Berlin a enregistré un nombre record de 2 267 actes antisémites en 2025 – rapport
Les nouveaux chiffres qui ont été enregistrés dans la ville où la Shoah a été planifiée et orchestrée sont 'scandaleux', a commenté le député Sebastian Schlüsselburg
La police de Berlin a enregistré un nombre record de 2 267 crimes antisémites en 2025 – ce qui représente une forte augmentation par rapport aux 1 825 cas qui avaient été recensés en 2024 et aux 900 cas répertoriés en 2023, a noté le quotidien allemand Tagesspiegel.
Ces données ont été diffusées par le département de l’Intérieur du Sénat de la ville, en réponse à une demande du député social-démocrate Sebastian Schlüsselburg.
Les actes antisémites, en Allemagne et dans le monde, ont explosé après que le Hamas a lancé sa guerre contre Israël le 7 octobre 2023. Selon le rapport, la police berlinoise n’avait enregistré que 381 infractions antisémites en 2022.
Les infractions antisémites qui seraient motivées par des idéologies étrangères – en lien avec le conflit au Moyen-Orient – sont passées à 1 484 cas, contre 24 en 2022.
Les crimes motivés par des idéologies religieuses ont grimpé à 348 cas, contre six en 2022.
Les crimes antisémites associés à l’extrémisme de droite sont restés relativement stables au cours des cinq dernières années, avec environ 300 cas par an, selon le rapport. Il y en a eu 327 en 2025.
Les attaques vont des discours de haine et autres incitations à la violence à des dommages matériels, en passant par les menaces et, au pire, par des agressions physiques. Les institutions juives – notamment les synagogues, les écoles et les centres communautaires – font face à des problèmes de sécurité accrus depuis le pogrom du 7-Octobre.
Les autorités ont renforcé les patrouilles policières autour de certains sites et ils ont intensifié la surveillance des manifestations – où des slogans antisémites ont été signalés.
La majorité des incidents se sont produits dans les quartiers de Mitte, Friedrichshain-Kreuzberg, Tempelhof-Schöneberg, Neukölln et Charlottenburg-Wilmersdorf, selon le rapport.
Cette recrudescence est survenue malgré la réputation de longue date de l’Allemagne – qui se targue d’être l’un des pays les plus pro-israéliens d’Europe. Les dirigeants allemands ont affirmé à plusieurs reprises leur engagement à lutter contre l’antisémitisme et à protéger la vie des Juifs comme une obligation nationale fondamentale.
« Les chiffres actuels sur les crimes antisémites à Berlin sont honteux », a commenté Schlüsselburg lors d’un entretien accordé au Tagesspiegel. « Ici en particulier, dans la ville où le crime contre l’Humanité connu sous le nom de Shoah a été planifié et ordonné, nous avons une responsabilité historique particulière de protéger la vie juive ».
Les données pour Berlin s’inscrivent dans un contexte plus large d’essor de la haine antijuive en Allemagne. Le Centre de recherche et d’information sur l’antisémitisme (RIAS), un groupe de veille indépendant, a recensé 8 627 incidents antisémites en 2024, ce qui représente une augmentation de 77 % par rapport à l’année précédente.
« Depuis le 7-Octobre, tout sentiment de sécurité au sein de la communauté juive a disparu », avait expliqué, au mois de décembre, Stefan Hensel, commissaire à l’antisémitisme de Hambourg, seul responsable juif occupant une telle fonction dans un Land allemand, lors d’une interview accordée au Times of Israel. Hensel a démissionné à la fin de l’année, affirmant qu’une vague de haine et un manque de soutien politique rendaient son travail intenable.
La communauté juive de Berlin est la plus importante d’Allemagne, même si les estimations de la taille de la population varient. Environ 10 000 à 12 000 personnes sont enregistrées comme étant des membres de la communauté juive, mais certains estiment que le nombre total de Juifs dans la ville se situe entre 25 000 et 40 000.
Dans l’ensemble du pays, 90 000 à 95 000 Juifs sont enregistrés auprès d’une synagogue ou d’une communauté, mais la population totale est estimée à près de 250 000 personnes. Ces disparités s’expliquent par le grand nombre d’expatriés israéliens qui se sont installés ces dernières années mais qui ont choisi de ne pas payer la Kirchensteuer (taxe ecclésiastique) pour s’inscrire auprès d’une communauté religieuse, ainsi que par l’afflux de personnes originaires de l’ancienne Union soviétique depuis 1990.
Les responsables de la communauté juive ont averti à plusieurs reprises que la montée de l’hostilité a amené de nombreux Juifs à se sentir en insécurité dans les lieux publics, notamment lorsqu’ils portent des symboles religieux visibles.
Les responsables allemands se sont engagés à lutter contre les crimes de haine et à renforcer les programmes d’éducation et de prévention, affirmant que Berlin doit veiller à ce que la vie juive puisse s’épanouir ouvertement dans la capitale.