Au Musée d’Israël, Yudith Levin explore les traumatismes contemporains
L’exposition retrace son œuvre sur plus de 50 ans, depuis la mort de son frère dans un accident d'avion militaire en 1956 jusqu'au 7-Octobre
Une exposition au Musée d’Israël, inaugurée peu avant le début de la guerre actuelle contre la République islamique d’Iran, met en lumière la manière dont les artistes israéliens traitent depuis longtemps le traumatisme.
« Yudith Levin : Break of Dawn » s’ouvre en rappelant aux visiteurs que Levin avait 7 ans lorsque son frère aîné a trouvé la mort dans un accident d’avion militaire en 1956.
L’aviation, le deuil et le traumatisme sont tous devenus des thèmes récurrents dans l’œuvre de Levin, comme le montre cette exposition solo, qui se tient jusqu’en juillet.
L’exposition commence par « Wings », une série de photographies réalisées en 1974 par Levin, aujourd’hui âgée de 77 ans, alors qu’elle posait sous les ailes d’un avion de chasse immobilisé au sol, en écho à son frère. Cette série est accrochée à côté d’une des peintures de Levin datant de 2025, intitulée « Airplane ».
« Il y a 50 ans d’écart entre ces deux œuvres », a indiqué le conservateur Amitaï Mendelsohn.
L’exposition se poursuit avec les installations de Levin datant des années 1970, « The Annunciation », « Pieta » et d’autres, réalisées à partir de contreplaqué, d’objets trouvés et de lattes de bois peintes, qui intègrent souvent un mur peint en blanc.
Ce sont des œuvres inspirées des motifs mythologiques d’Icare et de Dédale – le père artisan qui a fabriqué pour son fils des ailes de plumes et de cire qui ont fondu lorsqu’il s’est trop approché du soleil – et de Prométhée, qui a volé le feu de l’Olympe – ainsi que des motifs chrétiens de la « Pietà », la sculpture de Michel-Ange représentant Jésus dans les bras de sa mère Marie après avoir été descendu de la croix.
« Yudith est une artiste qui n’a pas peur des choses les plus difficiles », a déclaré Mendelsohn.
« Toute sa vie, elle a été accablée par le traumatisme de son frère », a-t-il ajouté.
« Et puis, toute cette question du travail passe de quelque chose de très personnel à quelque chose de collectif – la situation en Israël, la perte et la guerre. C’est un trio de références : le personnel, la guerre et la sécurité en Israël, et ces mythes anciens. »
L’exposition solo passe des installations dépouillées de Levin, s’apparentant à des collages, aux toiles qu’elle a peintes à l’acrylique depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui.
Une toile aux formes peintes en noir délimite clairement Theodor Herzl appuyé sur son balcon dans « Missing Herzl », aux côtés des traits inattendus qui forment la silhouette indéniable d’une femme en robe dans « Red ».
Enfin, on trouve les œuvres plus récentes de Levin, en réaction au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été brutalement massacrées dans les communautés bordant la bande de Gaza et lors du festival Nova, et 251 autres personnes ont été pris en otage dans l’enclave côtière.
On y trouve les deux sphères orange qui représentent les cheveux roux des jeunes garçons Bibas, enlevés avec leur mère, Shiri Bibas, et tués pendant leur captivité dans les geôles du Hamas, dans « Toys for the Boys », qui fait écho au même cercle orange de l’œuvre « Icarus » de Levin datant de 2011, à une mèche de cheveux orange dans « Mother », et à deux roux au-dessus d’une sphère verte dans « Redheads ».
« En fin de compte, Yudith vous transmet une sorte de sentiment, qui peut être de l’angoisse, de la tristesse ou de l’horreur », a expliqué Mendelsohn.
« Elle cherche souvent à montrer l’horreur, en particulier dans ses œuvres des deux dernières années, à travers la puissance de la peinture, du geste artistique, la manière dont l’art peut tenter de contenir ces événements horribles, mais d’une manière qui ne soit pas obscène. »
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