Analyse

Avec sa frappe présumée, Israël met en garde la Syrie – et l’Iran

Des informations parues à l'étranger faisant état de frappes contre une base située à proximité de Damas suggère que Jérusalem est prêt à passer à l'action suite à ses mises en garde contre une présence militaire iranienne permanente en Syrie

Un avion F-16 de l'armée de l'air israélienne pendant une démonstration, le 31 décembre 2015. (Crédit : Hagar Amibar/Israel Air Force/Flickr)

Alors que les médias syriens et libanais annoncent qu’Israël est à l’origine de tirs de missiles lancés pendant la nuit sur une base militaire à proximité d’al-Qiswa, à environ 13 kilomètres au sud-ouest de Damas et à 50 kilomètres de la frontière israélienne, et à la lumière d’informations faisant état de la construction par l’Iran d’une base dans le secteur, Israël semble avoir, de manière spectaculaire, fait monter les enjeux en ce qui concerne la présence militaire de la république islamique en Syrie, transformant ses menaces en passage à l’action.

De hauts-responsables israéliens ont, ces derniers mois, répété qu’Israël ne tolérerait pas une présence militaire en Syrie. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait transmis un avertissement au président Bashar Assad il y a seulement quelques jours via un tiers, précisant que le régime d’Assad serait lui-même pris pour cible par l’Etat juif s’il devait autoriser une présence permanente iranienne.

Tandis que jusqu’à maintenant, on ignorait à quel point Israël était déterminé à faire respecter cette ligne rouge, les dernières frappes aériennes signalent que cette ligne est plus importante que jamais et qu’Israël est prêt à conforter sur le terrain ses mises en garde.

Selon certaines informations parues dans les médias étrangers et qui ont été largement reprises dans les médias en hébreu, la base d’al-Qiswa qui a été attaquée dans la nuit était, en effet, la même installation qui avait été photographiée via des images satellites diffusées par la BBC il y a trois semaines. Ces informations ont précisé que cette base n’était pas encore opérationnelle et qu’elle devait être occupée par des soldats iraniens, des conseillers ou les personnels des Gardiens de la Révolution. Des travaux d’expansion avaient récemment eu lieu sur le site et il semble qu’Israël ait eu connaissance de l’objectif poursuivi par la base.

La frappe aérienne a envoyé un message à Assad, à Téhéran et au Hezbollah ainsi, bien sûr, qu’au président russe Vladimir Poutine. Celui qu’Israël ne restera pas à ne rien faire si l’enracinement militaire iranien en Syrie devait continuer.

Image satellite d’une base iranienne présumée en Syrie (Crédit : Airbus, Digital Globe and McKenzie Intelligence Services/BBC)

Les messages à cet effet ont été relayés ces derniers mois par le biais des canaux diplomatiques et semblent être parvenus, dans une certaine mesure, à leurs destinataires. Ainsi, Assad reste méfiant face à la perspective de permettre à l’Iran de construire une base navale sur le territoire syrien ou d’autoriser des investissements iraniens supplémentaires dans le pays.

Dans le cas de l’installation d’al-Qiswa, toutefois, les avertissements n’ont pas été suffisants et Israël a dû recourir à d’autres moyens pour se faire entendre.

Au début du mois dernier, des informations ont indiqué qu’un dépôt d’armes avait été détruit dans une frappe aérienne à proximité de la ville de Homs. La connexion entre ces frappes n’a pas été clairement établie et il y a eu probablement des frappes israéliennes supplémentaires sur des cibles liées à l’Iran depuis lors.

Cette dernière attaque aérienne marquerait la toute première fois où une structure militaire iranienne en Syrie – dont la présence n’a été rapportée dans la presse qu’il n’y a que quelques semaines – est attaquée. Les médias officiels syriens ont déclaré samedi que la base était syrienne, mais de précédents articles parus sur le site laissent toutefois peu de place au doute.

Et pourtant, il est improbable que qui que ce soit en Israël puisse croire que la frappe aérienne présumée, qui a été apparemment menée par des avions israéliens dans l’espace aérien libanais, sera suffisante pour dissuader les Iraniens ou pousser Assad à prendre ses distances avec Téhéran. Téhéran reste ferme dans son désir de faire avancer ses plans en Syrie et le dictateur a déjà consenti à certains de ses objectifs.

Il est raisonnable de penser qu’Israël cherchera à envoyer des messages supplémentaires sous forme d’attaques à d’Assad, avec pour but d’amener ce dernier à reconsidérer sa politique de porte ouverte avec l’Iran. Avec elle, le potentiel d’escalade des tensions avec la Syrie, le Hezbollah et leurs alliés ne continuera qu’à croître.

Une affiche à l’effigie de Bashar el Assad et d’Hassan Nasrallah, à Damas le 7 septembre 2017. (Crédit : AFP PHOTO / LOUAI BESHARA)

Tandis qu’on estime souvent que l’Iran serait capable de prendre le contrôle de certaines zones du Moyen-Orient avec une relative facilité, ce n’est pas le cas ici et Israël semble décidé à garantir que l’initiative de domination iranienne en Syrie ne sera pas une promenade de santé.

De plus, les développements au Yémen pourraient paraître comme un coup majeur porté à l’objectif poursuivi par Téhéran de contrôler le pays, alors que les forces loyales à l’ancien président yéménite Ali Abdullah Saleh ont lancé samedi une importante offensive contre les Houthis, soutenus par l’Iran, leur infligeant une série de défaites.

Tandis que l’effondrement de l’alliance des Houthis avec Saleh pourrait ne pas marquer la fin de la campagne iranienne au Yémen, il y a peu de doute sur le fait que la nouvelle n’a pas été reçue avec joie par Téhéran.

La frappe aérienne présumée a souligné que, en Syrie aussi, les choses n’iront pas de soi pour l’Iran.

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