Au Sénat, le candidat de Trump au poste d’envoyé chargé de la lutte contre l’antisémitisme évoque son passé marqué par la haine des Juifs

Pour le rabbin Kaploun, si 'tout le monde a le droit de critiquer Israël', pointer ce pays du doigt en ignorant les autres penche vers l'antisémitisme ; il est interrogé sur la défense de Tucker Carlson par Trump après l'interview de Fuentes

Le rabbin Yehuda Kaploun arrive à une audience de confirmation devant la commission des relations étrangères du Sénat américain concernant sa nomination au poste d’envoyé spécial chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme, au Capitole à Washington, le 19 novembre 2025. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

JTA — Mercredi, lors d’une audition de confirmation au Sénat, le rabbin Yehuda Kaploun, candidat désigné par le président américain Donald Trump au poste d’envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme, s’est engagé à renforcer l’enseignement de la Shoah et à combattre ce qu’il a décrit comme un « problème mondial » d’antisémitisme fondé sur l’ignorance. Kaploun a par ailleurs cherché à éviter les controverses partisanes qui, avant la session, lui ont valu les reproches d’un groupe de démocrates de la Chambre des représentants.

« C’est avec le soutien des deux partis que nous devons éduquer le monde au respect mutuel », a affirmé Kaploun devant la commission des relations étrangères du Sénat américain dans une déclaration liminaire largement basée sur ses expériences personnelles de l’antisémitisme, des moqueries subies pendant son enfance à Brooklyn aux émeutes de Crown Heights, en passant par la mort de membres de sa famille au cours des attentats du 11-Septembre et du 7-Octobre.

« Devant vous tous ici présents, je m’engage à ne pas faiblir et à ne pas me reposer… à combattre partout l’antisémitisme, et à faire de ce monde un lieu meilleur dans lequel Dieu puisse résider », a-t-il déclaré.

Pour Kaploun, rabbin hassidique, homme d’affaires basé à Miami et allié de Trump, l’antisémitisme est le « symbole d’une haine plus large ». Les sociétés qui le tolèrent, a-t-il mis en garde, ouvrent la voie à une violence plus généralisée.

À plusieurs reprises, il a souligné que l’éducation doit être au cœur de la mission : l’enseignement de l’histoire de la Shoah, de la vie juive en Amérique et des « valeurs judéo-chrétiennes sur lesquelles notre pays a été fondé ».

Les démocrates de la commission, cependant, l’ont interrogé sur des questions politiques, notamment la réaction modérée de l’administration à une interview que le commentateur de droite Tucker Carlson a récemment menée dans une ambiance chaleureuse avec l’influenceur antisémite Nick Fuentes. Kaploun, questionné sur le caractère approprié des commentaires de Trump sur Carlson – le félicitant tout en refusant de dénoncer Fuentes –, a répondu en rappelant le droit à la liberté d’expression et en faisant valoir que l’administration condamnait clairement l’antisémitisme.

« Vous avez le droit de haïr, mais nous avons également le droit d’expliquer, de nous lever et de détester tout ce que vous dites », a-t-il martelé, ajoutant qu’il croyait en une condamnation des propos antisémites « à chaque fois que cela est nécessaire », tout en préservant le droit à la liberté d’expression.

Cet échange a eu lieu un jour après que 18 Démocrates de la Chambre des représentants ont exhorté le Sénat à rejeter la nomination de Kaploun, invoquant ses commentaires passés sur les Démocrates et son incapacité à contester publiquement l’utilisation par Trump de tropes antisémites pendant la campagne de 2024. La lettre soulignait également les litiges passés impliquant Kaploun à Miami, précédemment rapportés par la Jewish Telegraphic Agency.

Kaploun, interrogé sur la distinction entre antisémitisme et critique d’Israël, a renvoyé à la définition pratique de l’antisémitisme donnée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). « Tout le monde a le droit de critiquer Israël », mais pointer du doigt ce pays tout en ignorant d’autres problèmes mondiaux peut conduire à franchir la limite entre les deux notions, a-t-il indiqué.

Les groupes extérieurs se sont montrés divisés au sujet de Kaploun. Dans une lettre adressée à la commission, Nathan Diament et Isaac Pretter, les dirigeants du Centre de défense de l’Union orthodoxe, n’ont pas explicitement approuvé Kaploun, ajoutant toutefois qu’il « connaissait bien les problèmes auxquels sont confrontés les Juifs dans le monde entier » et qu’il avait montré sa volonté de travailler avec tous les partis, notamment en co-signant, au début de l’année, un éditorial pour la JTA avec les deux précédents envoyés chargés de la lutte contre l’antisémitisme.

Un autre groupe juif du pays, le New Jewish Network, sioniste libéral, s’est pour sa part ouvertement opposé à cette nomination, appelant les sénateurs à la rejeter. « L’utilisation de l’antisémitisme comme arme par l’administration est révoltante. La confirmation du rabbin Kaploun ajoute l’insulte à l’injure », a écrit le PDG du groupe, Hadar Susskind.

La commission n’a encore fixé aucune date pour le vote sur cette nomination.

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