Belgique : le parti écologiste Groen veut boycotter le chef d’orchestre israélien Lahav Shani
Ce n’est pas la première fois que Lahav Shani fait face à des difficultés, malgré sa volonté de promouvoir une vision fédératrice de la musique
L’annonce de la programmation de l’Orchestre Philharmonique de Munich, dirigée par le chef d’orchestre israélien Lahav Shani prochainement au centre culturel bruxellois Bozar n’a pas manqué de faire réagir. Le parti écologiste belge Groen a en effet publié un communiqué de presse, signé par son président Aimen Horch, dans lequel il déclare notamment : « C’est tout à fait inapproprié ».
« Il est temps d’instaurer un boycott culturel sans équivoque, comme nous le souhaitons également pour l’Eurovision. Il n’y a pas de place pour les ambassadeurs culturels d’un régime qui commet un génocide et mène des guerres illégales sans aucune responsabilité », ajoute le communiqué.
Lahav Shani, qui vit en Allemagne avec sa femme et ses enfants, est chef d’orchestre de l’Orchestre philharmonique de Munich, de Rotterdam et de l’Orchestre philharmonique d’Israël.
Groen déclare que des soldats ont joué dans l’orchestre ou ont reçu des billets gratuits pour des concerts, établissant un lien étroit entre le chef d’orchestre, le gouvernement et l’armée israéliens. « Shani lui-même a décrit l’orchestre comme des ‘ambassadeurs d’Israël’ », souligne le président du parti.
De son côté, le directeur de Bozar, Christophe Slagmuylder, affirme : « Nous sommes parvenus, après de nombreuses discussions, à la conclusion qu’il n’y avait aucune raison de ne pas les inviter ». « Nous avons trouvé plusieurs déclarations de sa part dans lesquelles Shani affirme considérer la situation à Gaza comme inacceptable. »
Lahav Shani avait déjà été déprogrammé d’un festival belge. Il devait se produire en septembre dernier à Gand avec l’Orchestre philharmonique de Munich, mais sa présence avait été annulée. Les organisateurs avaient alors justifié cette décision en invoquant son rôle à la tête de l’Orchestre philharmonique d’Israël et un manque d’informations quant à sa position par rapport à ce qu’ils avaient appelé le « régime génocidaire de Tel Aviv ».
En novembre dernier à Paris, alors que l’Orchestre philharmonique d’Israël dirigé par Shani se produisait, des manifestants pro-palestiniens munis de fumigènes avaient tenté de perturber la représentation, provoquant des échauffourées dans la salle.
En décembre, toujours à Paris, Shani était de retour sur scène, cette fois pour diriger l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, sous haute sécurité : une dizaine de fourgons de CRS, des policiers surveillant l’arrivée du public et des portiques de sécurité similaires à ceux des aéroports avaient été déployés.
Lahav Shani s’est à plusieurs reprises exprimé en faveur d’une vision réconciliatrice de la musique. Il souligne notamment que l’orchestre de Munich rassemble des musiciens de 22 nationalités différentes, aux opinions « diverses », voire « antagonistes ».
Il confiait ainsi au Figaro : « Un concert n’est pas là pour attiser les haines et les conflits, mais pour permettre à des gens d’histoires, d’opinions et de sensibilités différentes de s’asseoir côte à côte pour partager une émotion commune. »
Le chef d’orchestre a également joué au sein du West-Eastern Divan Orchestra, fondé par Daniel Barenboim, qui réunit musiciens palestiniens et israéliens. Il raconte : « Au Divan, chacun d’entre nous avait son propre narratif, sa propre histoire, mais dès que les répétitions commençaient, nous convergions vers le même but : faire de la musique ensemble… de la meilleure manière qui soit. »