pour accueillir le groupe de danseurs géorgiens.

« Bienvenue à Yarka », leur dit-il en anglais. « Nous avons 18 000 habitants et nous sommes tous des frères. C’est sous les missiles que nous sommes devenus plus forts encore. Votre présence ici aujourd’hui est le signe de cette force. »

Le maire de Yarka, Mula Mula, près de la fenêtre de son bureau avec vue sur le Liban au loin, le 3 novembre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

La crainte d’être mis à l’écart

Des druzes s’inquiètent néanmoins de ce qui leur semble être une faiblesse du pays au sortir d’un scrutin sans vainqueur

« Je crains qu’il n’y ait personne pour former un nouveau gouvernement », confie Firielle Amar, une habitante.

Amar explique que les électeurs ont voté pour le Likud de Netanyahu pour lui témoigner de leur gratitude suite à l’aide apportée à leurs frères druzes lors du massacre de juillet 2025, à Sweida, dans le sud de la Syrie, lors duquel près de 2 000 Druzes ont péri lors d’affrontements entre druzes et bédouins soutenus par le gouvernement.

Deux femmes druzes marchent dans Yarka, le 3 novembre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Amar rappelle que Bédouins, Musulmans et Druzes s’entendent bien en Israël. Elle craint toutefois qu’en l’absence de candidats druzes sur leur liste, les partis arabes « n’accordent [les subventions] à leurs proches, sans penser aux Druzes ».

« La seule chose dont tous les Arabes israéliens se réjouissent, c’est que Ben Gvir ne fasse pas partie du prochain gouvernement », ajoute Amar. « C’est un point sur lequel tous les Arabes sont d’accord. »

« Quelque chose ne marche pas »

À une vingtaine de kilomètres de là, dans la ville à majorité juive de Nahariya, des habitants attablés aux terrasses des cafés profitent d’une matinée ensoleillée tout en faisant part d’inquiétudes de natures différentes.

Installée sur un tabouret dans un café de la rue principale, Shlomit Grantz confie au Times of Israel : « Si Netanyahu convoque de nouvelles élections, ce sera le chaos et il y aura des émeutes. »

Elle souligne avoir vécu dans des pays musulmans, notamment en Turquie, en Afghanistan et au Pakistan, et ne pas souhaiter vivre « sous influence arabe, en particulier en raison de la façon dont ils traitent les femmes ».

« Il faut qu’Israël reste un pays juif », affirme Grantz. « Si ce n’est pas un pays juif, qu’est-ce que c’est ? »

Shlomit Grantz, à gauche, prend un café avec une amie à Nahariya, le 4 novembre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Un autre habitant de Nahariya, Diego Janower, dit avoir voté pour le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman par respect pour les personnalités qui se trouvent sur sa liste.

« Mais depuis ce scrutin, il y a quelque chose qui ne marche pas », explique-t-il. « C’est comme une partie de ping-pong. Après tout ce qui s’est passé, personne ne parvient à s’entendre. »

Diego Janower sur un trottoir à Nahariya, le 4 novembre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

« J’ai voté contre Netanyahu », précise Janower. « J’espère maintenant que lui, Liberman et Eisenkot formeront un gouvernement d’union. Ces trois personnes peuvent redonner de la force au pays. »

Les Arabes « en ont assez d’être relégués dans les marges »

Dans la ville à majorité musulmane de Mazraa, située à deux kilomètres de là, Amir Awad, avocat, s’exprime depuis son cabinet : « Cela a été l’élection la plus cruciale de toute l’histoire d’Israël pour la population arabe. »

« Les citoyens arabes sont passés du boycott des urnes à l’exercice actif de leurs droits démocratiques », explique Awad. « Ils ont voté par détresse, avec le sentiment que leur existence même était menacée. »

Dans le précédent gouvernement, poursuit-il, « personne ne s’est occupé de la criminalité, de l’éducation, des infrastructures ou des budgets du secteur arabe. »

« Les Arabes israéliens représentent 20 % de la société », rappelle Awad. « Nous voulons faire partie de ce pays. Nous ne sommes pas une menace. Nous voulons être maîtres de notre avenir. Les Arabes contribuent à bâtir le pays dans les secteurs de la recherche, de la médecine et des hautes technologies. »

Amir Awad dans son cabinet d’avocats à Mazraa, le 4 novembre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Awad, qui a voté pour Raam, souligne que son chef, Mansour Abbas, a signalé son opposition au Hamas et son soutien au service civique pour les jeunes Arabes, actuellement exemptés de tout service national obligatoire.

Malgré cela, déplore Awad, « l’appareil politique ne veut pas d’eux au sein de la coalition ».

Au sein de l’électorat arabe, c’est comme si « on avait fait une croix sur les 19 sièges obtenus, ce qui leur fait se demander pourquoi ils sont allés voter. S’il y avait un nouveau scrutin, au lieu des 19 sièges, on en aurait 25. »

« Nous en avons assez d’être relégués dans les marges », conclut-il.

« Aux États-Unis, ceux qui accusent Israël d’être un État d’apartheid et de génocide ont remporté des élections ; il est donc crucial pour Israël de prouver au monde entier qu’il est une véritable démocratie au Moyen-Orient. »

Après une pause, il ajoute : « Nous voulons être les partenaires de la reconstruction du pays. »

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