Carney : le Canada manque à ses obligations envers les Canadiens juifs

Le Premier ministre annonce la création d'un nouveau Conseil consultatif ministériel sur les droits, l'égalité et l'inclusion chargé des questions d'antisémitisme, soulignant toutefois l'absence de restriction à la liberté d'expression

Le Premier ministre canadien Mark Carney prononce un discours à la synagogue Holy Blossom Temple de Toronto, le lundi 1er juin 2026. (Crédit : Chris Young/The Canadian Press via AP)

TORONTO — Le Canada manque à ses obligations envers ses ressortissants juifs, et la communauté juive du pays est la cible d’actes de haine violents, a déclaré lundi le Premier ministre Mark Carney.

L’antisémitisme a atteint, partout au Canada, des niveaux jamais vus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a indiqué Carney. L’année dernière, plus des deux tiers de tous les crimes de haine commis pour des motifs religieux ont visé des Canadiens juifs, a-t-il souligné. Ces derniers ne représentent pourtant qu’un pour cent de la population.

« L’horreur et la honte sont mondiales. Nos actions doivent être locales. Cela commence par admettre sans ambiguïté que le contrat social canadien manque à ses obligations envers les Canadiens juifs », a poursuivi Carney lors d’un discours prononcé à la synagogue Holy Blossom Temple de Toronto.

Carney a rappelé que des antisémites au Canada avaient fait feu sur des écoles juives, lancé des bombes incendiaires contre des synagogues et attaqué des centres communautaires, pris pour cible des commerces appartenant à des Juifs, et chassé des étudiants juifs des espaces communs sur les campus universitaires.

L’antisémitisme sévit en Europe, en Australie et aux États-Unis, a-t-il ajouté. Il a toutefois précisé que la situation au Canada était « spécifique, grave, et exigeait une réponse ciblée ».

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas le 7 octobre 2023, date à laquelle le groupe terroriste palestinien a envahi le sud d’Israël, massacrant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages, on a constaté une forte augmentation des incidents antisémites à l’échelle mondiale.

Des voitures de police sur les lieux d’une fusillade impliquant une réplique d’arme à feu, devant une synagogue, à Toronto, le 8 mai 2026. (Crédit : Capture d’écran/CTV News)

« Quelque chose d’important s’est produit : le Canada a enfin dénoncé ouvertement ce dont personne n’osait parler », a posté sur les réseaux sociaux Harley Finkelstein, éminent Juif canadien et président de la société de commerce électronique Shopify.

Noah Shack, PDG du Centre pour les affaires israéliennes et juives, a indiqué avant le discours que le gouvernement canadien devait s’engager davantage pour renforcer la sécurité des communautés et lutter contre la haine.

Carney a expliqué que son gouvernement avait présenté, ces 12 derniers mois, des mesures législatives visant à lutter contre l’antisémitisme et d’autres formes de haine. Selon lui, une enveloppe de 75 millions de dollars permettra de doter les institutions confessionnelles d’infrastructures de sécurité et de personnel de sécurité supplémentaire.

« Il m’est pénible de devoir consacrer 75 millions de dollars – et même un seul dollar – à cela », a déploré Carney.

Le Premier ministre canadien Mark Carney s’adresse à des responsables locaux lors d’un événement organisé à la synagogue Holy Blossom Temple à Toronto, le 1er juin 2026. (Crédit : Chris Young/The Canadian Press via AP)

Le Premier ministre a également annoncé la création d’un nouveau Conseil consultatif ministériel sur les droits, l’égalité et l’inclusion, qui sera notamment chargé d’examiner la nature, l’ampleur et les causes de l’antisémitisme. Ce conseil en évaluera également les conséquences ; des investissements dans l’éducation, la prévention et la sécurité des communautés s’ensuivront, a indiqué son cabinet.

« Je tiens à être clair sur ce que sont ces mesures potentielles, et ce qu’elles ne sont pas. Ce ne sont pas des restrictions à la liberté d’expression. Ce ne sont pas des contraintes au droit légitime de critiquer n’importe quel gouvernement, sur n’importe quel sujet, où que ce soit », a précisé Carney.

« Ces mesures reflètent les obligations fondamentales que nous avons les uns envers les autres, dans nos institutions publiques communes, et qui visent à garantir qu’aucune communauté canadienne ne sera exclue de ces institutions par la haine. »

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