Berlinale : L’accusation de complicité de « génocide » à Gaza émeut la classe politique

Le ministre allemand social-démocrate de l'Environnement a quitté la cérémonie de remise des prix 'pendant le discours' d'Abdullah al-Khatib, en raison de propos 'inacceptables'

Sean Baker (3ᵉ à partir de la gauche), Michelle Yeoh, Tricia Tuttle, Wim Wenders, Min Bahadur Bhamat, Bae Doona, Reinaldo Marcus Green, Ewa Puszczynska et Mitsuyo Miyazaki assistant à la cérémonie d'ouverture du Festival international du film de Berlin, la Berlinale, à Berlin, le 12 février 2026. (Crédit : Markus Schreiber/AP)

Le ministre allemand, présent à la cérémonie de clôture de la Berlinale, a quitté la salle lorsque le réalisateur primé a accusé l’Allemagne d’être « complice du génocide commis à Gaza par Israël », a confirmé dimanche son ministère à l’AFP.

Le ministre social-démocrate de l’Environnement, Carsten Schneider, a quitté la cérémonie de remise des prix, samedi soir, « pendant le discours » d’Abdullah al-Khatib, en raison de propos « inacceptables », a justifié le ministère.

Récompensé pour son film « Chronicles from the Siege », le réalisateur syro-palestinien Khatib a accusé le gouvernement allemand d’être « complice du génocide commis à Gaza par Israël ». Israël rejette catégoriquement cette accusation largement répandue parmi ses nombreux détracteurs.

Schneider était « le seul représentant du gouvernement » présent, même si sa participation n’avait pas de caractère « officiel », précise le ministère à la demande de l’AFP.

Contacté par l’AFP pour connaître le motif de l’absence de son ministre, Wolfram Weimer, le ministère de la Culture n’a pas répondu dans l’immédiat.

Dans une réaction au journal Bild, l’ambassadeur d’Israël Ron Prosor a salué la « clarté morale » de Schneider et estimé que le festival ruinait sa réputation « s’il se transforme en tribune pour les ennemis d’Israël ».

L’équipe du film « Chronicles from the Siege » avec un drapeau « palestinien » à son arrivée sur le tapis rouge pour la cérémonie de remise des prix de la 76ᵉ Berlinale, le premier grand festival de cinéma européen de l’année, à Berlin, le 21 février 2026. Le 76ᵉ Festival du film de Berlin s’achève après 10 jours, avec 22 films en compétition. (Crédit : John Macdougall/AFP)

Un responsable du camp conservateur du chancelier Friedrich Merz, le député Alexander Hoffmann, a pour sa part fustigé sur le réseau social X des « scènes répugnantes » relevant de « l’antisémitisme » lors de la cérémonie.

« Les accusations de génocide, les dérapages antisémites et les menaces contre l’Allemagne à la Berlinale sont absolument inacceptables », a déclaré Hoffmann, chef de la CSU (Union chrétienne-sociale), le parti bavarois allié à la CDU (Union chrétienne-démocrate), au Bundestag.

« La haine d’Israël affichée ouvertement est en contradiction directe avec ce que représente ce festival », a réagi auprès du journal Bild le maire de Berlin, Kai Wegner (CDU), fustigeant les artistes qui se « mettent en scène comme des militants pro-palestiniens ».

Le festival a connu une 76ᵉ édition tendue, marquée par un débat sur le positionnement géopolitique des cinéastes, dans un contexte de conflit au Proche-Orient.

Plus de 80 professionnels du cinéma ont critiqué dans une lettre ouverte ce qu’ils ont appelé le « silence » de la Berlinale sur la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, l’accusant de censurer les artistes « qui rejettent le génocide » commis – selon eux – par l’État hébreu dans l’enclave.

Au début de la cérémonie, la directrice du festival, Tricia Tuttle, a défendu l’idée que la Berlinale ne pouvait pas résoudre les conflits du monde, mais qu’elle pouvait en revanche « créer un espace pour la complexité » et « l’écoute ».

Tuttle s’est dit « en profond désaccord avec les désinformations présentées, des affirmations inexactes sur la Berlinale qui ne reposent sur aucune preuve ou qui sont anonymes ».

Les artistes « sont libres d’exercer leur droit à la liberté d’expression de la manière dont ils le décident », a-t-elle insisté dans un communiqué envoyé tard samedi soir à la presse.

Il ne faut pas attendre d’eux « qu’ils s’expriment sur chaque sujet politique qu’on leur soumet, à moins qu’ils en aient envie », a poursuivi Tuttle.

La Berlinale, qui dit comprendre « la profondeur de la colère et de la frustration face aux souffrances des habitants de Gaza », représente aussi « de nombreuses personnes vivant en Allemagne qui souhaitent une compréhension plus complexe de la position d’Israël que celle qu’a peut-être le reste du monde en ce moment », a-t-elle nuancé.

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