Cimetière de Pantin : « C’est un accident, pas un acte d’antisémitisme, » explique Mme Benhamou
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Cimetière de Pantin : « C’est un accident, pas un acte d’antisémitisme, » explique Mme Benhamou

13 tombes du carré juif du cimetière parisien ont été renversées suite à un accident de la route entre un véhicule et un camion de la ville de Paris

Stéphanie est la rédactrice en chef du Times of Israël en français.

Des tombes juives dans le cimetière parisien (section 88) entourées de mimosas de Constantinople (Crédit : Djampa/https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27479820)
Des tombes juives dans le cimetière parisien (section 88) entourées de mimosas de Constantinople (Crédit : Djampa/https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27479820)

« C’est un camion de la ville de Paris, qui a perdu le contrôle et qui est rentré de plein fouet dans le carré. Ça s’est passé lundi après-midi dernier et non jeudi comme l’affirment certains. Il ne s’agit pas d’un acte de vandalisme ou d’antisémitisme, » déclare Chantal Benhamou au Times of Israël par téléphone samedi matin.

Chantal Benhamou est directrice commerciale pour la fameuse entreprise de pompes funèbres que son père Élie Benhamou a créée en 1967.

Elle est d’astreinte ce jour-là et semble agacée d’être « harcelée » de toutes parts depuis la diffusion d’un texte « exclusif » publié sur un blog communautaire juif, intitulé « Des dizaines de tombes juives ont été détruites et/ou vandalisées au cimetière parisien de Pantin. » Treize tombes du carré juif sont en réalité concernées.

La supposée auteure Sandra Wildenstein estime que l’explication de l’accident fournie par les autorités est « loin d’être convaincante » et qu’ « il s’agit là d’une excuse de circonstance qui devra être confirmée ou infirmée par l’enquête. » L’enquête a été bouclée samedi matin. Il s’agit bien d’un accident de la route, confirme le commissariat de Pantin.

Le conducteur du camion de la ville de Paris a été soumis à un test d’alcoolémie et de dépistage des stupéfiants, qui se sont chacun révélés négatifs.

« Lundi 20 mars après-midi, un véhicule arrivé par la gauche a refusé la priorité à un camion de la ville de Paris sur la voie de circulation qui est située aux abords du cimetière. Pour éviter un arbre, il [le conducteur du camion] est sorti de la route en donnant alors un coup de volant. Ce n’était pas un camion de type Kangoo, mais un camion de type livraison, » a indiqué une source policière au Times of Israël.

D’où le volume des dégâts causé par cet accident de circulation « banal dans un endroit qui ne l’est pas ». L’incident s’est déroulé à l’angle des rues chênes rouges et des mûriers blancs, au niveau du carré 48, selon la source policière.

« Les services de Police et la Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris se sont rapidement rendus sur place, pour prendre en charge les trois personnes impliquées. Si aucune d’elles n’a été blessée, elles ont toutefois été choquées par cet accident à la fois inédit et visuellement très impressionnant, » lit-on dans une déclaration de la mairie de Paris.

« L’enquête de police a d’une part confirmé la responsabilité du particulier et d’autre part permis de déterminer que le camion était en excès de vitesse. Les compagnies d’assurances ont été saisies et les constats réalisés, » poursuit le communiqué de presse de la ville de Paris.

Les responsables du cimetière ont aussitôt averti les familles des proches enterrés et dont les tombes sont concernées par l’accident, selon la source policière. S’agissant d’un accident, ce sont les assurances responsabilité civile des personnes concernées qui s’enclenchent. Les propriétaires des sépultures seront dédommagés dans ce cadre afin que les tombes soient restaurées, a indiqué la mairie de Paris au Times of Israël.

« S’agissant de concessions de pleine terre, les cercueils n’ont heureusement pas été touchés et sont en sécurité. La Ville de Paris, qui a depuis pris attache avec les représentants de la communauté juive et avec les familles concernées, veillera à ce que la restauration des tombes soit effectuée dans les meilleurs délais, » selon le communiqué de la mairie.

« Dès que l’incident a été connu, le président du Consistoire a demandé au président de la commission parisienne de la Hevra Kadisha [« Assemblée de sainteté », Société du dernier devoir en France] de se rendre sur place pour constater les dégradations et vérifier la réalité des faits. Le Service de Protection de la Communauté juive (SPCJ) a confirmé la thèse de l’accident, » explique pour sa part dans un communiqué le Consistoire.

Bien que situé sur la commune de Pantin dans le département de Seine-Saint-Denis, le cimetière est dépendant de la mairie de Paris. Il s’agit du plus grand cimetière de la capitale et du plus grand cimetière de France en activité. Quelques personnes célèbrent y sont enterrées comme le philosophe juif Emmanuel Lévinas ou le cinéaste Jean-Pierre Melville.

Les cimetières juifs, en France ou dans le monde, comme lors de la récente vague de profanations aux États-Unis, sont la cible d’actes de vandalisme et d’antisémitisme.

On se souvient des environs du cimetière juif de Sarre-Union au matin du 17 février 2015 – une bourgade de 3 000 habitants, frappée par la crise et qui fait généralement peu parler d’elle – pleins à craquer : des journalistes de toute l’Europe, des gendarmes, des hommes politiques, des Juifs venus de Strasbourg ou d’ailleurs (dont certains ont des parents enterrés à Sarre-Union), des rabbins, des responsables religieux catholiques, musulmans, protestants…

Tous étaient venus voir de leurs propres yeux l’état désolant de ce cimetière aménagé en 1780, sis un peu à l’écart des habitations et bordé par une rivière, et dont les stèles juives ont été vandalisées à trois reprises, mais jamais autant que ce jour de février – où 250 tombes au total ont été dégradées.

Des tombes profanées au cimetière de Sarre-Union (Crédit : Nathan Kretz/Times of Israel)
Des tombes profanées au cimetière de Sarre-Union (Crédit : Nathan Kretz/Times of Israel)

En novembre 2012, Bertrand Delanoé, alors maire de la ville de Paris, condamne avec fermeté la profanation de deux tombes du carré juif du cimetière parisien de Pantin. Les vandales avaient extrait les dents en or des défunts et l’un des deux pilleurs s’était avéré être un fossoyeur employé par la Ville de Paris.

En 1990, quatre néo-nazis avaient profané 34 sépultures du cimetière juif de Carpentras.

NB : cet article a été mis à jour sur la question du dédommagement.

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