Californie : Une loi pour lutter contre l’antisémitisme dans les établissements scolaires
Face au regain d'antisémitisme, le gouverneur Gavin Newsom a dit« Nos écoles sont des lieux d'apprentissage et non de haine » ; ses opposants, pro-Palestiniens en tête, y voient un musèlement de l'enseignement
SACRAMENTO, Californie – Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a signé mardi une loi pour lutter contre l’antisémitisme au sein des établissements scolaires.
Le Caucus législatif juif de Californie a déclaré que cette loi allait permettre de lutter contre l’inquiétante vague de harcèlement dont sont victimes les élèves juifs.
« La Californie prend des mesures pour lutter contre la haine sous toutes ses formes. Au moment où l’antisémitisme et le sectarisme augmentent ici et partout ailleurs dans le monde, ces lois sont claires : nos écoles sont des lieux d’apprentissage et non de haine », a déclaré Newsom dans un communiqué.
Cette loi instaure un Bureau des droits civils, avec à sa tête un coordinateur nommé par le gouverneur, chargé d’élaborer une formation destinée à aider les employés des écoles à identifier et lutter contre l’antisémitisme. Ce coordinateur doit consulter le Conseil de l’éducation de l’État pour faire des recommandations à l’Assemblée législative sur les mesures de nature à lutter contre les discriminations antisémites au sein des établissements scolaires.
Selon l’Agence des opérations gouvernementales, qui supervise les services de l’administration Newsom, ce nouveau service pourrait coûter à l’État près de 4 millions de dollars par an, avec ses six employés.
Les élèves des écoles publiques américaines sont normalement protégés des discriminations par les lois de l’État, du gouvernement fédéral et du district. Mais les législateurs d’États tels que le Missouri, le Vermont et le Tennessee sont allés plus loin en prenant une loi spéciale pour lutter contre l’antisémitisme au sein des écoles, de la maternelle à la 12e année.
Aux Etats-Unis, le contexte est en effet porteur de tensions politiques liées à la guerre d’Israël contre le Hamas à Gaza.
Des critiques de cette loi, enseignants ou défenseurs pro-palestiniens, ont déclaré que cela pourrait avoir pour conséquence indirecte de rendre difficile l’enseignement de certaines questions complexes.
Cette année déjà, la gouverneure de l’Arizona, Katie Hobbs, s’était opposée à un projet de loi interdisant aux enseignants de prêcher l’antisémitisme en classe, au motif que le projet de loi s’en prenait aux enseignants et non à l’antisémitisme.
L’administration Trump a suspendu ou gelé les subventions fédérales des universités, à commencer par celle de Californie à Los Angeles, en raison de leur inertie présumée ou de leurs réactions inappropriées face à l’antisémitisme.
Le président de l’Université de Californie, James B. Milliken, a déclaré que ces coupes, qui font l’objet de recours, ne seraient d’aucun secours contre l’antisémitisme et que les mesures prises par les universités pour lutter contre l’antisémitisme avaient été pour l’essentiel ignorées.
Très favorable à cette nouvelle loi, l’Anti-Defamation League a recensé l’an dernier aux Etats-Unis 860 actes antisémites dans des écoles non juives allant de la maternelle à la 12e année – harcèlement, actes de vandalisme et agressions. Ce chiffre est en baisse de 26 % par rapport à l’année précédente, mais nettement supérieur aux 494 cas signalés en 2022.
Lev Miller Ruderman, un étudiant juif du lycée de San Lorenzo Valley, près de Santa Cruz, sur la côte californienne, a déclaré lors d’une audience législative que les autorités lycéennes n’avaient pas pris au sérieux un acte antisémite survenu au sein de l’établissement lorsqu’il était en première année. Un de ses compagnons avait en effet utilisé du matériel scolaire pour fabriquer un drapeau nazi qu’il avait épinglé dans le dos de Ruderman, a-t-il expliqué. Ruderman avait croisé de nombreux élèves avant qu’un professeur l’interroge à ce sujet, a-t-il ajouté.
« J’étais triste, déboussolé et dépassé par les événements », a déclaré Ruderman, qui a ensuite terminé son année scolaire depuis chez lui.
Le Bureau des droits civils n’a pas besoin de validation législative en ce qui concerne les supports pédagogiques destinés aux enseignants. Ce qui n’a pas empêché certains enseignants de critiquer la partie de la loi exigeant que toutes les informations données par les enseignants « soient factuellement exactes » au motif que cela pourrait avoir pour effet indirect de museler l’enseignement.
Les sujets polémiques offrent des facettes diverses selon le point de vue, explique Seth Bramble, directeur de l’Association des enseignants de Californie.
Le fait de ne pas pouvoir parler de ces faits renforce l’apprentissage par cœur au détriment de la pensée critique et donne aux défenseurs « une nouvelle arme juridique pour perturber l’enseignement et s’en prendre aux enseignants », ajoute-t-elle.
Dans sa précédente version, le projet de loi fixait des exigences spécifiques pour « les matériels pédagogiques concernant les Juifs, Israël ou le conflit israélo-palestinien », à savoir qu’ils soient mesurés, précis, qu’ils ne promeuvent pas l’antisémitisme et qu’ils ne qualifient pas Israël d’« État colonial de peuplement ».
La loi ne fait plus référence à la guerre à Gaza, mais ses détracteurs, militants anti-Israël en tête, estiment qu’elle pourrait malgré tout avoir un effet dissuasif et empêcher une discussion ouverte sur les questions litigieuses en classe.
« Les propos des enseignants sur la Palestine ou le génocide à Gaza sera contrôlé, déformé et signalé à la coordinatrice de l’antisémitisme », estime Theresa Montaño, de l’Association des professeurs de Californie, dans un communiqué, en utilisant une accusation fermement démentie par Israël.
Le membre démocrate de l’Assemblée de l’État, Rick Chavez Zbur, par ailleurs co-auteur de ce projet de loi, a déclaré en septembre que les législateurs devaient lutter contre le harcèlement et l’intimidation dont sont victimes les élèves juifs.
« Quand des croix gammées sont peintes dans des cours de récréation d’écoles primaires, quand on accroche un drapeau nazi dans le dos d’un élève juif ou quand on le poursuit et qu’on lui crie des horreurs, nous avons le devoir de ne pas fermer les yeux », a-t-il déclaré dans un communiqué.
« Ce projet de loi a pour but de garantir que les lieux dédiés à l’enseignement soient sûrs et appropriés, conformes aux valeurs de notre État. »