Ces musiciens israéliens en quête d’un public qui chantera avec eux

Le projet Hashayara sillonnent Israël et les États-Unis depuis le 7 octobre, interprétant une playlist de classiques familiers avec un message d'espoir

Les membres du Projet Hashayara, un ensemble musical qui parcourt Israël et les États-Unis pour apporter espoir et soutien aux communautés, lors de l'enregistrement d'une chanson au mois de juin 2025. (Autorisation)

C’est animée par un désir d’unité et de réconfort, qu’une troupe de musiciens israéliens a été amenée à interpréter une version hébraïsée de la chanson « Country Roads » de John Denver et d’autres classiques connus du grand public lors d’une célébration de la Journée de l’Indépendance d’Israël, au mois de mai dernier, dans des synagogues et dans des centres communautaires américains.

Ce groupe de musiciens s’est fait connaître sous le nom de HaShayara (le convoi) dans le cadre d’un projet lancé par la Histadrut HaNoar HaOved VeHaLomed, le mouvement de jeunesse israélien connu sous le nom de Noar HaOved, qui est étroitement lié à Habonim Dror, aux États-Unis.

La troupe s’est rendue aux États-Unis à plusieurs reprises depuis le 7 octobre 2023 – et elle refera le voyage au mois d’octobre prochain pour apporter aux communautés juives la version israélienne d’un sing-along. Elle prévoit également d’autres déplacements.

« Il ne s’agit pas d’un spectacle, mais d’un convoyage, d’une expérience de connexion », explique Gilad Perry, l’un des organisateurs du projet Hashayara qui est également le directeur des partenariats et des collaborations internationales au sein de Dror Israel, la branche éducative de Noar HaOved.

L’une des chansons qu’ils interprètent est « Country Road » – dans sa version hébraïque – que Perry avait trouvée par hasard sur YouTube.

Une version qui avait été créée par Noa Hubara, une survivante du 7 octobre, et par Erez Brickner, un musicien à l’origine de la page Facebook One Translation, qui propose des versions en hébreu de tubes anglo-saxons.

Le mari de Noa Hubara, Ido Hubara, avait combattu les terroristes du Hamas qui avaient pris d’assaut le kibboutz Sufa, le 7 octobre. Il avait été blessé. Pris en charge par son père, infirmier et membre de l’équipe médicale de la communauté, il n’avait toutefois pas survécu.

Hubara avait écrit ces paroles en hébreu alors qu’elle et ses enfants étaient évacués à Eilat, dans l’espoir de pouvoir rentrer chez eux – dans leur communauté située à la frontière de Gaza.

Aujourd’hui, avec la bénédiction d’Hubara, cette chanson fait partie de la playlist de Hashayara, au même titre que « Coming Home », l’hymne des otages.

« Nous créons un convoi », indique Perry, « en cela que nous emmenons le public avec nous ».

La musique et le chant font depuis longtemps partie intégrante de l’expérience communautaire et éducative de Noar HaOved – c’est le cas en particulier pour Perry, un guitariste qui utilise la musique comme outil pour entrer en contact avec les gens et pour leur permettre de sortir d’eux-mêmes.

Après le 7 octobre, l’organisation avait immédiatement tendu la main aux communautés évacuées des kibboutz du sud, les aidant à mettre en place des écoles et des crèches temporaires. Elle avait également compris que les survivants du massacre commis par le Hamas avaient besoin de se ressourcer, et que la musique était l’un des moyens d’y parvenir.

A ce moment-là, Perry et les autres musiciens – dont son frère, le pianiste Assaf Perry Shir, les chanteuses Raz Rotem et Nitsan Bar Kama, le bassiste Assaf Achituv et le batteur Ofer Zahavi – avaient mis leurs instruments dans les coffres de leurs voitures et ils avaient parcouru Israël, rendant visite aux personnes évacuées, aux soldats et aux réservistes déployés au nord et au sud du pays.

Ils avaient chanté devant des enfants de maternelle évacués du kibboutz Beeri. Là-bas, l’institutrice leur avait demandé d’éviter de chanter l’une des chansons préférées des petits enfants qui parle notamment de l’amour apporté par les parents et par les grands-parents, craignant de désespérer les enfants qui avaient perdu des membres de leur famille, le 7 octobre.

Ils avaient adopté un autre chanteur, un évacué de Kiryat Shmona qui était alors hébergé dans un hôtel, qui avait chanté une chanson de Shlomo Artzi intitulée « comme un ange », se souvient Perry.

Et alors que les événements du 7 octobre provoquaient une vague d’antisémitisme et d’antisionisme aux États-Unis, les musiciens de Hashayara avaient voulu apporter leur aide sur le sol américain.

« C’est un message qui est transmis par les Israéliens aux Juifs américains », indique Raz Rotem, chanteuse au sein du groupe et qui est également la directrice de la troupe. « Nous recevons tellement de la part de ces communautés et elles traversent, elles aussi, des moments très, très difficiles en ce moment ».

Ils avaient travaillé sur une liste de chansons susceptibles de toucher le public juif américain, s’efforçant de trouver des morceaux que le public pourrait reprendre en chœur, comme « Country Road » de Noa Hubara.

« Il y a une sorte de processus émotionnel que traverse le public », explique Perry, qui dirige l’ensemble. « Nous parlons de guerre, nous parlons de solidarité et de choses difficiles ; il y a des larmes, des rires, des danses et une hora – et nous partons sur une note positive ».

« C’est très émouvant », s’exclame Rotem. « Il y a quelque chose qui se passe quand nous chantons tous ensemble ».

Elle souligne l’importance pour les Israéliens de reconnaître la culture juive américaine, se souvenant d’être entrée dans une synagogue réformée et d’y avoir vu une photo datant du début des années 1900.

« Cette culture est si riche, c’est quelque chose de très profond, de digne, c’est quelque chose de riche », dit-elle. « Et j’aimerais que nous apportions plus de ça chez nous, que ce soit possible de le faire ».

À la fin de chaque représentation, Hashayara demande à son public des chansons. Ce dernier lui demande souvent de chanter Am Yisrael Chai.

« On a été sceptique parce que c’est tellement vieille école, mais il s’est passé quelque chose lorsque nous l’avons chantée », se souvient Perry. « Il fait désormais partie de notre playlist« .

« Il est important de dire que oui, Am Yisrael Chai – le peuple d’Israël vit, malgré tout l’antisémitisme et malgré toutes les tentatives de destruction », ajoute-t-il. « Je crois que ces rencontres sont porteuses d’espoir, et c’est extrêmement important. Car nous ne pourrons pas reconstruire cette société sans espoir. Cela devra faire partie du processus ».

Pour connaître les prochaines représentations de Hashayara, suivez leur page Facebook.

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