Israël en guerre - Jour 140

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Chaque jour, les cartes postales réalistes et colorées de Zeev Engelmayer apportent du réconfort

Depuis le 7 octobre, l'illustrateur et humoriste connu sous le nom de Shoshke dessine une version faussement naïve de l'actualité

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • À gauche, l'otage Carmel Gat représentée en train de faire du yoga en captivité, et à droite, Eyal Shapira le jour de sa bat mitvah sans son père, rappelé dans la réserve. (Autorisation)
    À gauche, l'otage Carmel Gat représentée en train de faire du yoga en captivité, et à droite, Eyal Shapira le jour de sa bat mitvah sans son père, rappelé dans la réserve. (Autorisation)
  • A gauche, Engelmayer (au centre) avec les parents de Tal Keren, tué par des terroristes du Hamas alors qu'il pêchait sur la plage de Zikim le 7 octobre 2023 (Autorisation de Tamar Engelmayer). A droite, Engelmayer (à gauche) avec le père de Carmel Gat, enlevée au kibboutz Beeri le 7 octobre 2023. (Autorisation)
    A gauche, Engelmayer (au centre) avec les parents de Tal Keren, tué par des terroristes du Hamas alors qu'il pêchait sur la plage de Zikim le 7 octobre 2023 (Autorisation de Tamar Engelmayer). A droite, Engelmayer (à gauche) avec le père de Carmel Gat, enlevée au kibboutz Beeri le 7 octobre 2023. (Autorisation)
  • Engelmayer (à gauche) avec l'ex-otage Gali Tarshansky et sa mère, Reuma Aroussi. (Autorisation de Tamar Engelmayer)
    Engelmayer (à gauche) avec l'ex-otage Gali Tarshansky et sa mère, Reuma Aroussi. (Autorisation de Tamar Engelmayer)
  • À gauche, une baleine dans une mer d'anémones, la fleur du Neguev, ramène un navire rempli d'otages ; à droite, les rescapés de la rave Nova dans le désert tentent de se reconstruire à Chypre. (Autorisation)
    À gauche, une baleine dans une mer d'anémones, la fleur du Neguev, ramène un navire rempli d'otages ; à droite, les rescapés de la rave Nova dans le désert tentent de se reconstruire à Chypre. (Autorisation)
  • À droite, les trois jeunes pêcheurs tués par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, représentés par Engelmayer en train de pêcher dans l'espace (Autorisation) ; à gauche, Engelmayer dans le rôle de son alter ego Shoshke et Naama Kaspi, qui lui a dit qu'elle aimerait entendre le gazouillis des oiseaux plutôt que le bruit de bombes. (Autorisation)
    À droite, les trois jeunes pêcheurs tués par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, représentés par Engelmayer en train de pêcher dans l'espace (Autorisation) ; à gauche, Engelmayer dans le rôle de son alter ego Shoshke et Naama Kaspi, qui lui a dit qu'elle aimerait entendre le gazouillis des oiseaux plutôt que le bruit de bombes. (Autorisation)

Chaque matin depuis le 7 octobre, le célèbre dessinateur et illustrateur humoristique Zeev Engelmayer s’assoit à la petite table de cuisine de son appartement de Tel Aviv, sous une baie vitrée donnant sur le quartier Florentine, et dessine des otages, des soldats ou des personnes endeuillées pour ses cartes postales du jour.

Il a ainsi dessiné la famille Bibas – la maman Shiri, le papa Yarden, Ariel, le petit garçon roux en âge d’aller à la maternelle et le bébé, tout aussi roux, Kfir – le jour de leur effroyable enlèvement, mais aussi sous la forme d’oranges douces suspendues à une branche.

Il a représenté l’ex-otage octogénaire Yaffa Adar dans une voiturette de golf ornée de cœurs, en train de rentrer chez elle entourée de ballerines. Il a dessiné Mary Poppins en train de ramener comme par magie les otages avec des parasols et, dans un autre dessin, des enfants otages en train de chevaucher un arc-en-ciel entre Gaza à Tel Aviv.

Il y a aussi des dessins consacrés aux soldats tués à Gaza.

Avec leur format A4, ces cartes postales quotidiennes d’Engelmayer disent l’horreur, la peur et le chagrin de ces 100 derniers jours, depuis que les terroristes du Hamas ont attaqué les communautés frontalières d’Israël à Gaza, tué des milliers de personnes, commis des atrocités et enlevé des centaines de personnes.

Elles permettent aussi de regarder d’une autre façon la sombre réalité.

L’une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer représente l’ex-otage du Hamas Yaffa Adar, enlevée le 7 octobre 2023, en train de rentrer en Israël depuis Gaza. (Autorisation de Daniel Hanoch)

Mais durant les deux premières semaines, Engelmayer n’a dessiné qu’en noir et blanc.

« J’étais sous le choc, ce n’était pas une décision délibérée de dessiner ainsi ou de ne dessiner qu’à la main », explique l’artiste, qui dessine habituellement sur l’un des deux ordinateurs de son studio, dont les étagères débordent de bandes dessinées et d’accessoires. Il était en fait tellement horrifié par la réalité qu’il ne pouvait la concevoir qu’en noir et blanc.

Pour son retour à la couleur, deux semaines plus tard, il a dessiné le kibboutz Beeri tel qu’il apparaissait dans les années 1950.

Engelmayer s’est vite rendu compte que, si la couleur était « un peu trop joyeuse », elle lui permettait en revanche de communiquer davantage d’émotions.

« Je vis une sorte d’expérience émotionnelle lorsque je suis assis ici », parfois pendant des heures, explique-t-il. « C’est différent de dessiner avec l’ordinateur. On voit les choses différemment en dessinant à la main ; on réfléchit en même temps. »

Ceci est tout sauf habituel pour Engelmayer, humoriste et activiste cynique et excentrique connu pour ses apparitions publiques, souvent lors de manifestations, sous le nom de son personnage de bande dessinée blond et un peu débraillé, « Shoshke ».

L’une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer représente les ex-otages du Hamas enlevés le 7 octobre 2023 à leur retour en Israël. (Autorisation de Daniel Hanoch)

Depuis le 7 octobre, Engelmayer fait en sorte de ne pas faire preuve de cynisme. Il pense que ce dont nous avons besoin, en ce moment, c’est d’attention et de douceur.

Chaque jour, il publie sur Instagram des dessins d’otages et de leurs familles, de personnes en deuil, de soldats blessés ou morts au combat, de personnes évacuées.

Les gens ont été prompts à réagir en lui envoyant des messages et en lui demandant de raconter l’histoire de leurs proches.

Zeev Engelmayer devant le musée d’Herzliya, qui expose ses cartes postales quotidiennes depuis décembre 2023. (Autorisation)

« J’ai maintenant des listes de noms et d’histoires », confie Engelmayer. « Je leur parle au téléphone et ces conversations sont importantes pour moi. Cela me permet de mieux sentir les choses et les personnes. »

Il se garde d’évoquer frontalement des événements terribles, comme la mort de trois jeunes de 17 ans tués par des terroristes du Hamas le 7 octobre alors qu’ils pêchaient sur la plage de Zikim, ou la mort de trois otages – Alon Shamriz, Yotam Haim et Samar Talalka – accidentellement tués par des soldats israéliens à Gaza après avoir échappé à leurs ravisseurs du Hamas. Il préfère de loin dessiner des images qui réconfortent. Les trois jeunes pêcheurs sont ainsi représentés, assis, sur un éclat de lune, dans le ciel, une canne à pêche à la main. Et Shamriz, Haim et Talalka sont dessinés comme s’ils avaient pu être secourus.

L’une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer représente les ex-otages du Hamas enlevés le 7 octobre 2023 en train de rentrer de Gaza et d’arriver en Israël. (Autorisation de Daniel Hanoch)

Les dessins remplis d’espoir d’Engelmayer fonctionnent plutôt bien, malgré le chagrin et la douleur. Ils donnent un sentiment de simplicité et de chaleur, comme Engelmayer se l’est entendu dire à maintes reprises.

« Je ne suis pas un grand artiste. Je ne dessine personne magnifiquement », admet Engelmayer. « Je le dis toujours aux familles bien à l’avance et ils me disent toujours que c’est très bien. »

Lorsque le dessin est terminé, il leur en remet un exemplaire, scanné et imprimé dans une boutique toute proche.

L’une des cartes postales quotidiennes de Zeev Engelmayer représente d’ex-otages du Hamas enlevés le 7 octobre 2023 en train de revenir en Israël. (Autorisation de Daniel Hanoch)

Les tirages des œuvres d’Engelmayer sont aujourd’hui très recherchés : un psychologue souhaite s’en procurer pour aider ses patients, les écoles veulent en accrocher dans leurs couloirs, les chaînes de télévision, journaux et musées s’arrachent son travail.

Au musée d’art contemporain d’Herzliya, où deux expositions d’Engelmayer étaient déjà présentées au début de la guerre, une bannière géante de ses cartes postales recouvre la façade du bâtiment. Les cartes postales d’Engelmayer se trouvent également dans de petites rues de Jaffa, comme à Mexico ou Berlin, dans le décor de l’émission comique « Zehu Ze » et bien au-delà.

L’artiste s’étonne que ses dessins au feutre de couleur sur feuille A4 suscitent autant d’intérêt, notamment de la part de gens qui ne l’appréciaient pas forcément avant.

Exposition de Zeev Engelmayer au Musée d’art contemporain d’Herzliya, visible jusqu’en mars 2024. (Autorisation de Daniel Hanoch)

« J’ai toujours pensé qu’en tant qu’artiste je devais être libre vis-à-vis de mon sujet », confie Engelmayer. « J’aime vraiment le non-sens et une grande partie de ce que je fais relève précisément de ce non-sens », dit-il, en montrant son studio rempli de ses œuvres. « L’art permet de penser à des choses qui sont lointaines, pas uniquement à la réalité. On ne regarde pas les choses en face. »

C’est exactement l’effet que ces cartes postales quotidiennes faussement naïves ont sur Engelmayer et ceux qui les apprécient : voir les informations difficiles du jour sous un autre angle.

« Je suis mis aussi dans ce bateau, sur cette mer agitée et je n’ai pas d’alternative pour le moment », explique-t-il. « Dessiner, publier et attirer des milliers de réactions, tout cela me conforte dans l’envie de dessiner des choses optimistes. »

À droite, les trois jeunes pêcheurs tués par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, représentés par Engelmayer en train de pêcher dans l’espace (Autorisation) ; à gauche, Engelmayer dans le rôle de son alter ego Shoshke et Naama Kaspi, qui lui a dit qu’elle aimerait entendre le gazouillis des oiseaux plutôt que le bruit de bombes. (Autorisation)

Cet optimisme, sans oublier son attachement sincère aux otages, sont évidents dans ses œuvres, dont Engelmayer espère qu’elles feront émerger quelque chose de positif car, « en tant qu’artiste, que peut-on vouloir de plus ? »

Le jour de la venue du Times of Israël, qui se trouvait correspondre à son anniversaire, Engelmayer a dessiné une carte postale dans laquelle il fait deux vœux : que les otages soient libérés et recevoir de nouveaux feutres. Il attendait en effet des amis supposés lui apporter des paquets de feutres.

Quant aux otages, il attend toujours, espère et dessine.

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