Cinéma: « L’Affaire Marie-Claire » rejoue le procès de Bobigny, prélude à la légalisation de l’avortement

Âgée de 16 ans, Marie-Claire Chevalier avait été poursuivie pour avoir avorté après un viol. Sa mère, Michèle, l'avait aidée. Pour les défendre, l'avocate Gisèle Halimi avait choisi de dénoncer la loi de 1920 criminalisant l'avortement

Charlotte Gainsbourg dans le rôe de Gisèle Halimi dans le film "l'Affaire Marie-Claire". (Capture d'écran/YouTube)

En racontant le procès de Bobigny, tournant majeur de la lutte pour le droit à l’avortement en 1972, les réalisateurs Yvo Muller et Lauriane Escaffre ne s’attendaient pas à provoquer autant d’émotion et de témoignages lors des avant-premières de « L’Affaire Marie-Claire ».

« Quand on écrivait, on s’est demandés si ce sujet était encore d’actualité. Et en 2022 (quand la Cour suprême américaine a mis fin à la protection constitutionnelle du droit à l’avortement), on a vu que malheureusement ça l’était toujours », explique à l’AFP Lauriane Escaffre, née en 1978, soit six ans après le procès.

Âgée de 16 ans, Marie-Claire Chevalier avait été poursuivie pour avoir avorté après un viol. Sa mère, Michèle, était également poursuivie pour l’avoir aidée. Pour les défendre, l’avocate Gisèle Halimi avait choisi de dénoncer la loi de 1920 criminalisant l’avortement, faisant de ce procès un jalon majeur de la lutte pour les droits des femmes.

Le film revient sur la stratégie de défense mise en place par Gisèle Halimi, ses doutes, et la mobilisation de l’association « Choisir la cause des femmes », cofondée par l’avocate et Simone de Beauvoir, pour soutenir les accusées.

Cette photo prise le 11 octobre 1972 à Bobigny montre l’avocate et féministe française Gisèle Halimi (gauche) avec l’actrice française Delphine Seyrig lors du procès de Marie-Claire Chevalier, accusée d’avortement illégal. (Crédit : MICHEL CLEMENT / AFP)

Polémique

Les premières projections du film, en salles mercredi partout en France, ont suscité des témoignages qui ont bouleversé les réalisateurs.

« On a une dame âgée qui a dit pour la première fois qu’elle avait avorté à 20 ans. Elle avait gardé ce secret toute sa vie », rapporte Lauriane Escaffre.

« Un homme nous a aussi dit que sa mère lui avait avoué sur son lit de mort s’être fait avorter cinq fois, qu’elle avait vécu l’enfer », poursuit-elle.

Avant la loi Veil de 1975, environ 300 000 avortements clandestins étaient pratiqués chaque année en France, selon une estimation de l’époque. Réalisés dans des conditions souvent dangereuses, ils exposaient les femmes à de graves complications, parfois mortelles.

Pour incarner Gisèle Halimi, figure féministe et anticolonialiste, également engagée dans le mouvement altermondialiste, les réalisateurs ont choisi Charlotte Gainsbourg pour « cette fragilité qu’elle a clairement et aussi son côté frondeur, déterminé, dur même », décrit Yvo Muller.

Un choix critiqué par l’un des fils de Gisèle Halimi, Serge, qui reproche à l’actrice la signature en septembre 2025 d’une tribune appelant l’État français à conditionner la reconnaissance d’un État palestinien au démantèlement du Hamas et à la libération de tous les otages retenus à Gaza.

Un autre fils de l’avocate, Jean-Yves, a lui au contraire reconnu le droit de l’actrice à avoir des opinions différentes de celles de sa mère, prêtant même une robe ayant appartenu à Gisèle Halimi à Charlotte Gainsbourg pour le tournage.

« Une vie difficile »

Lauriane Escaffre et Yvo Muller se sont appuyés sur les proches des protagonistes pour construire leur récit.

« On a vécu toute cette aventure avec la fille de Marie-Claire, Jennifer, qui était hyper heureuse qu’il y ait un film autour de ce qu’a vécu sa mère », souligne Lauriane Escaffre.

Marie-Claire Chevalier est décédée en 2022, à 66 ans. D’après sa fille, « elle a été très blessée d’avoir été un peu oubliée une fois le procès passé », rapporte la cinéaste.

« Il faut voir tous les drames qu’a vécus cette fille à 16 ans : elle se fait violer, elle tombe enceinte, elle avorte de façon illégale, elle se fait dénoncer par son violeur (arrêté pour un vol de voiture) et ensuite elle a un procès », énumère Lauriane Escaffre. « Elle a eu une vie difficile ».

Michèle, la mère de Marie-Claire, est encore en vie mais très fragile à 92 ans et « Jennifer nous a dit qu’elle n’avait plus trop envie de parler de cette histoire », affirme Yvo Muller.

À l’issue de ce procès historique, Marie-Claire était relaxée, un verdict désavouant implicitement la loi. Michèle avait été condamnée à 500 francs d’amende avec sursis.

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