Au Liban, le Hezbollah affaibli mais son système tient toujours

Sous intense pression pour remettre ses armes, le groupe terroriste libanais soutenu par l'Iran est aussi soumis à une campagne visant à asphyxier son empire financier

Photo d'illustration : Des armes et d'autres équipements qui, selon l'armée israélienne, appartenaient au groupe terroriste libanais du Hezbollah, saisis par l'armée lors de son opération terrestre au Sud-Liban, dans une base militaire du nord d'Israël, le 23 décembre 2024. (Crédit :Jack Guez/AFP)

Un an après la guerre meurtrière contre Israël qui l’a décapité, le puissant Hezbollah continue de payer ses terroristes et son réseau d’institutions fonctionne toujours au Liban, selon des témoins et des experts.

Sous intense pression pour remettre ses armes, le groupe terroriste libanais soutenu par l’Iran est aussi soumis à une campagne visant à asphyxier son empire financier.

L’émissaire américain Tom Barrack a affirmé lundi que le groupe recevait « 60 millions de dollars par mois », sans en préciser l’origine.

Plusieurs membres et partisans du Hezbollah, interrogés par l’AFP, ont tous affirmé, sous couvert d’anonymat, qu’ils continuaient de recevoir des versements mensuels en espèces.

Les terroristes touchent entre 500 et 700 dollars, selon deux d’entre eux, plus que le salaire minimum au Liban.

La veuve d’un terroriste a indiqué que les familles des « martyrs » du Hezbollah continuaient de recevoir des allocations notamment pour payer le loyer.

Le Hezbollah gère un vaste réseau d’écoles, d’hôpitaux et d’organisations communautaires au service de ses partisans, ce qui en fait « l’un des plus grands employeurs du Liban », selon Joseph Daher, chercheur et spécialiste de l’économie politique du mouvement.

Le groupe, un an après la mort de son ancien chef, Hassan Nasrallah, tué dans un bombardement israélien le 27 septembre 2024, est « sous pression politique et économique », reconnait M. Daher, mais « il est très difficile de savoir » dans quelle mesure il est réellement affecté.

Surveillance renforcée

Un responsable du Hezbollah qui a requis l’anonymat a affirmé que le groupe terroriste avait déboursé « un milliard de dollars » pour aider quelque 50 000 familles dont les habitations ont été détruites ou endommagées lors de la guerre qui a pris fin en novembre 2024.

L’AFP n’était pas en mesure de vérifier ces chiffres.

Ces aides couvrent le loyer, le mobilier ou les réparations, selon plusieurs personnes qui en ont bénéficié.

Mais contrairement à la guerre précédente entre le Hezbollah et Israël en 2006, le groupe n’a pas pris en charge la reconstruction des habitations totalement détruites. Son chef, Naïm Qassem, a affirmé que cela revenait au gouvernement libanais.

Depuis l’arrivée d’un gouvernement soutenu par la communauté internationale, le Liban, qui s’est engagé à désarmer le Hezbollah malgré son opposition, a renforcé la surveillance des flux de liquidités entrant dans le pays, en particulier depuis l’Iran, principal bailleur de l’organisation armée chiite.

« Il y a une prise de conscience », au sein de la communauté internationale, que « le Hezbollah prospère dans une économie faible, instable et basée sur le cash », explique Sami Zoughaib, chercheur au Policy Initiative, un groupe de réflexion basé à Beyrouth.

En juillet, la Banque centrale a interdit toute transaction avec la société financière Al-Qard al-Hassan, liée au Hezbollah et sanctionnée par les Etats-Unis, à laquelle ont recours de nombreux chiites libanais qui constituent la base du mouvement.

Mais l’institution, dont des bureaux ont été bombardés par Israël, continue de fonctionner selon des témoignages.

Très populaire depuis l’effondrement du secteur bancaire en 2019, elle accorde des prêts en dollars contre des dépôts en or.

Une cliente qui a requis l’anonymat a affirmé avoir « pris peur » après la décision de la Banque centrale, mais a assuré avoir pu rembourser son prêt et récupérer son or.

Une tirelire à l’effigie de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, destinée à récolter des fonds en faveur du groupe terroriste libanais, dans le village de Kfar Rumman, au Liban, le 21 janvier 2016. (Crédit : AP/Bilal Hussein)

De l’argent par avion

L’économie du Hezbollah repose largement sur des flux en espèces, parfois acheminés par vols commerciaux, selon des experts.

Le Liban a suspendu indéfiniment les vols en provenance d’Iran en février, après des menaces d’Israël.

Une source sécuritaire libanaise a indiqué que des passagers arrivant de pays d’où le groupe terroriste reçoit habituellement des fonds, dont l’Irak, faisaient l’objet de fouilles renforcées à l’aéroport de Beyrouth.

Les Etats-Unis, ainsi que plusieurs pays occidentaux et du Golfe, accusent le Hezbollah de financer ses activités via des trafics, y compris le commerce du captagon, une amphétamine de synthèse illégale. Le mouvement rejette ces accusations.

Selon M. Daher, le Hezbollah continue d’engranger des revenus grâce à « ses propres affaires », dont certaines « en Irak », et des hommes d’affaires affiliés ailleurs dans le monde.

Un récent rapport du gouvernement canadien affirme que le Hezbollah recourt à divers moyens — entreprises, cryptomonnaies, virements bancaires et fonds caritatifs — pour recevoir « des fonds sortant du Canada ».

Selon M. Daher, la chute en décembre du président syrien Bachar al-Assad, allié du mouvement, a constitué « le plus grand revers ».

Le parti ne recevait « pas seulement des armes, mais aussi de l’argent liquide » par la frontière poreuse entre Liban et Syrie, dit-il.

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