Un maire de Californie appelé à démissionner pour avoir relayé des théories antisémites
Selon un groupe juif, Eduardo Martinez 'ne peut plus exercer efficacement ses fonctions' après avoir laissé entendre que l'attaque de Bondi Beach avait été orchestrée par Israël
JTA — Le Jewish Community Relations Council of the Bay Area (JCRC) a demandé la démission d’un maire qui a partagé, sur son compte LinkedIn, une théorie du complot affirmant que l’attaque de Bondi Beach lors d’une célébration de Hanoukka était un « coup monté » de la part d’Israël.
« Quand les paroles et les actions d’un élu font qu’une partie de la communauté se sent dorénavant en situation d’insécurité et qu’elle se sent abandonnée par son gouvernement, cet élu ne peut plus remplir efficacement ses fonctions », a affirmé le groupe dans un communiqué.
« Pour ces raisons, le maire Eduardo Martinez doit démissionner », a ajouté le communiqué. « Aucune communauté ne devrait être dirigée par une personne dont le comportement amène la peur, les divisions et l’exclusion. C’est un exemple flagrant de ce à quoi peuvent mener des réseaux sociaux toxiques, des discours incontrôlés et la diabolisation constante d’Israël et des Juifs – et c’est la raison pour laquelle il faut y faire face ».
Martinez, âgé de 76 ans, est le maire de Richmond, en Californie – une ville située au nord de Berkeley qui abrite une congrégation du mouvement réformée, le Temple Beth Hillel. Élu en 2022, il est depuis longtemps un critique virulent d’Israël.
Il est inhabituel qu’un groupe juif demande la démission d’un élu local. Mais selon le JCRC, les propos de Martinez sur l’attaque de Bondi Beach ont été « dangereusement antisémites, profondément offensants et totalement inacceptables ».
À la suite de l’attaque de Sydney – un attentat qui a fait 15 morts et des dizaines de blessés – Martinez avait partagé des propos antisémites et différentes théories du complot sur sa page LinkedIn.
« La cause profonde de l’antisémitisme est le comportement d’Israël et des Israéliens », était-il notamment écrit dans un message qui a été supprimé depuis, une publication qui a été partagée par Martinez, a fait savoir J. The Jewish News of Northern California.
Dans un autre message, Martinez avait comparé la journée de fête à Bondi Beach à des manifestations hypothétiques de Hanoukka à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem – écrivant que les deux devaient être considérées comme des « affirmations performatives de domination ».
Le message continuait ainsi : « Hanoukka, qui est traditionnellement une période de réflexion personnelle et privée, est devenue, ces dernières années, le jouet des organisations sionistes et la fête a été utilisée comme un outil politique ». Dans son partage, Martinez avait commenté : « Qu’en pensez-vous ? »
Martinez a semblé présenter ses excuses pour ses publication sur Israël mercredi – alors que les réactions négatives se multipliaient.
« Je tiens à m’excuser d’avoir partagé mes publications précédentes sans réfléchir. Nous savons bien sûr que l’antisémitisme existait avant la création de l’État d’Israël », a-t-il écrit sur LinkedIn. « Comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, nous ne devons pas confondre sionisme et judaïsme. Ce sont deux croyances distinctes ».
Dans un autre message d’excuses, qui a été diffusé jeudi, Martinez a pris ses distances par rapport à son costume de maire.
« Je tiens à assurer à tout le monde que ces publications reflètent uniquement mes opinions (ou mes erreurs). Elles ne sont pas des déclarations faites par mon bureau ou par la ville de Richmond. Si je commets une erreur, cette erreur n’est que la mienne », a-t-il affirmé dans sa publication. « Une fois de plus, je m’excuse d’avoir publié ces messages à la hâte sans en avoir pleinement compris les contenus ».
Dans le sillage de l’attaque de dimanche, Cyberwell, groupe de veille de l’antisémitisme en ligne, a indiqué avoir constaté une « recrudescence de la haine et des incitations à la violence » sur les réseaux sociaux. Les autorités australiennes ont expliqué que les deux agresseurs avaient été motivés par « l’idéologie de l’État islamique ».
« Nous constatons également la propagation en ligne d’un discours dangereux qui rejette la responsabilité de l’attaque sur la communauté juive elle-même, qualifiant à tort cet attentat de ‘coup monté’ remontant parfois ‘au Mossad’, une attaque qui aurait ainsi été orchestrée pour diviser les Australiens », a déclaré Tal-Or Cohen Montemayor, fondateur et PDG de CyberWell, dans un communiqué.
Avec cette dernière controverse, ce n’est pas la première fois que le maire de Richmond se retrouve dans une situation délicate en raison de ses propos sur Israël.
Au mois d’août, lors d’un discours prononcé à l’occasion de la Conférence populaire pour la Palestine, Martinez avait comparé le Hamas à un enfant victime d’intimidation dans une cour de récréation, affirmant qu’il était « compliqué » pour lui, avait-il dit, de dire s’il soutenait le Hamas, selon J.
« Si la Palestine était une cour de récréation, je serais Palestinien et la partie de moi qui ne pourrait plus supporter les abus serait le Hamas », avait dit Martinez à l’époque. À cette occasion, il avait aussi porté une casquette arborant les lettres « DDTTIDF », un acronyme appelant à « la mort de l’armée israélienne ».
Dans la lettre qui a été écrite par le JCRC, l’organisation a également souligné que sous la direction de Martinez, Richmond avait adopté une résolution deux semaines après le 7 octobre qui condamnait Israël et qui « affirmait le soutien et la solidarité de Richmond avec le peuple palestinien de Gaza ».
Les propos tenus par Martinez après l’attaque de Bondi avaient également été condamnés par le directeur régional de l’Anti-Defamation League Central Pacific, Marc Levine.
« Rien ne justifie qu’un élu vienne amplifir des théories antisémites faussées qui cherchent à attribuer la responsabilité de l’attaque à la victime », avait dit Levine dans une déclaration faite au J. « La communauté australienne a déjà été confrontée à suffisamment de tragédies ces derniers jours. Nous espérons que le maire Martinez reconsidérera ses propos blessants, qui n’ont absolument pas leur place dans le discours public. »