Analyse

Aux Etats-Unis, le soutien à Israël se fissure au sein de la droite « MAGA »

La représentante Marjorie Taylor Greene, figure de proue de l'extrême droite, est devenue cette semaine la première législatrice républicaine à qualifier de génocide les actions militaires d'Israël à Gaza

La représentante des États-Unis Marjorie Taylor Greene, Républicaine de Géorgie, avec le Représentant Matt Gaetz (à gauche), Républicain de Floride, prend la parole lors d'une conférence de presse, au Capitole à Washington, DC, le 6 février 2024. (Crédit : Roberto Schmidt / AFP)

Longtemps considéré comme l’un des piliers de l’idéologie conservatrice américaine, le soutien des Etats-Unis à Israël se voit aujourd’hui remis en question au sein du mouvement « MAGA » de Donald Trump. Au point d’influer sur le président américain ?

« Il n’y a rien de plus véridique et facile à dire que le 7 octobre en Israël a été horrible, et que tous les otages doivent être rendus, mais c’est aussi le cas pour le génocide, la crise humanitaire, et la faim qui se déroulent à Gaza. »

Avec ces déclarations sur son compte X, la très trumpiste Marjorie Taylor Greene est devenue la première élue républicaine au Congrès à utiliser le terme « génocide » pour décrire les actions menées par Israël dans le territoire palestinien.

L’élue de Géorgie (sud) se targue de longue date de défendre la politique de « l’Amérique d’abord » prônée par Donald Trump, aux tenants isolationnistes.

Mi-juillet, elle avait émis une proposition de loi visant à couper notamment 500 millions de dollars de financements américains pour le système de défense antiaérienne d’Israël.

« Israël est un pays doté de l’arme nucléaire, bien capable de se défendre lui-même », avait-elle alors lancé.

Depuis la création de l’Etat d’Israël, l’appui fourni par Washington fait globalement consensus des deux côtés de l’hémicycle du Congrès, mais particulièrement à droite. Une position qui s’explique en partie par l’influence de certaines mouvances chrétiennes évangéliques qui voient en l’Etat hébreu un accomplissement des prophéties bibliques.

« Affamés »

Lors de son premier mandat, Donald Trump s’était lui-même affiché en fervent défenseur de la relation privilégiée des Etats-Unis avec Israël, et avait notamment décidé de déménager l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, une revendication de longue date du gouvernement israélien.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 7 avril 2025. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Et si le milliardaire républicain a continué sur sa lancée à son retour au pouvoir en janvier, il semble aujourd’hui montrer de premiers signes d’agacement avec la manière dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu mène la guerre contre le Hamas à Gaza.

Donald Trump s’est ainsi ému lundi que « beaucoup de gens sont affamés » dans le territoire palestinien.

Interrogé pour savoir s’il était d’accord avec Benjamin Netanyahu qui niait l’existence d’une crise humanitaire à Gaza, le président américain a répondu: « De ce qui est montré à la télévision, je dirais non, pas particulièrement, parce que ces enfants ont l’air d’avoir très faim. »

Son vice-président, JD Vance, est allé plus loin encore lors d’un événement dans l’Ohio le même jour, se lamentant d’images « déchirantes » de « petits enfants qui meurent de faim », et appelant le gouvernement israélien à en faire davantage pour laisser l’aide humanitaire entrer dans Gaza.

Schisme générationnel

Au-delà des plus hautes sphères de l’Etat, ce sont des poids lourds de la droite dure américaine qui n’hésitent plus aujourd’hui à appeler à une rupture avec Israël.

Comme Tucker Carlson, l’ancien présentateur vedette de la chaîne Fox News qui avait fortement critiqué en juin les frappes israéliennes sur l’Iran, exhortant à ce que les Etats-Unis ne s’en mêlent pas.

Tucker Carlson, présentateur de l’émission  » Tucker Carlson Tonight « , pose pour des photos dans un studio de la chaîne Fox News, le 2 mars 2017 à New York. (AP Photo/Richard Drew, File)

Le très influent cercle de réflexion conservateur Heritage Foundation avait déjà estimé en mars que les Etats-Unis devraient « réorienter leur relation avec Israël » vers un « partenariat stratégique égal ».

Un sondage Gallup publié mardi semble cependant montrer que le soutien à Israël demeure prédominant chez les sympathisants républicains dans leur ensemble, puisque 71 % d’entre eux disent approuver les opérations militaires israéliennes à Gaza, contre seulement 8 % de démocrates.

Une autre enquête menée fin mars par le Pew Research Center pointait cependant vers un schisme générationnel sur la question.

Parmi les sympathisants républicains interrogés, 50 % des 18 à 49 ans disaient avoir une opinion défavorable d’Israël, alors que le chiffre ne s’élevait qu’à 23 % chez les sympathisants républicains de 50 ans et plus.

« Il semble que chez les moins de 30 ans de la base MAGA, Israël ne bénéficie de quasiment aucun soutien », a déclaré au média Politico l’idéologue d’extrême droite Steve Bannon. Cet ex-conseiller de Donald Trump avait aussi affirmé en juin qu’Israël n’était pas « un allié des Etats-Unis ».

Reste à savoir si la position du président américain lui-même évoluera réellement au cours des prochaines semaines ou prochains mois.

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