Opinion

Bien sûr, c’est la guerre d’Israël en Iran. C’est aussi celle des États-Unis. Et nous ferions mieux de la gagner

Les détracteurs de Trump, dans son propre camp, ont à l'évidence une mauvaise opinion de son intelligence ; En Iran, contrairement à Gaza, la 'victoire totale' ne doit pas nécessairement être un slogan vide de sens ; Pour le régime, c'est la survie à tout prix

L'ayatollah Ali Khamenei, alors guide suprême iranien, au centre, accompagné des commandants des forces armées, visite une exposition sur les réalisations aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique, en Iran, le 19 novembre 2023. (Crédit: Bureau du guide suprême iranien via AP)

Le président américain Donald Trump manque-t-il à ce point de confiance en lui, est-il à ce point incertain de ses objectifs et est-il si facilement manipulable qu’il s’est laissé entraîner à l’insu de son propre gré dans une guerre avec l’Iran à cause de la rhétorique brillante du Premier ministre Benjamin Netanyahu ?… Ses détracteurs au sein de sa propre base, qui affirment qu’il a envoyé des soldats américains mourir dans une guerre qui appartient à Israël, ont à l’évidence une très mauvaise opinion à la fois de son intelligence et de ses compétences.

En réalité, la république islamique a assassiné sans aucun état d’âme son propre peuple, seulement coupable de son désir de liberté, et il est certain qu’elle recommencera si elle en a l’occasion. Sans avoir été provoquée, elle lance actuellement des missiles et des drones sur les territoires de ses propres voisins arabes – y compris sur certains qui entretenaient des relations correctes, voire chaleureuses, avec son régime. Alors qu’Israël a souligné, pendant des années, que Téhéran élargissait la portée de ses missiles avec pour objectif d’atteindre l’Europe et que l’Iran cherchait à acquérir la capacité d’atteindre également les États-Unis, le régime meurtrier s’en prend désormais au Vieux continent.

Comme l’a raconté avec un certain étonnement Steve Witkoff, l’envoyé de Trump, dans la journée de lundi, les négociateurs iraniens se sont vantés « sans aucune honte », alors que lui-même et Jared Kushner tentaient, le mois dernier, de négocier une solution diplomatique au programme nucléaire de l’Iran, d’avoir contourné les protocoles de surveillance et d’avoir accumulé et conservé suffisamment d’uranium enrichi à 60 % « pour pouvoir fabriquer onze bombes nucléaires ».

La République islamique a recommencé à poursuivre ses ambitions nucléaires dès la fin de la guerre de douze jours, au mois de juin dernier, alors même que Trump affirmait avec confiance qu’elle n’entreprendrait rien de tel. Et alors qu’elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour détruire Israël, notre petit pays ne reste toutefois que le « petit Satan » dans l’idéologie qui était celle du fondateur de la république islamique, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, en 1979, tandis que les États-Unis sont l’incarnation du « grand Satan, » corrompu et impérialiste.

Mardi, Trump a évoqué un régime de « cinglés ». Il ne doute pas du danger qu’il représente pour son propre peuple. Depuis son premier mandat à la Maison Blanche, il a pris conscience de la menace que l’idéologie et l’arsenal nucléaire potentiel de l’Iran représentent pour le monde libre en général, et pour les États-Unis en particulier.

Et ce qui se déroule actuellement sur le territoire iranien est, en effet, la guerre d’Israël : le régime s’efforce depuis des décennies de nous détruire.

Mais c’est aussi la guerre des États-Unis, comme Trump l’a bien compris. Mais ses détracteurs américains – dans son camp comme dans celui de l’opposition – ne le comprennent manifestement pas.

Tucker Carlson (à gauche) s’exprime lors d’une cérémonie commémorative en l’honneur de Charlie Kirk, le 21 septembre 2025, à Glendale, en Arizona. (AP Photo/Ross D. Franklin, fichier) ; Megyn Kelly au Capitole à Washington, DC, le 14 janvier 2025. (Crédit: AP Photo/Alex Brandon)

Planifier la « victoire totale »

Depuis près de deux ans et demi, Netanyahu cherche à obtenir et prédit une « victoire totale » dans la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza. À l’heure où j’écris ces lignes, le Hamas contrôle près de la moitié du territoire de Gaza, où vivent la quasi-totalité des Gazaouis. Il n’a pas rendu les armes, il est bien déterminé à ne pas le faire et il s’efforce de conserver un contrôle maximal sur l’enclave, même si d’autres Palestiniens ou des organismes et autres instances internationales tentent de le pousser à la marge.

La perspective d’une « victoire totale » face au Hezbollah, au Liban, est moins éloignée. L’opération explosive des « bipeurs », lancée par Israël contre des milliers de membres du groupe terroriste au mois de septembre 2024, a fait des ravages tant au niveau des capacités que du moral des hommes, et elle a été suivie par l’élimination de la majorité de ses dirigeants. Naim Qassem est l’ombre pâle de son prédécesseur, Hassan Nasrallah, qui a été éliminé. Plus important encore, le Liban, contrairement à Gaza, dispose d’un gouvernement qui craignait à juste titre que le Hezbollah n’entraîne le pays dans la guerre actuelle – et qui a la volonté, mais pas les moyens, de le désarmer. Et là encore, contrairement à Gaza, une grande partie de la population libanaise déteste davantage le groupe terroriste qu’Israël.

En Iran toutefois, la notion de « victoire totale » est un objectif réaliste, bien qu’incroyablement complexe et ambitieux. La république islamique — corrompue, misogyne, indifférente à sa population, consacrant ses ressources à la promotion d’une idéologie extrémiste vicieuse et prédatrice, avec le monde entier comme terrain de chasse — est détestée par une grande partie de la population, d’autant plus qu’elle a massacré des dizaines de milliers d’Iraniens lors de la dernière vague de manifestations, ces dernières semaines. Certains affirment que les ayatollahs disposent de millions de soldats dans leurs différentes forces armées, notamment dans les Basij ; le chiffre réel est difficile à estimer, mais il ne dépasse probablement pas les deux millions, et ce dans un pays qui compte près de 100 millions d’habitants.

Sur cette photo obtenue par l’Associated Press, des Iraniens participent à une manifestation antigouvernementale à Téhéran, en Iran, le 9 janvier 2026. (Crédit : UGC via AP, fichier)

La guerre actuelle, qui visait initialement les têtes du régime, ses forces de sécurité brutales et ses symboles de pouvoir, ainsi que ses capacités en matière de missiles balistiques et qui vise aussi, depuis un jour ou deux, son programme nucléaire, a pour objectif, comme l’ont indiqué Trump et Netanyahu, de créer les conditions qui permettraient au peuple iranien de prendre le contrôle de la gouvernance. Mais il est difficile de dire quelle sorte de planification et quelle forme de coordination ont été menées avant que les États-Unis et Israël n’ouvrent le feu, avec la perspective de nouveaux dirigeants iraniens qui seraient potentiellement compétents, crédibles et souhaités.

En matière de planification, les présages, même à court-terme, ne sont pas très encourageants – du moins en ce qui concerne le bien-être des citoyens américains qui ont été pris au piège dans le conflit. Lundi soir, le département d’État a diffusé une alerte de sécurité urgente, demandant aux Américains qui se trouvent en Israël et dans plus d’une dizaine d’autres pays de la région de « partir immédiatement, par des moyens de transport commerciaux, en raison de risques sérieux pour leur sécurité ». Cette directive, qui semble avoir été prise dans la panique, concerne potentiellement entre 500 000 et un million d’Américains au Moyen-Orient, dont plus de 200 000 qui sont actuellement en Israël et en Cisjordanie.

Pourtant, pour un grand nombre, il n’y a malheureusement aucun « moyen de transport commercial » aisément accessible pour partir. L’aéroport israélien, pour commencer, était et il reste fermé. Le gouvernement américain, de son côté, n’avait pas organisé de vols d’évacuation. Reconnaissant qu’il n’y avait que « des options limitées », l’ambassadeur en Israël, Mike Huckabee, a suggéré aux Américains souhaitant quitter le territoire israélien de tenter leur chance via la frontière égyptienne, à Taba.

Une alerte de sécurité américaine émise le 2 mars 2026, exhortant les Américains à quitter immédiatement plus d’une douzaine de pays du Moyen-Orient, dont Israël.

Si ce manque d’organisation doit être symptomatique d’une planification plus large des répercussions de cette guerre et de ses conséquences – en particulier concernant la transition souhaitée en Iran – il y a tout lieu de craindre que, si les États-Unis et Israël devaient effectivement appeler le peuple iranien à descendre dans les rues, une nouvelle vague de manifestations massives se solde sur un échec, ce qui reste du régime se révélant être en capacité de se regrouper et en l’absence totale d’un meilleur leadership.

Les responsables militaires israéliens restent confus en ce qui concerne l’issue de la guerre et l’évolution possible d’un nouvel Iran – un flou qui ne manque pas d’être inquiétant. Un haut-gradé, au sein de Tsahal, évoque vaguement un certain chaos à la fin des combats, avec peut-être un recours continu à la force, dans lequel les Américains, espérons-le, s’associeraient étroitement à l’armée israélienne, dans le cadre d’un long processus prolongé qui permettrait finalement d’assister à l’émergence d’un nouveau leadership.

L’idée d’une « victoire totale » dans le contexte iranien est une idée raisonnable et nécessaire. Mais elle implique une planification concrète.

Survivre à tout prix

Comme cela avait déjà été le cas au mois de juin dernier, les premières frappes de samedi matin ont été un succès – et les résultats ont été encore plus remarquables cette fois-ci.

L’Iran avait été pris par surprise il y a neuf mois – et le pays pensait dorénavant être suffisamment bien préparé pour éviter une nouvelle catastrophe.

En ouvrant le feu en plein jour, un samedi matin, Israël et les États-Unis sont pourtant parvenus à répéter cet exploit une deuxième fois.

La nature de ces premières frappes a été encore plus remarquable, le guide suprême Ali Khamenei, se croyant en sécurité, ayant été éliminé, ainsi que, selon le chef des renseignements de l’armée israélienne Shlomi Binder, 40 personnalités de premier plan du leadership iranien qui ont été tuées dans les 40 premières secondes du conflit.

Mais tout ne se déroule pas comme prévu. Au moment où j’écris ces lignes, par exemple, il semble qu’une frappe israélienne qui a été commise, dans la journée de mardi, contre le bâtiment où l’Assemblée des experts iranienne, forte de 88 membres, était censée se réunir pour élire le successeur de Khamenei, ait fini par toucher des locaux en grande partie vides, les « experts » ayant pris la précaution de voter par correspondance.

Israël est parvenu à intercepter la majorité des missiles iraniens, mais des attaques meurtrières sont néanmoins survenues, notamment à Beit Shemesh où neuf personnes sont mortes quand un missile iranien a touché une synagogue et un abri antiaérien.

Les forces de sécurité et de secours intervenant sur les lieux où un missile balistique tiré depuis l’Iran a frappé Beit Shemesh, dans le centre d’Israël, causant d’importants dégâts et faisant au moins huit morts, le 1ᵉʳ mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au moment où j’écris ces lignes, les États-Unis ont perdu six soldats. Le Koweït a abattu par erreur trois F-15 américains ; tous les membres d’équipage ont réussi à s’éjecter à temps. Un incident qui a mis en exergue la valeur extraordinaire d’années de planification et d’exercices régionaux sous la supervision du CENTCOM, qui ont impliqué Israël et de nombreux acteurs régionaux, dont l’Arabie saoudite et d’autres pays qui n’entretiennent pas officiellement de relations avec nous. Le Koweït, notamment, n’était pas impliqué dans ces mécanismes de coordination.

Comme l’a souligné cette semaine l’ancien chef des renseignements militaires de l’armée israélienne, Amos Yadlin, l’un des défis qu’Israël doit relever s’agissant des États du Golfe actuellement en conflit est d’agir. Autre défi, a-t-il ajouté, la nécessité, pour Israël, de se présenter non pas sous les traits d’un agresseur régional, mais sous ceux d’un protecteur régional mesuré, disposé et capable de jouer un rôle de premier plan dans la défense des régimes modérés contre les extrémistes. En cas de succès, ce conflit est susceptible de catalyser les efforts de normalisation.

L’objectif commun des États-Unis et d’Israël est de détruire les lance-missiles, les stocks et les capacités de production de l’Iran, de prendre pour cible ses sites nucléaires et de frapper les forces armées du régime et leurs structures de commandement, avec pour but de minimiser leurs capacités à réprimer un soulèvement populaire. Dans le même temps, l’armée israélienne a accepté qu’elle ne sera pas en mesure de détruire toutes les capacités balistiques ou nucléaires de l’Iran ; en effet, elle estime dorénavant qu’aucune des réserves d’uranium enrichi de l’Iran n’a été détruite lors de la guerre du mois de juin dernier.

Les responsables israéliens ont clairement indiqué qu’en termes de missiles balistiques, le régime iranien s’est largement remis des attaques perpétrées il y a seulement neuf mois. Ils ont également expliqué qu’il était impossible, pour Israël, de se retrouver dans une situation qui impliquerait l’obligation, pour l’État juif, de faire la guerre à l’Iran une fois par an ou plus face à un défi toujours plus complexe – déjouer l’expansion exponentielle de l’arsenal de missiles de la république islamique et contrecarrer ses avancées incessantes dans le domaine du nucléaire. Une telle perspective n’est tout simplement pas réaliste sur le plan militaire, diplomatique, économique ou s’agissant des pressions intenses qui seraient exercées sur la population.

Des Israéliens se réfugient dans un abri public à Tel Aviv alors qu’une sirène retentit pour avertir de l’arrivée de missiles balistiques tirés depuis l’Iran vers Israël, le 1er mars 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

L’armée israélienne indique en privé qu’elle et les forces américaines ont besoin d’au moins deux semaines supplémentaires pour créer les conditions potentielles d’un soulèvement iranien. Elle espère, selon des responsables, que la diplomatie n’interviendra pas prématurément. Trump a parlé de quatre semaines ou plus. En bref, les armées alliées et leurs maîtres pensent, de toute évidence, que le temps jouera en leur faveur.

Mais il semble que le régime pense, lui aussi, la même chose. Il aurait pu chercher désespérément à revenir à la table des négociations dès les premières heures du conflit, après la mort de Khamenei. Mais il est manifestement resté déterminé à ne pas céder aux exigences des États-Unis et d’Israël qui réclament la fin de son programme nucléaire, de l’enrichissement de son uranium, de sa production de missiles et l’arrêt du soutien apporté à ses proxies.

Au contraire, il a résolument élargi la guerre, frappant sans relâche Israël, mais il a aussi pris pour cible des pays voisins qui, autrement, seraient restés en dehors du conflit, et il a entraîné le Hezbollah dans les combats.

Cette image satellite fournie par Vantor, prise et diffusée le 2 mars 2026, montre les dégâts causés à la raffinerie Ras Tanura de Saudi Aramco (Image satellite ©2026 Vantor / AFP)

Peut-être a-t-il sous-estimé la puissance de feu que les États-Unis et Israël avaient préparée et utilisent actuellement. Mais il mise clairement sur sa survie par usure – comptant sur des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis pour exhorter les États-Unis à cesser le feu, sur la Russie et la Chine pour tenter de mettre fin au conflit, sur Trump, éreinté par ses opposants nationaux, et même sur les Israéliens, épuisés par une guerre sur plusieurs fronts et par des frappes aux missiles sans fin. Et comptant également, par extension, sur sa capacité à se regrouper et, pour l’instant, à écraser ses opposants nationaux.

Une fois encore, beaucoup de choses vont dépendre de la planification qui a été faite, sous la direction des États-Unis, pour le lendemain de la guerre. Les anciens potentiels réformistes sont-ils prêts à organiser concrètement la prise de contrôle du parlement, à assumer la supervision de l’industrie énergétique, à servir alors que de nouveaux responsables efficaces des forces de sécurité protègeront le peuple, renonçant à le tuer ? Quel que soit le temps qu’il reste à la guerre, chaque seconde est précieuse pour préparer l’avènement d’un nouvel Iran, d’un Iran meilleur.

Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du Premier ministre Netanyahu alors qu’il écoute une question d’un journaliste à la fin d’une conférence de presse à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Pour la première fois de son histoire, Israël est entré en guerre aux côtés de la seule superpuissance mondiale, contre un ennemi commun. Pour la première fois de son histoire, Israël a tué un chef d’État en exercice.

Une semaine avant le début de la guerre, comme l’a confirmé Witkoff, Trump avait affiché sa perplexité face au refus opposé par le régime de capituler.

Il n’a pas capitulé et il ne capitulera pas car il utilisera toutes les armes et tous les moyens qui seront mis à sa disposition pour survivre. Il élargira le conflit dans toutes les directions et à n’importe quel prix pour garantir cette survie.

Autant de choses qui soulignent pourquoi il doit être vaincu. Et c’est aujourd’hui que se présente pour Israël, pour les États-Unis, le monde libre et pour le peuple iranien, la meilleure chance d’y parvenir.

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