Cisjordanie : l’armée met fin à ses 11 jours d’intervention controversés à Hébron
À l'issue des élections, Israël a mis fin au raid lancé suite à la mort de deux de ses soldats, lequel a occasionné le déplacement de 3 300 Palestiniens et permis de saisir quatre armes
Lundi matin, l’armée israélienne a mis un point final à 11 jours d’interventions à Hébron – un raid lancé à l’issue d’un attentat à main armée meurtrier survenu à un barrage routier, dans les environs de cette ville de Cisjordanie – après avoir obtenu le feu vert des autorités.
Lors de l’attentat du 23 octobre dernier, Mohammad Jaaba et Firas Jaaba, tous deux résidents d’Hébron, ont tué le sergent-chef Ron Yonatan Roytman et le sergent Yuval Shai Svilem, et blessé trois autres soldats, avant d’être abattus.
L’armée israélienne a fait savoir qu’elle avait, par mesure de rétorsion, démoli des structures construites illégalement aux abords du barrage routier et mené un raid dans le quartier où vivaient les deux tireurs afin de raser leur maison, tout en opérant également dans d’autres secteurs de la ville.
Selon l’agence de presse WAFA de l’Autorité palestinienne, l’opération aurait occasionné le déplacement de près de 3 300 Palestiniens.
Lundi, des médias palestiniens ont diffusé des images d’habitants d’Hébron en train de rentrer chez eux. A l’entrée d’une maison, sans doute occupée un temps par des soldats israéliens, on pouvait voir un drapeau israélien.
Muhannad al-Tamimi, dont la maison a été occupée par des soldats le temps de cette opération, a déclaré à l’AFP que son appartement avait été saccagé, que les meubles et les vêtements avaient été dispersés sur le sol, les matelas retournés et le vélo d’un enfant cassé.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense, Israel Katz, avaient promis que l’armée « détruirait » le quartier d’Hébron dont étaient originaires les tireurs, à l’image des opérations menées dans les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie ces deux dernières années. Malgré les promesses de Netanyahu et Katz, des promesses qui avaient été faites quelques jours avant les élections nationales en Israël, le raid à Hébron a été nettement plus circonscrit.
Il a été rapporté, la semaine dernière, que le chef d’État-major de l’armée israélienne, le général de corps d’armée Eyal Zamir, avait dit à Netanyahu qu’il n’y avait aucune raison opérationnelle de prolonger le raid à Hébron et aucun motif juridique pour empêcher les Palestiniens de rentrer chez eux.
Zamir avait recommandé à Netanyahu de mettre fin à l’opération deux jours après le début, mais le Premier ministre avait insisté pour continuer.
Dimanche soir, dans la foulée des élections de la semaine passée, Katz a fini par donner l’autorisation à l’armée de mettre fin au raid et retirer les militaires.
L’armée israélienne n’a pas publié de communiqué officiel mais selon un responsable militaire, l’armée a retiré ses soldats du quartier où vivaient les deux tireurs et effectivement mis un terme à cette opération.
« Après le parachèvement de toutes les activités opérationnelles, les militaires se sont retirés ce matin du quartier d’Hébron », a déclaré ce responsable.
L’armée israélienne a fait part de l’interpellation de dizaines de suspects à des fins d’interrogatoire et de la saisie de quatre armes à feu, après avoir inspecté des centaines de bâtiments. Un souterrain situé à proximité du domicile de l’un des tireurs a été découvert par les militaires israéliens.
Selon les autorités d’Hébron, l’armée aurait démoli d’autres maisons, ainsi que des commerces, des routes et des usines, particulièrement à proximité du lieu de l’attentat. Selon Tsahal, ils auraient été construits sans permis dans la zone C de Cisjordanie, sous contrôle israélien.
Nurit Yohanan a contribué à cet article.