Bettina Göring, le fardeau d’un nom hérité du mal
Petite-nièce de Hermann Göring, l’un des plus hauts dignitaires du IIIe Reich, Bettina Göring a passé sa vie à tenter d’échapper à un héritage écrasant
Il incarnait la brutalité du régime nazi, l’arrogance du pouvoir et une intelligence froide mise au service du pire. Hermann Göring, dignitaire du IIIe Reich et proche d’Adolf Hitler, reste l’une des figures les plus sinistres du XXe siècle. Un homme sans repères moraux, mais doté d’un charisme et d’une capacité de séduction intellectuelle qui continuent d’interroger les historiens. Alfred de Montesquiou, journaliste et écrivain, lui a consacré un ouvrage remarqué, Le Crépuscule des hommes, ainsi qu’un documentaire diffusé sur Arte, revenant sur le procès de Nuremberg et la mécanique des grands criminels nazis.
Mais que reste-t-il de cet héritage chez ceux qui portent encore ce nom ? Dans le cadre d’une vaste enquête consacrée aux descendants de dignitaires nazis, Manon Quérouil-Bruneel grand reporter à Paris Match, a rencontré Bettina Göring, petite-nièce de Hermann Göring. Une femme qui a fait le choix radical de rompre littéralement avec cette filiation.
À 31 ans, Bettina Göring a pris une décision irrévocable : elle s’est fait ligaturer les trompes. Son objectif, dit-elle, était clair : mettre un terme définitif à une lignée qu’elle associe au mal absolu. Une décision lourde, mûrie de longue date, pour celle qui n’a pourtant jamais connu cet aïeul maudit, mort par suicide dix ans avant sa naissance.
Les photographies de jeunesse de Hermann Göring, en revanche, l’ont longtemps hantée. Même regard clair, mêmes traits anguleux. Une ressemblance qu’elle vit comme une violence intime.
« Je lui ressemble plus que sa propre fille », confie-t-elle.
Dans la famille, l’histoire a longtemps été racontée autrement. Hermann Göring avait pris sous son aile Heinz, le père de Bettina, l’élevant comme un fils. Internat d’élite du Reich, carrière dans la Luftwaffe : tout semblait tracé. Pour Heinz, son oncle était une figure protectrice, presque affectueuse. Une vision que Bettina relate aujourd’hui avec une ironie amère.
C’est à 11 ans qu’elle découvre la réalité de la Shoah, devant un documentaire. Le choc est brutal. Plus encore la réaction de sa grand-mère, qui rejette ces images comme une fabrication mensongère, alors même que son beau-frère fut l’un des architectes du système nazi. À partir de là, la fracture est irréversible.
Adolescente, Bettina fugue, fréquente des milieux d’ultragauche et s’oppose frontalement à ses parents. Elle leur reproche de n’avoir jamais pris leurs distances avec le nom Göring. À l’âge adulte, elle choisit de changer de patronyme lors d’un premier mariage, espérant tourner la page. En vain.
Des années plus tard, au moment de la ménopause, le passé refait surface. Comme si le corps, à son tour, réclamait réparation. Bettina entame alors un long cheminement intérieur : thérapies alternatives, séjours en ashram, travail sur les mémoires familiales. Elle rencontre notamment la fille de survivants de la Shoah, endeuillée par la perte d’un frère en camp. Une confrontation qui agit comme un révélateur.
En affrontant la douleur de l’autre, Bettina parvient peu à peu à apaiser la sienne. « J’ai compris que je n’étais pas comptable des crimes commis avant ma naissance », dit-elle aujourd’hui avec sérénité. À 70 ans, elle se dit enfin libérée d’une culpabilité héritée, longtemps portée comme une faute intime.
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