Avec la mort de Khamenei, le peuple qu’il a opprimé a retrouvé l’espoir
Le guide suprême âgé de 86 ans a placé le CGRI au centre du pouvoir et a mis en place un réseau terroriste ; avec la mort de tant de ses proches collaborateurs, difficile de déterminer qui prendra sa place
Lors de la première soirée de la deuxième campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran en moins d’un an, dans la journée de samedi, un responsable israélien a fait une annonce spectaculaire aux journalistes : Une frappe de l’armée de l’air israélienne avait entraîné la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la république islamique âgé de 86 ans.
Une information qui a été confirmée, peu après, par le président américain Donald Trump, qui a écrit sur le réseau social Truth Social que « Khamenei, l’un des personnages les plus maléfiques de l’Histoire, est mort ».
Quelques heures plus tard, les médias d’État iraniens ont confirmé ce qui était de plus en plus manifeste : l’ayatollah avait bel et bien été assassiné.
La perte de Khamenei est un coup dur pour un régime qui était d’ores et déjà soumis à des pressions intérieures immenses de la part de sa population – et qui est désormais submergé par une campagne soigneusement planifiée par deux des meilleures armées de l’air au monde.
« Même s’il était mort de causes naturelles, cela aurait représenté un bouleversement majeur pour le régime », commente Raz Zimmt, expert iranien au sein de l’Institut d’études sur la sécurité nationale.
Dans le système gouvernemental iranien, c’est à Khamenei que revenait le commandement suprême des forces armées, le pouvoir de déclarer la guerre et de nommer ou de révoquer des personnalités de haut rang – notamment les commandants militaires et les magistrats du pays.
« Jusqu’à son dernier jour, c’est lui qui a pris les décisions finales », ajoute Zimmt. « Au fil des ans, toutes les décisions stratégiques devaient être approuvées par ses soins ».
Un rôle de décisionnaire incontournable qui n’avait fait que s’accentuer après l’assassinat des principaux chefs de la sécurité iranienne par Israël, au mois de juin 2025. L’élimination des commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) l’année dernière avait privé Khamenei d’une source essentielle d’expérience et de zèle idéologique sur laquelle il s’appuyait pour garantir la sécurité intérieure et pour mettre en place la stratégie régionale.
Le rôle de Khamenei dans les décisions déterminantes qui étaient susceptibles d’être prises par le pays a été pleinement mis en évidence ces dernières semaines, lorsque l’ayatollah a donné son feu vert aux pourparlers avec les États-Unis, définissant le positionnement de l’Iran dans ces négociations qui ont finalement échoué.
Il aura longtemps été l’incarnation de l’attitude hostile et provocante qui a été adoptée par la république islamique à l’égard de ses ennemis – s’agissant principalement des États-Unis et d’Israël.
Au pouvoir depuis 1989, Khamenei avait orienté la progression constante du programme nucléaire iranien, arguant que les activités d’enrichissement d’uranium étaient un droit souverain de la république islamique.
Il avait également élargi l’influence régionale de l’Iran au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, en armant de puissants proxies armés qui ont été repoussés par Israël depuis le pogrom commis par le Hamas, un autre groupe terroriste soutenu par l’Iran, sur le territoire israélien, le 7 octobre 2023.
Son successeur continuera probablement à considérer les États-Unis, Israël et l’Occident comme les ennemis idéologiques et militaires de l’Iran. Mais sans plan de succession clairement défini, des luttes internes au régime sont inévitables.
« On ne sait pas clairement qui reste, et c’est une question cruciale », indique Zimmt.
Le fils de Khamenei, Mojtaba, un religieux de rang intermédiaire, a régulièrement été considéré comme un successeur potentiel de son père. L’homme a noué des liens étroits avec le CGRI et il a travaillé avec diverses factions politiques et sécuritaires du régime.
Parmi les autres lieutenants de haut rang, le chef du cabinet de Khamenei, Mohammad Golpayegani, ainsi que les anciens ministres des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati et Kamal Kharazi, ou le puissant ancien président du Parlement Ali Larijani.
« Le guide suprême a évité de nommer un successeur », commente Jonathan Ruhe, chercheur au Jewish Institute for National Security of America, « mais cet état de fait pourrait de toute façon être sans importance si les premières frappes israéliennes devaient avoir tué son fils Mojtaba, Ali Larijani et une courte liste d’autres personnalités qui étaient considérées comme des candidates officieuses ». (Larijani n’a pas été tué et, dimanche, Israël n’a pas laissé entendre que Mojtaba avait été éliminé).
Certains observateurs estiment que le successeur le plus probable pourrait être issu du CGRI.
« Au cours des vingt-cinq dernières années, les principaux partenaires de Khamenei, en ce qui concerne le pouvoir, ont été en fait les forces de sécurité, ce n’était pas le clergé », dit Behnam Ben Taleblu, qui est chercheur senior à la Fondation pour la défense de la démocratie.
Alors que la chaîne de commandement de l’armée régulière passe par le ministère iranien de la Défense, qui est placé sous l’autorité du président élu, le CGRI répondait directement à Khamenei, obtenant les meilleurs équipements militaires pour ses branches terrestres, aériennes et maritimes – conférant également à ses commandants un rôle majeur au sein de l’État.
Le commandant du CGRI Mohammad Pakpour a été tué samedi lors de frappes israéliennes, selon Tsahal.
La question qui se pose désormais, explique Ben Taleblu, est la suivante : Quelle est la faction des Gardiens de la révolution qui est réellement la plus compétente, la plus cohérente et la mieux organisée ?…
Et peu importe qui prendra le pouvoir, le nouvel homme fort de Téhéran devra faire face à des dizaines de millions de citoyens qui veulent la fin du régime.
Une foule massive qui pourrait bien avoir été enhardie par l’assassinat de Khamenei.
« Le fait d’avoir pu éliminer le guide suprême et d’autres hauts responsables du régime vient s’appuyer sur les effets psychologiques des frappes secrètes et décapitantes qui avaient été menées par Israël au mois de juin dernier », indique Ruhe. « Ces attaques ont montré à tout le monde, en Iran et à l’étranger, à quel point le régime était finalement faible et creux ».
Khamenei avait brutalement réprimé les troubles, déployant le CGRI et sa milice de volontaires affiliée, les Basij, pour réprimer les manifestations nationales en 1999, 2009, 2022 et au mois de janvier de cette année.
« L’assassinat de Khamenei, l’autocrate contemporain le plus ancien du Moyen-Orient », dit Ben Taleblu, « rend beaucoup plus probable que, une fois les bombardements arrêtés ou ralentis, la rue se soulève à nouveau ».
Reuters a contribué à cet article.
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