Carnet du Journaliste

Ben Gvir fait fi de toute nuance dans son discours destiné aux anglophones

Par l’intermédiaire d’un traducteur, le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit s’est vanté de mesures juridiquement contestables, tout en rejetant toute responsabilité lorsque les choses ne se sont pas passées comme il le souhaitait

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’exprime lors d’un meeting électoral organisé par le Salon international de Tel Aviv le 12 octobre 2026. (Crédit: Yael Ilinsky/Salon international de Tel-Aviv)

Yishai Fleisher, l’homme qui a servi d’interprète à Itamar Ben Gvir lors d’une soirée organisée en direction du public anglophone, l’a très bien résumé : « Ses messages étaient tellement simples ! ».

Et en effet, lors d’un meeting électoral qui a été organisé lundi dans la soirée, le chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit s’est montré d’une simplicité sans équivoque. Évoquant toute une série d’évolutions positives récentes – qui sont allées de la baisse du nombre des attentats terroristes palestiniens à la chute des tarifs de l’assurance automobile – le politicien les a humblement toutes attribuées à un seul facteur : lui-même.

Par ailleurs, il a écarté d’un revers de la main les réalités moins réjouissantes – comme l’augmentation alarmante des actes terroristes commis par les partisans du mouvement pro-implantation israéliens à l’encontre des Palestiniens, une hausse qui s’est reflétée dans les mêmes données de l’armée israélienne qui ont fait état de la baisse des attaques palestiniennes en 2025. Des données qui sont « généralement fausses », a indiqué avec aplomb le ministre de la Sécurité nationale.

Concernant d’autres faits peu flatteurs – avec notamment un taux annuel des homicides au sein des communautés arabes qui a été multiplié par deux depuis son entrée en fonction, à la fin de l’année 2022 – il en a attribué la responsabilité à la procureure générale Gali Baharav-Miara, qu’il a vivement critiquée pour avoir mis un terme aux écoutes téléphoniques, à la pratique du placement en détention illimité sans autre forme de mise en examen, et aux perquisitions systématiques dans les foyers arabes israéliens.

Quoi qu’il en soit, ces meurtres ont touché « principalement des familles mafieuses », a affirmé Ben Gvir. Et la légère baisse du nombre d’homicides commis par des Arabes au cours du mois dernier s’est expliquée par le fait que, malgré la procureure générale, « nous avons commencé à faire intervenir le Shin Bet dans la lutte contre la criminalité au sein de la société arabe », a-t-il ajouté.

Quelques heures plus tôt, Yasser A-Shawi, 23 ans, avait été abattu à Segev Shalom, et le lendemain matin, Nimer Jabareen, 20 ans, devait être tué à Umm al-Fahm.

Des milliers de personnes participant à une manifestation contre le crime organisé dans la communauté arabe et appelant l’État à faire davantage pour y mettre fin, à Tel Aviv, le 31 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ben Gvir a pris la parole devant les 150 personnes environ qui s’étaient réunies à l’initiative du Salon international de Tel Aviv, une organisation non-partisane au service de la communauté internationale de la ville qui a organisé des événements avec des candidats de divers partis en vue des élections à la Knesset qui doivent avoir lieu le 27 octobre.

Le leader d’extrême droite ne maîtrisant que peu la langue de Shakespeare, il s’est exprimé en hébreu, avec une traduction ligne par ligne qui a été assurée par Fleisher, porte-parole international de l’implantation juive d’Hébron qui occupe, par ailleurs, la 12e place sur la liste du parti Otzma Yehudit de Ben Gvir.

Vêtu d’un gilet noir, Fleisher a évoqué la tournée qu’il avait effectuée aux États-Unis l’année dernière avec Ben Gvir – une visite qui avait été organisée à des fins de relations publiques – tandis que les personnes présentes, partisans de la faction d’extrême-droite ou simples curieux, attendaient l’arrivée de la star de la soirée.

« Ses messages étaient tellement simples !… Israël doit pouvoir se défendre. Les Israéliens doivent avoir la capacité de se défendre, et le jihad ne doit pas pouvoir sévir en toute impunité », s’est souvenu Fleisher. « Aux États-Unis, on le qualifierait de Texan ».

À son arrivée, Ben Gvir a dansé avec Fleisher sur l’air d’un tube de 2010 empreint de religiosité, « Whoever Believes Is Unafraid, » de la pop star israélienne israélienne Eyal Golan – un chanteur qui a fait l’objet d’accusations répétées d’agressions sexuelles et qui a gagné le respect de Ben Gvir après que le procureur de l’État, Amit Aisman, a ouvert une enquête qui le visait parce qu’il avait appelé à la destruction de Gaza.

Sur le revers du gilet de Ben Gvir se trouvait l’accessoire trendy incontournable du ministre, une broche de couleur dorée en forme de nœud coulant. Un rappel à une loi que le parti du leader d’extrême-droite avait fait adopter à la Knesset, qui impose la peine de mort aux Palestiniens de Cisjordanie qui sont reconnus coupables d’actes terroristes meurtriers.

Une mesure qui a figuré parmi la longue liste de réalisations dont il s’est vanté devant l’auditoire. Parmi les autres, l’élargissement massif des conditions d’accès à la possession d’armes à feu, la réduction juridiquement contestable des rations alimentaires des détenus palestiniens dans les prisons de sécurité – le corpulent Ben Gvir s’est d’ailleurs amusé en confiant au public que son épouse souhaitait l’y envoyer – ainsi que la levée des règles qui interdisaient la prière juive sur le Mont du Temple à Jérusalem, mettant ainsi un terme à un accord de statu quo délicat avec les gardiens musulmans du site.

Pour autant, il n’a pas perdu de vue ce qui, selon lui, reste à accomplir au sein du prochain gouvernement, où il briguera le poste de ministre de la Défense. Son plan : « Occuper toute la bande de Gaza parce qu’elle nous appartient dans son intégralité… et encourager l’émigration » des Palestiniens de ce secteur et de la Cisjordanie.

Dans le discours électoral de Ben Gvir, aucune déclaration sur le terrain (assurément moins médiatisé) de la politique économique. Ben Gvir et Fleisher ont tous les deux préféré mettre en avant des données officielles récentes qui ont fait état d’une baisse des vols de voitures et d’une chute des tarifs d’assurance automobile, affirmant que l’approche combative du ministre en matière d’application de la loi s’avérait également être une aubaine pour le portefeuille des électeurs.

Ils ont toutefois étrangement omis quelque chose d’important : cette baisse des tarifs n’a nullement été due à une diminution du nombre de vols de voitures, mais au fait qu’au mois de novembre, un organisme de régulation de l’État a émis un ordre sans précédent à l’encontre des plus grands assureurs israéliens, leur imposant de réduire leurs prix sous peine de perdre le droit de vendre des polices d’assurance.

L’absence totale de nuance dans son discours s’est inscrite dans la lignée de la campagne qui a été menée jusqu’à présent par Ben Gvir, qui a tenté de rallier des soutiens à travers des vidéos courtes qui se sont appuyées sur des émotions viscérales : Ben Gvir aux commandes d’un bulldozer en train de détruire des habitations bédouines qui avaient été construites sans permis ; Ben Gvir dans une prison, déclarant à des terroristes condamnés et à des hommes qu’il soupçonne d’avoir tenté de l’assassiner qu’il souhaite les faire exécuter ; les forces de police de Ben Gvir réprimant la fête organisée à l’occasion de la libération d’un prisonnier arabe, la cérémonie au henné d’un couple arabe, la cérémonie de remise des diplômes d’une université arabe et le convoi de motos d’un parti politique arabe.

Captures d’écran d’une vidéo publiée sur la page Telegram du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir le 31 octobre 2025, le montrant aux côtés de prisonniers palestiniens ligotés. (Crédit: Telegram)

Un groupe de TikTokers a imité les tactiques provocatrices du ministre, diffusant des clips où ils empêchent des détracteurs du gouvernement de passer, manifestant devant leur domicile et les traitant d’antisémites. Quelques-uns de ces jeunes hommes étaient présents lors de l’événement de lundi, qu’ils ont ponctué de leurs acclamations bruyantes.

Certaines des vidéos de Ben Gvir ont été supprimées après que la Commission centrale électorale a dénoncé son utilisation d’installations publiques à des fins de campagne électorale.

Dans l’une de ces vidéos diffusées le mois dernier, Ben Gvir déclarait à Hassan Salamah — responsable de deux attentats à la bombe qui avaient été perpétrés contre des bus à Jérusalem, en 1996, des attaques qui avaient fait 45 morts — : « Je veux te tuer ». Il promettait également de faire « un enfer » de la vie du détenu.

Une séquence qui avait été au cœur, selon Ben Gvir, d’une histoire racontée au ministre par un rabbin de Givatayim, une histoire « qui m’a profondément ému », avait-il dit.

Selon le récit du leader d’extrême-droite, le rabbin avait accueilli dans sa synagogue un survivant de la Shoah qui avait vu la vidéo et qui lui avait demandé : « Si jamais vous voyez Itamar Ben Gvir, dites-lui que je ressens aujourd’hui une telle fierté… J’ai attendu toute ma vie la personne qui irait à la rencontre des terroristes et qui leur ferait vivre un véritable enfer ».

Il a conclu son intervention en ces termes : « Nous sommes des Juifs fiers de l’être. Nous aimons notre pays. Nous voulons gagner, gagner, gagner. Am Yisrael Chai !« 

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