Cisjordanie: des extrémistes juifs s’emparent d’une maison où se trouvait une famille palestinienne
L’armée israélienne a confirmé l’attaque et elle a indiqué avoir tenté de faire sortir les Israéliens de l'habitation, sans dire si les soldats y sont parvenus
Des dizaines de partisans israéliens du mouvement pro-implantations ont attaqué, dans la journée de samedi, le village de Qusra, en Cisjordanie, où ils ont pris le contrôle d’une maison palestinienne alors qu’une famille s’y trouvait, avant que l’armée ne soit appelée sur les lieux pour les expulser.
Il est difficile de dire s’il reste des extrémistes juifs à l’intérieur de l’habitation ou à Qusra.
Une Palestinienne aurait été blessée lors de cette agression et elle aurait été prise en charge dans un hôpital local. Au moins cinq Palestiniens ont ainsi été blessés lors d’attaques menées par les partisans du mouvement pro-implantations à travers toute la Cisjordanie, samedi, ont confié des sources locales.
Qusra, un village qui est situé au sud-est de Naplouse, a été la cible d’une vague récente d’attaques lancées par les résidents d’implantations – qui assiègent ainsi, depuis plusieurs semaines, un certain nombre de maisons palestiniennes, ce qui a attiré l’attention de la communauté internationale sur le village et ce qui a entraîné un déploiement militaire prolongé dans la région – déploiement qui a lui-même conduit à l’expulsion forcée de familles palestiniennes de leurs foyers.
L’armée a affirmé que ses forces ont conservé une présence dans la région dans le but d’empêcher les résidents d’implantation de reconstruire des structures de fortune et de bloquer à nouveau l’accès aux habitations à ceux qui y vivent.
Selon les médias palestiniens, plusieurs dizaines d’extrémistes juifs étaient arrivés à Qusra, dans la matinée de samedi, allumant des feux à la périphérie du village et lançant des pierres sur les habitants et sur leurs maisons.
Des images qui ont été filmées sur place montrent des dizaines de partisans du mouvement pro-implantations en train de descendre vers le village depuis une colline voisine, tandis qu’un quad, apparemment conduit par un extrémiste juif, traverse ce qui est censé être une zone militaire fermée qui a été mise en place par Tsahal à Qusra, il y a plusieurs semaines.
Sur une autre vidéo, plusieurs dizaines d’Israéliens masqués s’entassent à l’arrière de plusieurs pick-up, alors qu’ils se préparent à mener une incursion dans le village.
Si un grand nombre des auteurs présumés de ces violences sont des religieux, les partisans du mouvement pro-implantations utilisent régulièrement des véhicules à moteur pour attaquer des villes de Cisjordanie pendant le shabbat.
Dans d’autres séquences encore apparaissent des incendies allumés par les extrémistes juifs à proximité du village.
Tout en attaquant le village, plusieurs dizaines de résidents d’implantations ont ensuite fait irruption dans le domicile d’une famille palestinienne alors que cette dernière se trouvait à l’intérieur. Ils se sont barricadés dans la maison.
Selon l’armée israélienne, des soldat et des agents de la police des frontières ont été dépêchés à Qusra après que des dizaines « d’émeutiers israéliens » ont pris d’assaut le village et attaqué des habitants, notamment en lançant des pierres en direction des Palestiniens et autres.
« A l’arrivée des forces, des dizaines d’émeutiers ont été repérés en train de se barricader dans une maison palestinienne, alors que des résidents palestiniens se trouvaient encore à l’intérieur », a fait savoir Tsahal dans un communiqué.
L’armée a ajouté qu’elle avait eu connaissance d’informations qui faisaient état de Palestiniens blessés lors de l’attaque – avec notamment une femme qui a été transportée à l’hôpital.
« Les soldats se sont d’abord employés à faire sortir les émeutiers de la maison et à séparer les deux camps afin de protéger les occupants de la maison », a indiqué l’armée, qui n’a pas confirmé toutefois si les extrémistes juifs avaient effectivement été évacués de l’habitation.
Les forces de sécurité ont également confisqué plusieurs véhicules qui appartenaient aux Israéliens et qui, selon l’armée, avaient été utilisés pour se rendre au village.
D’autres « objets » ont également été saisis et remis à la police, a précisé l’armée israélienne, mais aucune arrestation n’a été signalée.
Dans le village voisin de Jalud, qui avait déjà fait l’objet d’un autre siège de la part des partisans du mouvement pro-implantations, au début de l’été, les médias palestiniens ont rapporté samedi que des extrémistes juifs avaient attaqué une famille palestinienne et qu’ils avaient agressé un groupe de journalistes étrangers qui tournaient dans la région.
Selon l’agence de presse WAFA, la famille attaquée avait déjà fui son domicile, le mois dernier, après avoir été la cible d’attaques répétées de la part de résidents d’implantations, des agressions qui avaient eu lieu pendant plusieurs semaines. L’équipe de presse étrangère, dont l’identité n’a pas été révélée, s’était, pour sa part, rendue à Jalud pour documenter l’histoire de la famille al-Tubasi et filmer leur maison, qui a depuis été occupée par des extrémistes israéliens.
Mahmoud al-Tubasi et son épouse, ainsi que plusieurs membres de l’équipe de presse, ont été agressés, a rapporté WAFA.
Ailleurs en Cisjordanie, des partisans du mouvement pro-implantations ont attaqué et blessé deux Palestiniens à la périphérie de la ville d’Arraba, aux abords de Jénine, a signalé l’agence WAFA.
Plus au sud, deux femmes palestiniennes âgées ont été grièvement blessées et dépouillées lors d’une attaque lancée par des extrémistes juifs contre un verger qui était situé à proximité de la ville de Silwad, dans la région de Ramallah, selon des informations locales.
Selon l’agence WAFA, les deux victimes s’appelaient Alia et Mona Mahmoud Hamed – il s’agit de deux sœurs âgées respectivement de 65 et 75 ans.
D’après ces informations, les Israéliens ont attaqué les deux femmes alors qu’elles cueillaient des figues dans leur verger, leur infligeant de graves contusions. Ils leur ont également volé leurs téléphones et les clés de leur voiture, a rapporté l’agence WAFA.
Les violences des partisans du mouvement pro-implantations ont connu une forte recrudescence ces derniers mois, avec des attaques et des actes de harcèlement quotidiens. Les poursuites judiciaires sont rares, et les détracteurs accusent l’armée israélienne et le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de tolérer, voire d’encourager, ces abus.
Le plus haut gradé de l’armée israélienne en Cisjordanie aurait averti lundi, lors d’une évaluation de sécurité qui a eu lieu à huis clos, que la montée de la violence des partisans du mouvement pro-implantations était susceptible de déclencher une escalade plus large sur le territoire.