Christiane Amanpour va quitter CNN, laissant un héritage controversé auprès du public juif

Saluée pour ses reportages de guerre, la journaliste a aussi été accusée de déformer les faits et de minimiser les préoccupations sécuritaires d’Israël

Christiane Amanpour, de CNN, lors d’une émission le 3 avril 2019. (Crédit : Frederick M. Brown/Getty Images/JTA)

JTA – Christiane Amanpour, présentatrice en chef des informations internationales de CNN, quitte la chaîne après 43 ans, tournant ainsi une page de sa carrière, au cours de laquelle elle s’est imposée comme l’une des correspondantes de guerre les plus célèbres du journalisme télévisé, mais aussi comme l’une des figures les plus controversées auprès des téléspectateurs juifs et pro-Israël.

Aux yeux de nombreux téléspectateurs, Amanpour restera cette correspondante intrépide qui a su faire prendre conscience au public américain [et international] du coût humain de la guerre, de la première guerre du Golfe aux conflits en Bosnie, au Rwanda et en Ukraine.

Sa couverture d’Israël et des Palestiniens a cependant souvent suscité de vives critiques de la part de certains téléspectateurs juifs, qui lui reprochaient de ne pas accorder suffisamment d’importance aux enjeux sécuritaires israéliens, de déformer les faits et d’accorder une place disproportionnée au nationalisme religieux israélien, qu’elle présente sous un jour particulièrement défavorable.

Amanpour, âgée de 68 ans, a annoncé lundi qu’elle réduirait progressivement la fréquence de son émission quotidienne sur CNN International au début de l’année prochaine, avant de mettre fin à sa nouvelle formule hebdomadaire en mai et de quitter la chaîne en juin 2027. Son émission sur PBS, Amanpour & Company, prendra fin en décembre. Elle continuera toutefois d’animer son podcast, The Ex Files, avec son ex-mari, Jamie Rubin, ancien responsable du département d’État américain.

La journaliste n’a pas précisé les raisons de son départ, qui coïncide avec une nouvelle étape pour CNN, désormais sous le contrôle de Paramount Skydance.

« Soyez sincères, toujours, jamais neutres », a écrit Amanpour dans son message d’adieu, résumant ainsi une philosophie qui a guidé son travail de journaliste… et contribué à faire d’elle une figure clivante.

Les admirateurs d’Amanpour diront que les qualités mêmes qui rendent ses reportages dérangeants aux yeux de certains téléspectateurs juifs – à savoir, son scepticisme à l’égard des versions officielles, son attention aux souffrances des civils et sa volonté de mettre les gouvernements puissants face à leurs responsabilités – sont précisément celles qui font l’essence du journalisme.

Lorsque la National Press Foundation lui a décerné en 2025 le prix Sol Taishoff récompensant l’excellence du journalisme audiovisuel, les membres du jury l’ont qualifiée de « référence absolue du journalisme audiovisuel international » et ont salué ses questions incisives aux dirigeants du monde entier. Le Committee to Protect Journalists (CPJ), qui lui a rendu hommage en 2016, a également salué son engagement en faveur de la liberté de la presse.

Amanpour, qui a grandi en Iran et en Angleterre auprès d’un père iranien musulman et d’une mère britannique catholique romaine, a rejoint CNN en 1983 comme assistante de rédaction avant de gravir les échelons et de devenir l’une des correspondantes les plus en vue de la chaîne. Ses reportages sur la guerre de Bosnie dans les années 1990 ont contribué à asseoir sa réputation de journaliste n’hésitant pas à interpeller les responsables politiques et à remettre en cause le discours par lequel les gouvernements justifient leurs interventions militaires.

Son travail lui a valu certaines de ses critiques les plus virulentes en 2007, lorsqu’Amanpour a présenté God’s Jewish Warriors, le premier volet d’une série documentaire en trois parties diffusée sur CNN et consacrée au rôle de la religion dans la politique et les conflits.

Andrea Levin, présidente du Committee for Accuracy in Middle East Reporting and Analysis (CAMERA), a condamné cette émission, dénonçant une présentation partiale de la vie religieuse juive et des résidents des implantations israéliennes. Dans une analyse publiée en 2010 par la Jewish Telegraphic Agency (JTA), Ron Kampeas revenait sur cette polémique, soulignant que « les seules personnes explicitement religieuses qu’elle avait interviewées étaient des résidents d’implantations ultranationalistes » et qu’Amanpour avait ignoré les Juifs pratiquants opposés aux implantations.

Kampeas a également estimé que l’émission exagérait l’influence du lobby pro-Israël à Washington, notamment celle de groupes comme l’AIPAC, tout en minimisant les intérêts stratégiques et les valeurs morales communes sur lesquels reposait l’alliance entre les États-Unis et Israël.

God’s Jewish Warriors est ainsi devenu l’exemple le plus souvent cité par les détracteurs d’Amanpour pour étayer leurs critiques. Selon eux, des critiques pourtant légitimes de la politique israélienne étaient présentées d’une manière qui laissait aux téléspectateurs juifs le sentiment que l’identité religieuse juive, l’engagement politique ou les aspirations nationales étaient intrinsèquement suspects.

Christiane Amanpour, à droite, aux côtés d’Ehud Barak, alors ministre israélien de la Défense, au centre, et de Joel Lion, porte-parole du consulat général d’Israël à New York, le 10 février 2011. (Crédit : Dovernewyork/Wikimedia Commons/JTA)

Lorsqu’elle couvrait depuis le Liban la guerre de 2006 entre Israël et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, Amanpour faisait partie d’une équipe de CNN dont les reportages ont relancé un débat ancien sur la manière de couvrir les conflits opposant l’armée d’un État à un groupe armé opérant au sein de zones civiles.

Si Amanpour a parfois reconnu les difficultés que pose la couverture d’une telle « guerre asymétrique », les responsables israéliens et leurs partisans lui reprochaient à l’époque de privilégier les images de destructions et de souffrances civiles au Liban, au risque d’occulter le rôle du Hezbollah dans le déclenchement et la poursuite du conflit. Ces critiques préfiguraient celles qui seraient plus tard adressées à CNN et à d’autres médias concernant leur couverture de la guerre menée par Israël à Gaza, déclenchée par le pogrom du 7-Octobre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Les détracteurs d’Amanpour ont continué à recenser ce qu’ils considèrent comme des erreurs récurrentes dans ses reportages. CAMERA a compilé de nombreuses plaintes concernant son travail, tandis qu’HonestReporting, une autre organisation pro-Israël de surveillance des médias, l’a accusée de déformer régulièrement les faits au détriment d’Israël.

Bien que ces deux organisations ne cachent pas leur parti pris, leurs critiques s’appuient souvent sur des erreurs précises, dont elles obtiennent régulièrement la rectification.

L’une de ces erreurs avait suscité une vive controverse en avril 2023. Amanpour avait présenté comme un « échange de tirs » l’attentat terroriste lié au groupe terroriste palestinien du Hamas qui avait coûté la vie à Lucy Dee et à ses filles Maia et Rina, en Cisjordanie. Les trois femmes circulaient sur une autoroute lorsque des terroristes palestiniens ont ouvert le feu sur leur véhicule. Amanpour a par la suite présenté ses excuses à l’antenne pour cette description inexacte.

En 2024, Amanpour a également essuyé des critiques pour une publication sur les réseaux sociaux concernant Marwan Barghouti, responsable politique palestinien emprisonné après avoir été condamné par un tribunal israélien pour son implication dans des attentats meurtriers. « Pour de nombreux Israéliens, c’est un terroriste. Pour de nombreux Palestiniens, c’est leur Mandela », avait-elle écrit.

Si cette comparaison reflétait peut-être les perceptions diamétralement opposées de Barghouti chez les Israéliens et les Palestiniens, elle n’en minimisait pas moins la gravité des attentats pour lesquels il avait été condamné, comme l’ont dénoncé ses détracteurs.

Les critiques concernant la couverture de la situation à Gaza par CNN ont pris une tournure particulièrement révélatrice en février 2024. Selon des informations de presse, Amanpour se serait jointe à plusieurs de ses collègues pour dénoncer un parti pris pro-Israël dans le traitement du conflit entre Israël et le Hamas par la chaîne.

Christiane Amanpour, présentatrice de CNN International News et lauréate d’un prix de la direction, pose avec son trophée lors de la 47e cérémonie des International Emmy Awards, au Hilton New York, à New York, le 25 novembre 2019. (Crédit : Evan Agostini/Invision/AP)

Selon des articles publiés par The Intercept et The Guardian, plusieurs journalistes ont dénoncé, lors d’une réunion interne de CNN, des procédures éditoriales qui, à leurs yeux, privilégiaient la version officielle israélienne des événements et entravaient la présentation du point de vue palestinien. Le processus de CNN exigeait que la couverture du conflit passe par son bureau de Jérusalem. Dans un enregistrement de cette réunion, on entend Amanpour déplorer les conséquences de cette procédure, évoquant « des textes modifiés, deux poids, deux mesures, et tout le reste ».

Certains téléspectateurs pro-Israël accusaient par ailleurs CNN et Amanpour de reprendre trop facilement les revendications palestiniennes et trop prompts à privilégier les images de destruction à Gaza.

CNN a défendu son traitement du conflit face à ces accusations. « Nous restons pleinement déterminés à rendre compte de tous les aspects de cette actualité extrêmement difficile, complexe et chargée d’émotion », a déclaré la chaîne dans un communiqué. « Nous rejetons catégoriquement l’idée selon laquelle l’un de nos journalistes traiterait les responsables israéliens différemment des autres responsables. »

En octobre 2025, Amanpour a une fois de plus présenté ses excuses à l’antenne après avoir affirmé que les otages israéliens libérés, après avoir survécu à leur captivité aux mains du Hamas, avaient été « probablement mieux traités que le Gazaoui moyen, car ils étaient les pions et les cartes dont disposait le Hamas ». Face aux vives réactions de responsables politiques et d’organisations, elle est revenue sur ses propos, les jugeant « Insensibles et erronés ».

Lors d’un long entretien consacré à sa carrière, accordé le mois dernier au podcasteur Sam Fragoso, Amanpour est revenue sur la manière dont CNN avait couvert la guerre à Gaza. Au lendemain du pogrom du 7-Octobre, a-t-elle expliqué, la chaîne diffusait « pratiquement sans interruption des récits horribles livrés par les victimes en Israël. Des récits absolument effroyables ».

Mais à mesure que la riposte militaire israélienne se prolongeait, « le récit a basculé », a-t-elle déclaré. « Alors que Gaza était détruite et que les cadavres s’empilaient, en particulier ceux des femmes et des enfants, le ton de nos reportages a évolué pour rendre compte de cette réalité. »

Elle a également expliqué que, lors de la réunion de février 2024 avec la direction de CNN, ses collègues avaient dénoncé le retard pris par la chaîne à donner la parole aux Palestiniens.

Au cours de cet entretien, Amanpour est aussi revenue sur les excuses qu’elle avait présentées en 2020, non pas à propos de la couverture du Moyen-Orient, mais après avoir établi un parallèle entre le pogrom antisémite de la Nuit de cristal, dont on commémorait le 82e anniversaire, et ce qu’elle avait appelé les « attaques du président Donald Trump contre l’histoire, les faits, le savoir et la vérité ».

À la suite des protestations de plusieurs organisations juives, dont l’American Jewish Committee (AJC), qui l’accusaient d’instrumentaliser la Shoah au moyen d’une comparaison fallacieuse, Amanpour avait exprimé à l’antenne ses regrets pour la souffrance que ses propos avaient pu causer.

Christiane Amanpour, de CNN, devant les photographes lors de la soirée CNN Worldwide All-Star Party, à Pasadena, en Californie, le 10 janvier 2014. (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)

Interrogée par Fragoso le mois dernier, Amanpour est revenue sur les excuses qu’elle avait présentées en 2020, prenant cette fois ses distances avec celles-ci. Elle a maintenu que la Nuit de cristal avait montré à quelle vitesse « les valeurs démocratiques peuvent s’effriter lentement, et pourtant si vite ». Elle a également laissé entendre que ses employeurs avaient cédé à des pressions extérieures en exigeant qu’elle présente des excuses.

« Certains, dans différentes communautés, ont décidé qu’il fallait me remettre à ma place et me rabattre le caquet », a-t-elle déclaré à propos de ses détracteurs. « Mais je crois que c’est tout simplement parce que certains ont peur de la vérité. »

Le départ d’Amanpour intervient alors que l’avenir de CNN suscite de nombreuses interrogations depuis son changement de propriétaire. La fusion à 110 milliards de dollars entre Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery, la société mère de CNN, a fait naître des inquiétudes parmi les journalistes quant aux risques d’ingérence politique et aux conséquences pour l’indépendance éditoriale de la chaîne. En cause, notamment, les liens de David Ellison, son nouveau propriétaire, avec Donald Trump et les changements qu’il a imposés à CBS News.

Amanpour avait elle-même fait part, en mai, de ses inquiétudes concernant ce qu’elle qualifiait de « réalignement idéologique » au sein de CBS News depuis l’arrivée de sa nouvelle direction. « Il est donc clair, évidemment, que je suis inquiète », a-t-elle déclaré lors d’une conférence sur le journalisme d’investigation à Londres. « J’aimerais penser que nous disposerons de l’élément fondamental, à savoir l’indépendance éditoriale. C’est ce que j’espère. Je sais que beaucoup d’entre nous à CNN, y compris la direction, y sont extrêmement attachés, cela ne fait aucun doute. »

Pour certains observateurs juifs et pro-Israël, ces changements nourrissent au contraire l’espoir d’une couverture plus favorable à Israël sur CNN. Bari Weiss, nommée à la tête de la rédaction de CBS News après le rachat par Paramount de The Free Press, le média résolument pro-Israël qu’elle avait fondé, soutient depuis longtemps que les grands médias traitent de manière biaisée les questions liées à Israël et à l’antisémitisme.

Amanpour n’a pas évoqué la fusion dans son annonce. Elle a en revanche insisté sur l’influence de ses origines sur sa vision du monde.

« J’ai eu l’immense privilège, du fait de mes origines, puisque je suis à moitié iranienne et à moitié britannique, de voir le monde sous deux angles très différents », a-t-elle déclaré. « J’ai toujours défendu l’idée qu’il fallait jeter des ponts entre les peuples. Je sais que nous pouvons vivre dans un monde qui n’est pas tribal à 100 %. »

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