Avec la fin des aides au logement, les évacués du nord rentrent chez eux, déstabilisés
Les habitants de Dovev et de Kiryat Shmona se concentrent désormais sur le redressement et s'efforcent de financer des projets, de réduire la détresse des personnes âgées et des jeunes et d'empêcher le pays de 'rétrécir'
DOVEV – Marcel Vaknin et Etti Peretz sont allées, cette semaine, au point d’observation situé au Moshav Dovev, à seulement 700 mètres de la frontière avec le Liban. Elles ont contemplé le mont Hermon et le village libanais de Yaroun, imaginant leur nouvel avenir.
« J’imagine qu’il y aura un café ici, où nous pourrons nous asseoir et prendre une tasse de café le matin », a dit Peretz.
« Il y aura des tables de pique-nique, un camping et des jumelles panoramiques », a renchéri Vaknin.
Une vision pastorale qui contraste fortement avec la réalité récente. Les deux femmes avaient été évacuées de leur domicile dans le sillage de la pluie de roquettes et de drones tirés par le Hezbollah dans le cadre d’un conflit qui avait commencé le 8 octobre 2023, le groupe terroriste affirmant attaquer le sol israélien en signe de solidarité avec le Hamas qui venait de commettre son pogrom dans le sud d’Israël, vingt-quatre heures auparavant. Après des frappes aériennes intenses de l’armée de l’air et une offensive terrestre lancée par les soldats dans le sud du Liban, l’organisation terroriste chiite, dont les chefs avaient été décimés, avait conclu un cessez-le-feu avec l’État juif, le 27 novembre 2024.
En plus de Dovev, 31 autres communautés – représentant un total de 60 000 habitants – avaient été évacuées, les habitations ayant essuyé des dégâts pendant les 14 mois de la guerre qui avait opposé Israël au Hezbollah. Lundi, les aides au logement mises en place par le gouvernement en direction des déplacés ont officiellement cessé d’être versées – mais depuis la signature du cessez-le-feu, au mois de novembre dernier, les habitants ont commencé à retourner chez eux, non seulement pour se réinstaller, mais aussi pour apporter leur contribution au redressement du nord du pays.
« Si nous ne renforçons pas le nord d’Israël, notre communauté risque de disparaître », explique Vaknin au Times of Israel. « Nous ne sommes pas obligés de rester ici. Le gouvernement doit investir des ressources dans cette région, sinon le pays va se rétrécir ».
Environ 67 % des personnes évacuées, selon des estimations, retourneront dans leurs communautés, a déclaré le député Zeev Elkin lors d’un discours prononcé devant la Knesset, le 25 juin.
Toutefois, le financement des communautés frontalières du nord du pays accuse toujours des retards, a noté, de son côté, le contrôleur de l’État Matanyahu Englman dans un récent rapport.
Englman a fait savoir que seulement 65 % des 940 millions de shekels alloués à ces communautés, au mois de mai 2024, ont été transférés. Au mois d’août 2024, le gouvernement avait décidé de réduire le budget de 14 %, pour un montant total de 804 millions de shekels.
« Cette région du pays est en train de s’effondrer », a pour sa part averti Benny Ben Muvhar, le chef du conseil régional de Mevoot HaHermon, lors de la réunion de la Knesset du 25 juin.
Des initiatives locales pour reconstruire le nord
Les fonds gouvernementaux étant toujours bloqués dans le cadre d’un véritable méli-mélo bureaucratique, un certain nombre d’organisations à but non lucratif sont intervenues pour aider les habitants du nord, notamment Coming Home, un projet dirigé par Raya Strauss dont l’objectif est de soutenir les initiatives susceptibles d’être lancées par les habitants locaux dans onze communautés évacuées.
Vaknin et Peretz, ainsi que deux autres résidents de Dovev, Moshe Amran et Malka Yakouti, ont uni leurs forces pour redynamiser le moshav agricole qui abrite habituellement 120 familles.
Pendant la guerre, plusieurs bâtiments de la communauté ont été touchés par des roquettes du Hezbollah – cela a notamment été le cas du centre réservé aux jeunes et de la synagogue. Toutes les familles, à l’exception de deux, sont revenues dans ce moshav pastoral situé au sommet d’une colline, le long de l’ancienne route du nord du pays.
Vaknin raconte avoir eu ses idées au sujet de l’observatoire lorsqu’elle se tenait devant son poulailler, au mois de janvier et qu’un couple, qui visitait la région avec ses enfants, s’est arrêté pour demander des indications sur le point d’observation, créé en 2006.
Le couple est néanmoins revenu quelques minutes plus tard car à l’issue de plus d’un an de guerre, le périmètre était négligé, envahi par les herbes hautes.
Le couple de visiteurs a alors demandé à Vaknin si les enfants pouvaient aider à ramasser les œufs dans le poulailler. Elle s’est rendu compte que les poulaillers de la région pouvaient non seulement produire des revenus grâce aux œufs, mais aussi constituer un attrait pour le tourisme.
Le groupe a déjà commencé à réaménager l’observatoire. Un conseiller les aide depuis le début de cette initiative, qui a notamment compris une collecte de fonds. Ils espèrent organiser des visites, proposer des cours de cuisine et des ateliers sur la culture des Juifs du Maroc et du Kurdistan qui avaient fondé le moshav en 1958.
Le renforcement des activités touristique offrirait aux communautés du nord une nouvelle source de revenus – et, il faut l’espérer, un plus grand nombre de résidents.
« Les gens disent qu’ils veulent venir s’installer ici, mais leurs premières questions portent sur les soins de santé et sur les choix en matière d’écoles pour leurs enfants et nous n’avons pas grand-chose à leur offrir », regrette Peretz. « En ce moment, nous sommes en guerre pour notre existence même ».
41 % des bâtiments de Kiryat Shmona endommagés
À environ 38 kilomètres de là, à Kiryat Shmona, à un peu plus d’un kilomètre de la frontière nord, Avihai Sagron et Meital Zrihen, responsables communautaires de la ville, se sont arrêtés pour rendre visite à Carmela Cohen, l’une des premières habitantes à être rentrée chez elle après la fin de la guerre contre le Hezbollah. 24 000 personnes vivaient à Kiryat Shmona avant le conflit.
Environ 41 % de tous les bâtiments de la ville ont été endommagés, dont 300 maisons qui ont été directement touchées.
Mercredi, l’armée israélienne a déclaré avoir mené plusieurs raids dans le sud du Liban, localisant et détruisant des dépôts d’armes du Hezbollah et d’autres infrastructures. Depuis le cessez-le-feu signé au mois de novembre 2024, les soldats israéliens sont restés déployés dans cinq postes stratégiques à l’intérieur du Sud-Liban.
Sagron, qui est réserviste, estime qu’en dépit des récentes incursions, la paix sera rétablie avec le Liban et la Syrie, et que Kiryat Shmona deviendra un centre touristique « comme Eilat l’est pour le Sinaï ».
Pendant la guerre, Sagron faisait partie d’une équipe d’employés municipaux chargés de suivre les résidents de la ville, dispersés dans 400 hôtels et 500 communautés à travers Israël.
« Les personnes âgées rencontraient des difficultés », explique Sagron. « Les jeunes étaient perdus ».
Loin de chez eux, certains élèves ont cessé d’aller en classe dans leurs nouvelles écoles. Selon Sagron, la ville parraine désormais des activités culturelles pour leur proposer des activités en soirée, ainsi que des cours et des leçons pour les aider à rattraper leur retard.
« Il y a un énorme fossé entre les jeunes qui font des études ici et ceux du centre du pays », indique-t-il.
Sagron note que la ville estime que jusqu’à 20 % de ses habitants d’autrefois ne reviendront pas.
» Nous avons besoin de beaucoup de ressources pour changer la réalité sur le terrain », s’exclame-t-il, citant le soutien apporté par le projet Better Together de la Fédération juive du Canada, un partenariat entre six villes du Canada et cinq municipalités du nord d’Israël, qui a aidé Kiryat Shmona tout au long de la guerre.
Les magasins commencent à rouvrir au fur et à mesure que les habitants reviennent, mais le centre commercial est toujours fermé. Des façades présentant des fenêtres garnies de panneaux « À louer » parsèment toute la ville, mais certains habitants sont optimistes et ils restent bien déterminés à repartir de zéro.
Dans son salon de coiffure, Sharbel Khalifa fait de bonnes affaires. Pendant la guerre contre le Hezbollah, il a dormi à Tibériade mais il a fait la navette jusqu’à Kiryat Shmona pour maintenir son commerce à flot.
« Je ne pense pas qu’il n’y aura pas d’autres guerres, » déclare Khalifa avec optimisme.
Zrihen, une avocate devenue community manager pendant la guerre, avait été évacuée à Ramat Gan pendant les attaques du Hezbollah. Cette femme et mère de trois enfants admet qu’elle n’était pas certaine que sa famille retournerait à Kiryat Shmona.
Finalement, Zrihen et sa famille sont revenues.
« Je crois vraiment en cette ville », dit-elle. « Je suis revenue pour aider à la reconstruire ».