Avec Zini et Baharav-Miara, Sohlberg assure que le scrutin s’est « déroulé correctement »

Malgré les soupçons d’ingérence étrangère, le président de la CCE déclare que les résultats sont définitifs ; le Likud évoque un 'nuage noir' tant que l’enquête se poursuit ; Gadi Eisenkot accuse le parti de chercher à délégitimer le scrutin

(De gauche à droite) : Dean Livne, directeur par intérim de la commission électorale centrale, David Zini, chef du Shin Bet, Noam Sohlberg, président de la commission électorale centrale, et Gali Baharav-Miara, procureure générale, dans un message vidéo publié le 1ᵉʳ novembre 2026. (Crédit : Autorisation)

Le président de la commission centrale électorale (CCE), le juge Noam Sohlberg, a réaffirmé dimanche, dans un message vidéo, que les élections nationales de la semaine dernière s’étaient « déroulées dans les règles », afin de mettre fin aux allégations de fraude électorale généralisée. Une enquête est en cours sur des allégations faisant état d’un complot d’ingérence qatari ou turc.

Sohlberg est apparu dans la vidéo aux côtés du chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, David Zini, du directeur général par intérim de la CCE, Dean Livne, et de la procureure générale, Gali Baharav-Miara. Tous les quatre ont présenté un front uni contre les allégations, relayées en grande partie par le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Likud, selon lesquelles l’élection israélienne aurait été « volée » ou altérée d’une manière ou d’une autre par des acteurs étrangers hostiles.

Ces allégations ont émergé après que Sohlberg a demandé jeudi à Zini d’enquêter sur des soupçons d’ingérence étrangère lors des élections du 27 octobre, dans un contexte d’allégations faisant état d’une prétendue initiative étrangère – émanant soit du Qatar, soit de la Turquie – visant à payer des électeurs arabes pour faire grimper le taux de participation, qui a atteint un niveau historiquement élevé lors du scrutin.

La CCE a répété à plusieurs reprises que la portée de l’enquête était de nature limitée et que les résultats du vote n’étaient pas remis en cause, mais cela n’a guère suffi à faire taire ces allégations.

« L’élection de la 26ᵉ Knesset s’est déroulée dans les règles », a déclaré Sohlberg dans une allocution vidéo dimanche, ajoutant que les résultats « reflètent la volonté des électeurs ».

Il a précisé que ses propos reflétaient également les positions de Zini et de Baharav-Miara.

« Ces derniers jours, de nombreux articles ont été publiés au sujet de l’enquête en cours menée par le Shin Bet. La plupart de ces articles sont inexacts. L’enquête est à un stade confidentiel et repose sur des renseignements classifiés », a déclaré Sohlberg.

« À ce stade, de par sa nature même, il n’est pas possible d’en divulguer les détails », a-t-il ajouté.

Le juge de la Cour suprême a reconnu l’existence de « soupçons sérieux » apparus récemment, qui nécessitent une enquête, mais a souligné que « les soupçons ne sont que des soupçons ».

« Des preuves solides sont nécessaires pour contester les résultats électoraux », a-t-il ajouté.

« Nous mènerons une enquête approfondie et ferons la lumière sur cette affaire. »

Il a toutefois noté : « L’affirmation selon laquelle les éléments de preuve dont nous disposons actuellement pourraient renverser l’ensemble des résultats électoraux est erronée. Les citoyens israéliens se sont rendus aux urnes mardi dernier en nombre record. Ils ont exprimé leur opinion, et cette opinion sera respectée. »

Il a déclaré que, même si les soupçons se confirmaient, « cela ne remettrait pas en cause l’intégrité du processus électoral ni l’ensemble des résultats ».

À ce titre, a-t-il ajouté, les résultats officiels des élections seront présentés au président Isaac Herzog comme prévu et dans les délais cette semaine, et la Knesset prêtera serment la semaine prochaine.

Le Likud : « Un nuage noir »

Le Likud a réagi à la déclaration de Sohlberg en jetant une nouvelle fois le doute sur le résultat du scrutin, à l’issue duquel le parti est sorti vainqueur sans pour autant disposer d’une voie claire pour former un gouvernement de coalition.

Le parti du Premier ministre a estimé qu’il était « pour le moins déconcertant » que celui-ci qualifie les allégations d’ingérence étrangère de « très graves », tout en concluant d’emblée qu’elles n’avaient eu aucune incidence sur le résultat électoral, avant même qu’une enquête n’ait été menée à son terme.

Il a affirmé que « seuls 4 612 suffrages ont séparé le transfert d’un siège à la Knesset de Raam vers le bloc de droite, un basculement qui aurait complètement bouleversé les résultats électoraux et le paysage politique ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son épouse, Sara, s’apprêtant à voter dans un bureau de vote à Jérusalem, le 27 octobre 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il est difficile de comprendre comment un seul siège aurait pu modifier radicalement le résultat des élections, comme l’affirme le Likud, étant donné que le bloc de droite pro-Netanyahu a obtenu 53 sièges au total lors du scrutin, contre 67 pour le bloc anti-Netanyahu.

Bien qu’un minimum de 61 sièges soit nécessaire pour obtenir la majorité gouvernementale, la plupart des partis dirigés par des Juifs et opposés au Premier ministre refusent de former une coalition gouvernementale avec la Liste arabe unie non sioniste et Raam, des factions dirigées par des Arabes et qui détiennent ensemble un nombre sans précédent de 19 sièges sur les 67.

Le Likud a ajouté que tant que l’enquête sur les allégations d’ingérence étrangère ne serait pas terminée, « un nuage noir planerait sur les résultats des élections israéliennes ».

À l’inverse, Gadi Eisenkot, le chef du parti Yashar et dirigeant du bloc sioniste anti-Netanyahu, a salué la déclaration de Sohlberg et a accusé le Likud de tenter de « délégitimer » les résultats de l’élection de mardi.

« Cette tentative ignoble et malveillante visant à nier les résultats électoraux, à saper la volonté du peuple, à diffamer toute une communauté et à entraîner Israël dans un nouveau tour de scrutin a échoué », a déclaré Eisenkot dans un message publié sur le réseau social X.

« Seul quelqu’un qui comprend qu’il a perdu serait prêt à se lancer dans une campagne de délégitimation aussi flagrante, même au prix d’une nouvelle érosion de la confiance du public dans les institutions de l’État », a-t-il poursuivi, affirmant que les résultats des élections « sont valides et clairs ».

Eisenkot a exhorté les Israéliens à « ignorer le bruit de fond et les manipulations médiatiques incessantes », affirmant que le gouvernement « n’a pas de majorité et qu’il a perdu ».

Le Shin Bet divisé sur les méthodes d’enquête

Alors que l’enquête se poursuit, la chaîne Kan a rapporté dimanche soir que le Shin Bet était divisé quant à la manière de procéder.

Selon ce reportage, Zini chercherait à élargir le champ de l’enquête en recourant à des outils supplémentaires, mais trois hauts responsables de l’agence de sécurité intérieure s’y opposeraient, estimant que ces mesures sont disproportionnées par rapport à l’ampleur des soupçons.

Un haut responsable anonyme a été cité par la chaîne comme ayant déclaré qu’au vu des preuves actuellement disponibles, il était peu probable que les mesures d’enquête proposées par Zini obtiennent l’aval juridique.

En réponse à ce reportage, le Shin Bet a déclaré à Kan que l’agence de sécurité intérieure encourageait « un large éventail d’opinions diverses » lors de ses discussions professionnelles, mais qu’elle ne commentait pas les conversations à huis clos.

Sohlberg appelle à un apaisement des sentiments anti-arabes

Dans sa déclaration vidéo, Sohlberg a également saisi l’occasion de souligner que ni l’enquête sur ces allégations ni aucune remarque à ce sujet n’avaient « pour but de jeter le discrédit sur le vote de la communauté arabe ».

« Les citoyens qui se sont rendus aux urnes exerçaient leur droit démocratique », a déclaré le juge conservateur.

« Une large participation aux élections est une évolution positive, tant au sein de la communauté arabe que dans tous les autres secteurs de la société israélienne. »

Des partisans du parti islamiste Raam rassemblés après la publication des résultats des sondages à la sortie des urnes dans la ville de Sakhnin, au nord d’Israël, le soir des élections législatives israéliennes, le 27 octobre 2026. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Selon la chaîne N12, on observe une forte recrudescence des propos anti-arabes sur Internet depuis les élections.

S’appuyant sur une étude du groupe de veille contre la désinformation Fake Reporter, N12 a fait état d’une augmentation de 400 % des discours anti-arabes en ligne le jour même des élections et les deux jours suivants.

Rien que le 29 octobre, la chaîne a indiqué qu’il y avait eu plus de 9 000 mentions en ligne de discours de haine anti-arabes, d’incitation à la haine ou des fausses informations et des théories du complot concernant la fraude électorale, totalisant des millions de vues.

Le Premier ministre lui-même a contribué à cette atmosphère : dimanche, il a partagé un programme électoral de Raam datant de plus de deux décennies, en l’attribuant à tort à Mansour Abbas, qui n’a pris la tête du parti qu’en 2018 et s’est depuis efforcé de le distancier de ses anciennes positions islamistes pour le faire entrer dans le courant dominant.

Selon l’Institut israélien de la démocratie (IDI), le document partagé par Netanyahu correspond au programme électoral de Raam pour les élections israéliennes de 1999, à l’époque où Abdulmalik Dehamshe dirigeait le parti. Ce dernier avait été fondé en 1996 en tant que branche politique de la branche sud du Mouvement islamique.

Parmi les positions contenues dans l’ancien programme de Raam figuraient : « la fin de l’occupation israélienne et la création d’un État palestinien dont la capitale serait Jérusalem-Est », « l’octroi d’un droit au retour à tous les réfugiés palestiniens conformément au droit international », « la libération de tous les prisonniers palestiniens », « l’abrogation de la loi raciste du retour » qui permet aux Juifs d’obtenir automatiquement la citoyenneté israélienne, et « l’adoption d’une constitution en Israël qui reconnaisse ses citoyens arabes comme une minorité nationale, tout en modifiant les symboles de l’État en conséquence ».

« C’est le programme de Mansour Abbas. Aucun gouvernement ne peut être formé avec lui », a déclaré Netanyahu.

En effet, depuis qu’il a pris la tête de Raam, Abbas a déclaré rompre ses liens avec le Mouvement islamique, a ouvert le parti aux adhérents juifs et a affirmé « qu’Israël était né en tant qu’État juif et qu’il le resterait ».

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas (à gauche), et son n°2, Yoav Segalovitz, s’exprimant après la publication des sondages à la sortie des urnes, le soir du scrutin, à Sakhnin, le 27 octobre 2026. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Abbas s’est présenté aux élections de mardi aux côtés de Yoav Segalovitz, un ancien député sioniste du parti Yesh Atid et haut responsable de la police, qui figurait en deuxième position sur la liste électorale de Raam.

Sous la direction d’Abbas, Raam a également négocié son entrée dans une coalition dirigée par Netanyahu après les élections de 2021. Cependant, le chef de HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, a rejeté cette initiative et Raam a fini par rejoindre le « gouvernement du changement » qui avait évincé Netanyahu en 2021-2022.

Abbas a répondu au message mensonger de Netanyahu en affirmant que « Netanyahu connaît parfaitement le programme de Raam et ses revendications », puisque celles-ci figuraient dans les accords de coalition de 2021 qui n’avaient pas abouti, ainsi que dans le protocole d’accord de 2019 dont a dit le chef de parti arabe, Netanyahu s’était servi pour tenter de le courtiser.

Deux militants de Raam accusés de corruption ont été remis en liberté

Malgré les efforts du Likud, l’un des arguments de la thèse selon laquelle les élections israéliennes auraient été truquées semblait s’effriter dimanche, après la libération de prison de deux des trois militants de Raam arrêtés le jour du scrutin pour avoir prétendument prévu d’acheter des voix pour le parti islamiste.

Aucune preuve établissant un lien entre cette affaire et celle de l’ingérence étrangère présumée n’a été rendue publique, et une source des forces de l’ordre citée jeudi par la chaîne N12 a déclaré qu’il n’y avait aucun rapport entre les deux affaires.

L’un des suspects, le Dr. Saef Abu Reash, a été remis en liberté sans aucune condition restrictive, le tribunal de première instance de Beer Sheva ayant rejeté la demande de la police visant à lui imposer sept jours d’assignation à résidence.

Le deuxième suspect a été remis en liberté sous le régime de huit jours d’assignation à résidence, tandis que la détention du troisième suspect a été prolongée de deux jours.

Le chef de Raam, Mansour Abbas, a dénoncé ces arrestations comme étant antidémocratiques et comme « une tentative d’influencer les résultats des élections ».

Au cours de l’audience de la semaine dernière, la police a reconnu que les domiciles des trois militants avaient été perquisitionnés sans mandat.

Des médias israéliens ont rapporté que ces arrestations avaient été menées à la suite d’une information fournie par Ido Norden, le chef de cabinet de Netanyahu.

Alors que l’attention se concentrait principalement sur Raam, un reportage sans source diffusé par i24 News a affirmé qu’un député de la Liste arabe unie avait été interrogé par la police ces derniers jours, soupçonné d’avoir reçu une importante somme d’argent en provenance de l’étranger.

Selon ce reportage, les enquêteurs pensent que l’argent provenait du Qatar et qu’il aurait pu servir à financer une campagne électorale ou à rallier des électeurs.

Le reportage précise toutefois qu’il n’existe actuellement aucune preuve suggérant que la somme d’argent en question ait été affectée à l’une ou l’autre de ces fins, et qu’il n’est pas clair si, ni comment, l’origine de cet argent peut être retracée jusqu’au Qatar.

Par ailleurs, un responsable de la Liste arabe unie a déclaré à i24 News qu’aucun des députés du parti n’avait été interrogé par la police.

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