Aryeh Deri renonce à son siège à la Knesset mais reste chef du parti Shas

Après la lourde défaite électorale du parti ultra-orthodoxe séfarade, son dirigeant choisit de quitter la Knesset, sans renoncer à la présidence du mouvement

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, assistant à un vote dans la salle plénière de la Knesset, à Jérusalem, le 16 juillet 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président du Shas, Aryeh Deri, a renoncé dimanche à son siège à la Knesset, les électeurs ayant infligé une lourde défaite au parti aux élections du 27 octobre dernier, passé de 11 à 6 sièges.

Cette décision est un revers pour Deri, figure historique du parti ultra-orthodoxe séfarade dont la carrière a été marquée par une condamnation pour corruption, en 2000. Bien qu’il conserve la présidence du parti, il ne représentera plus la formation à la Knesset et ne pourra pas avoir par ailleurs de responsabilités ministérielles du fait de ses antécédents judiciaires.

Quelques jours avant cela, Deri avait évoqué sa démission de la présidence du parti, suite au score décevant du Shas aux élections, le pire de la formation depuis trente ans.

Le Conseil des Sages de la Torah, instance dirigeante du parti, a refusé sa démission, exigeant qu’il reste à la tête du mouvement pour mener le combat en faveur de l’exemption de service militaire pour les étudiants de yeshiva ultra-orthodoxes.

Dans un communiqué publié lundi, Deri a pris acte de la volonté du conseil de le voir conserver la direction du parti et a affirmé qu’il remplirait ce rôle « avec toute son énergie », mais en dehors du Parlement.

« Au regard des multiples missions et défis qui nous attendent, j’ai l’intention de parcourir le pays par monts et par vaux afin de renforcer la relation avec les représentants et militants de terrain, et toute la population », a-t-il déclaré.

« En parallèle, je continuerai à diriger les réunions hebdomadaires du groupe Shas, comme l’exige le protocole, guider les membres de la Knesset et suivre de près le travail législatif ainsi que les commissions parlementaires », a-t-il ajouté, promettant que le parti veillerait à « préserver le monde de la Torah et l’identité juive de l’État d’Israël ».

Le chef du Shas, le député Aryeh Deri, des ministres du gouvernement et d’autres députés ultra-orthodoxes assistent à une séance plénière de la Knesset au cours de laquelle est mis aux voix un projet de loi visant à geler les arrestations de réfractaires haredim, à Jérusalem, le 14 juillet 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

En plus de Deri, Dror Amos et Moshe Abutbul, d’autres membres du Shas, se sont eux aussi retiré de la liste du parti. Abutbul, qui figurait en 7e position sur la liste, n’avait pas obtenu de siège à la Knesset.

La décision de Dror Amos est en revanche lourde de sens : major de réserve au sein de Tsahal, il avait été ajouté sur la liste du parti pour renvoyer une image de modération sur la question du service militaire, en dépit de l’opposition ferme du Shas à la conscription des ultra-orthodoxes.

Il a démissionné dans le sillage de rumeurs faisant état d’une mauvaise gestion financière de son association d’aide aux familles de soldats morts au combat.

Ces retraits permettent aux députés Uriel Buso et Yossi Taieb, respectivement 8e et 9e sur la liste du Shas, de faire leur entrée à la Knesset.

Deri démissionne au moment où l’avenir du parti semble incertain. Il y a de cela 25 ans, le Shas était la troisième force politique de la Knesset avec 17 sièges : depuis, elle s’était imposée comme un acteur incontournable de la vie politique israélienne.

Cette fois, les électeurs semblent l’avoir sanctionné en raison de sa position contre la conscription des ultra-orthodoxes et le parti se retrouve en position de partenaire secondaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont la coalition a perdu sa majorité lors des élections et dont le bloc ne compte plus que 48 sièges.

Aryeh Deri, chef du parti Shas, est accueilli par des sympathisants à sa sortie du tribunal de district de Jérusalem, le 15 avril 1999, qui vient de le condamner à une peine de quatre années de prison. (AP PHOTO/Nati Harnik)

Entré en politique il y a de cela une quarantaine d’années, Deri a été à 29 ans le plus jeune ministre de toute l’histoire d’Israël.

Il a occupé le poste de ministre de l’Intérieur à plusieurs reprises, mais a été écarté du gouvernement en 2023 par une décision de justice ayant jugé sa nomination « déraisonnable au plus haut point » au vu de ses antécédents judiciaires, la plus récente datant de 2022 pour fraude fiscale. Il a par ailleurs été condamné pour corruption en 1999, ce pour quoi il a purgé une peine de prison.

Cette décision rend improbable tout poste ministériel, le concernant, quand bien même le Shas viendrait à intégrer la prochaine coalition gouvernementale.

En Israël, les ministres ne sont pas tenus de siéger à la Knesset.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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