Cisjordanie: Les unités de défense régionale de Tsahal, qui intègrent des extrémistes juifs, terrorisent les Palestiniens
Composées de locaux - notamment d'extrémistes - les unités de défense régionale en Cisjordanie sont accusées d’abuser de l’autorité de l’armée israélienne, en aggravant des actes de violence et de harcèlement déjà généralisés
Depuis le pogrom, commis par le Hamas le 7 octobre 2023, les violences perpétrées par les partisans du mouvement pro-implantation israéliens à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie ont atteint un paroxysme. Avec une inquiétude toute particulière qui n’a cessé de se renforcer en parallèle jusqu’à aujourd’hui : en effet, il semble que les unités de l’armée israélienne chargées de protéger les civils et de déjouer les attaques lancées contre les Palestiniens soient composées de certains des mêmes extrémistes à l’origine de ces violences.
Des organisations de défense des droits humains et des experts juridiques accusent les unités de défense régionale de Tsahal, dans la réserve (elles sont connues sous l’acronyme hébreu « Hagmar ») de brouiller la frontière entre résidents d’implantation – des civils donc – et soldats, utilisant l’autorité qui est celle de l’armée pour aggraver des violences déjà endémiques. De plus, les auteurs de ces abus, au sein de ces unités, échappent à toute responsabilité et à toute sanction grâce à la zone grise dans laquelle ils mènent leurs opérations.
Ces unités sont chargées d’intervenir en cas d’incidents sécuritaires au sein des communautés où elles sont basées, et dans leurs environs. Elles sont en grande partie composées de résidents locaux effectuant leur service de réserve.
Selon Yesh Din, qui enregistre les actes de violence commis par les partisans du mouvement pro-implantation, rien que pendant la guerre de 40 jours contre l’Iran, sept Palestiniens ont été abattus par des soldats qui servaient dans les unités Hagmar.
La problématique a récemment attiré l’attention des autorités israéliennes. Le mois dernier, Tsahal a annoncé avoir ouvert des enquêtes sur les comportements de certains soldats dans le cadre de plusieurs incidents qui ont impliqué des violences commises par des extrémistes juifs. De son côté, la police a fait savoir que des investigations avaient été lancées sur des crimes présumés qui auraient été commis par des partisans du mouvement pro-implantation.
Dans l’une des affaires récentes les plus graves, les militaires ont expliqué qu’ils enquêtaient sur des soldats qui, semble-t-il, ne sont pas intervenus quand des partisans du mouvement pro-implantation, le visage masqué, ont mis le feu à des véhicules dans le village palestinien de Shuqba, aux abords de Ramallah, le mois dernier. La police des frontières a ensuite arrêté quatre civils israéliens et un réserviste qui servait au sein d’une unité Hagmar. Tous sont soupçonnés d’avoir participé à l’attaque. L’arme du réserviste a été saisie et il a été suspendu de ses fonctions dans l’attente des résultats des investigations.
Au mois de mars, un résident d’implantation qui servait dans une unité Hagmar a ouvert le feu sur un parapentiste israélien en Cisjordanie – il a expliqué avoir cru, à tort, qu’il s’agissait d’une tentative d’infiltration terroriste.
Le même jour, un autre réserviste appartenant à l’une de ces unités aurait ouvert le feu en direction d’habitations palestiniennes dans le camp de réfugiés d’al-Arroub, au nord d’Hébron, avant d’être interpellé par Tsahal.
Des incidents qui s’inscrivent dans une tendance plus large, déplorent les critiques. Des dizaines de soldats de ces unités auraient été renvoyés ces dernières années parce qu’ils avaient commis des infractions – notamment des attaques à l’encontre des Palestiniens. L’armée israélienne a récemment réduit le nombre de membres actifs de ces brigades régionales de défense en Cisjordanie – un aveu tacite des problèmes liés à ces groupes.
Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a condamné les violences perpétrées par les partisans du mouvement pro-implantation. Au mois de mars dernier, il avait estimé que les agressions commises à l’encontre des civils palestiniens et des soldats étaient un phénomène « inacceptable aux niveaux moral et éthique », en plus d’un obstacle stratégique majeur.
Toutefois, les critiques affirment qu’il devrait faire davantage pour réprimer ces unités dont les armes ont été fournies par Tsahal et qui mènent des opérations sous son commandement. Ils font remarquer que l’armée israélienne n’est non seulement pas parvenue à endiguer les violences perpétrées par les extrémistes, mais que des soldats ont également pris part à ces abus dans de nombreux cas.
« Ils voient un Arabe, ils l’arrêtent »
Le renforcement des unités Hagmar a coïncidé avec une période où les violences perpétrées par les extrémistes juifs ont atteint de nouveaux sommets. Les soldats ont par ailleurs été accusés, à de nombreuses reprises, d’avoir eux-mêmes pris part à des actes violents ou d’avoir refusé d’intervenir au moment où des agressions avaient lieu, laissant les civils palestiniens seuls face à leurs assaillants israéliens.
Pour les Palestiniens qui vivent à proximité des implantations, les incidents de mauvaise conduite de la part des soldats qui servent au sein des unités de défense régionale ne sont pas de simples statistiques — ils constituent leur quotidien.
Saeed Awad, un habitant du village palestinien d’Abu Shaban, qui se situe dans les collines du sud d’Hébron, confie au Times of Israel que les violences des partisans pro-implantation ont considérablement augmenté après le 7-Octobre. Il fait remarquer qu’avant la guerre, les Palestiniens pouvaient au moins s’attendre à ce que les forces de sécurité mènent une enquête préliminaire après les attaques commises par les extrémistes.
« Ce n’était pas génial, mais c’était déjà ça », dit-il.
Aujourd’hui, toutefois, les premiers à arriver sur le terrain sont souvent les soldats des unités Hagmar eux-mêmes.
Selon Awad, ces soldats protègent fréquemment — et ils aident parfois de manière active — les Israéliens qui se rendent coupables d’agressions, des allégations qui ont été reprises dans les témoignages qui ont pu être recueillis par l’ONG Breaking the Silence auprès de soldats ayant servi en Cisjordanie.
« Ils portent des tenues militaires. Ils sont armés de fusils M16 et ils se présentent sur les lieux de ces incidents », a confié un soldat, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, à l’organisation. « On sait évidemment de quel côté ils se trouvent, et il est aussi évident qu’ils n’hésitent pas à utiliser leurs armes et à intimider les gens ».
Le soldat s’est attardé sur un incident qui a impliqué, a-t-il dit, « un résident d’implantation bien connu ». Selon lui, cet individu, dont le nom n’a pas été révélé, s’était « déchaîné » – harcelant apparemment des Palestiniens alors qu’il était vêtu d’un treillis de Tsahal et qu’il portait un fusil fourni par l’unité de défense régionale. D’après ce témoignage, l’extrémiste « a fait tout ce qu’il voulait » alors que d’autres membres de son unité étaient présents.
Par ailleurs, Awad affirme avoir été arrêté par des soldats – qui appartenaient souvent à ces unités de défense – à six reprises et ce rien que cette année.
« Ce n’est pas nécessaire de faire quelque chose de mal pour qu’ils s’en prennent à vous ; ils voient un Arabe et ils l’arrêtent », déclare-t-il. « Quand on leur demande pourquoi ils font ça, ils n’ont aucune réponse à apporter ».
Awad est l’un des cinq Palestiniens à avoir saisi saisi la Haute Cour de justice au sujet de ces arrestations arbitraires – les plaignants affirment être restés en détention pour une durée plus longue que la durée autorisée, déclarant aussi qu’ils ont été transportés vers des bases en violation des règlements et qu’ils ont souvent été victimes de violences physiques.
Le recours, déposé le 14 mai, vise à mettre fin à ces pratiques. Il bénéficie du soutien de plusieurs organisations de défense des droits – notamment de HaMoked, de l’Association pour les droits civils en Israël, du Fonds pour la défense des droits de l’homme et de Haqel – Pour la défense des droits de l’homme.
L’armée a reçu l’ordre d’apporter une réponse à la requête d’ici la fin du mois.
« J’ai été emmené à six reprises et à chaque fois, j’ai vécu quelque chose de différent », raconte Awad. « Ils vous bandent les yeux, ils vous frappent, ils vous insultent ».
Le Palestinien évoque des altercations répétées avec des soldats de ces unités, qui mènent d’ailleurs parfois des opérations aux côtés des militaires réguliers. Dans un incident qui a été filmé, il crie après deux soldats armés — l’un d’entre eux est un officier de l’armée courante qu’il a pu reconnaître dans la mesure où il avait été impliqué dans des incidents antérieurs – alors que des partisans du mouvement pro-implantation semblent attaquer des bergers dans un champ situé à l’arrière-plan.
Aors qu’Awad s’approche des soldats, l’un d’entre eux lève son fusil et tire deux coups au-dessus de la tête d’Awad, à courte distance. Des hommes des unités Hagmar étaient également présents, note Awad, même si aucun autre soldat ne semble, sur les images, intervenir ou tenter de désamorcer la situation.
« C’est une zone militaire fermée », dit l’un des militaires dans la séquence. Quand Awad demande à voir les documents qui prouvent cette désignation, le soldat semble l’ignorer.
Awad ajoute que lors de ce genre de confrontation, les résidents d’implantation en uniforme ne jugent parfois pas utile de dissimuler leurs intentions réelles.
« Ils nous disent : ‘Nous voulons vous faire partir’, » explique-t-il.
Selon des groupes de défense des droits humains israéliens, les extrémistes ont lancé une campagne concertée de harcèlement et de violence avec pour objectif de chasser les éleveurs bédouins de leurs terres dans la zone C de Cisjordanie, un secteur où Israël exerce un contrôle civil.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a indiqué, au mois de mars dernier, qu’environ 1 700 Palestiniens avaient été déplacés depuis le début de l’année et que 38 communautés palestiniennes avaient été entièrement dépeuplées depuis 2023.
Awad insiste sur le fait que malgré les menaces, s’en aller n’est pas une option.
« Nous ne pourrons jamais envisager de partir. Ce sont nos maisons… nous n’avons nulle part ailleurs où aller. »
Une responsabilité plus large
La controverse suscitée par les unités Hagmar découle en partie de leur rôle unique en son genre.
Cela fait longtemps qu’Israël s’appuie sur des forces locales. Des structures de sécurité bénévoles existaient dans les communautés juives avant même la création de l’État. En 1936, presque tous les kibboutz, moshav ou villes juives de la Palestine mandataire disposaient d’une unité de garde locale. Leurs armes et autres équipements étaient alors fournis par les autorités britanniques et par l’Agence juive.
Cette tradition se maintient encore aujourd’hui à travers des escouades de sécurité civiles bénévoles – elles sont connues sous le nom de kitot konenut – escouades qui mènent des opérations dans les communautés proches de Gaza, le long de la frontière nord et dans les implantations à travers la Cisjordanie.
Des groupes composés de civils qui avaient été initialement conçus pour servir de première ligne de défense lors des attaques terroristes – leur intervention permettant d’attendre jusqu’à l’arrivée des renforts militaires. Ils avaient largement été largement salués pour avoir aidé à protéger leurs communautés lors du pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023, alors que les soldats avaient mis du temps à réagir face aux trop nombreuses attaques simultanées.
Les unités de défense régionale, pour leur part, mènent des opérations dans un cadre différent. Si elles sont également chargées de répondre aux incidents de sécurité dans et autour des implantations où elles sont basées, leurs membres sont des réservistes qui interviennent sous commandement militaire officiel, et non des volontaires civils. Souvent, une même personne est amenée à servir dans les deux types de groupes, brouillant la distinction.
« Vous avez là un soldat qui est également un résident d’implantation qui mène des opérations… dans sa propre arrière-cour », explique Yonatan Kanonich, responsable de la recherche pour Yesh Din, une organisation qui surveille les violations des droits des Palestiniens.
Si ces unités de défense régionales existent depuis des décennies, leur rôle s’est considérablement élargi après le pogrom du Hamas, le 7 octobre 2023 – Tsahal avait alors choisi de s’appuyer de manière croissante sur la population locale pour protéger le front intérieur, tout en transférant les unités d’infanterie (celles qui auraient été habituellement déployées en Cisjordanie) vers l’effort de guerre à Gaza.
Des milliers de partisans du mouvement pro-implantation qui avaient été appelés dans la réserve n’ont pas été stationnés à Gaza ou au Liban, les militaires choisissant de les intégrer dans des structures de défense régionales.
Selon l’armée israélienne, environ 7 500 armes avaient été distribuées aux membres de ces unités à travers toute la Cisjordanie à la fin de 2024 – même si Tsahal n’a pas révélé les chiffres concernant les effectifs de ces unités.
Un changement qui a entraîné des responsabilités accrues pour les soldats qui servent au sein de ces dernières, avec des patrouilles à l’extérieur des implantations, des missions à des postes de contrôle… Kanonich ajoute que de temps en temps, ils doivent aussi mener des opérations offensives à l’intérieur des villages palestiniens.
Selon Kanonich, l’élargissement de ces responsabilités n’a pas été accompagné d’une formation et d’une supervision équivalentes à celles qui sont dispensées aux unités régulières de Tsahal.
Imaginez que vous ayez un différend avec votre voisin… mais que ce voisin soit aussi celui qui est chargé de faire respecter la loi
Une affirmation qui est néanmoins rejetée par l’armée israélienne. Une source militaire déclare que les membres des unités Hagmar sont soumis à la même formation que les autres réservistes – avec notamment des tests de qualification au tir et des exercices au stand de tir, ainsi qu’une formation adaptée aux défis spécifiques qui sont soulevés par les opérations en Cisjordanie. Il évoque notamment la manière de réagir aux signalements de violences commises par des extrémistes juifs.
Pour Kanonich, les inquiétudes vont au-delà des protocoles de formation et des règles d’engagement. Le problème fondamental, affirme-t-il, réside dans le conflit inhérent qui apparaît quand des résidents d’implantation ont la charge du règlement des différends impliquant leurs voisins palestiniens.
« Imaginez que vous ayez un différend avec votre voisin… mais que ce voisin soit aussi celui qui est chargé de faire respecter la loi », dit-il.
La zone grise
Au mois de décembre 2025, un réserviste appartenant à une unité Hagmar est entré dans le village de Deir Jarir, habillé en civil, et il a ouvert le feu, blessant deux Palestiniens. Peu après, il a été filmé en train de percuter avec un quad un Palestinien qui faisait sa prière en bord de route.
L’armée israélienne a déclaré que le soldat s’était rendu coupable « d’un grave abus de son autorité ». Elle lui a confisqué son arme et elle l’a relevé de ses fonctions. Mais les autorités militaires et civiles se sont disputées en cherchant à déterminer qui devait mener l’enquête sur ce crime. Le soldat a finalement été placé en garde à vue par la police. Il a été remis en liberté dès le lendemain matin et il a été assigné à résidence pendant cinq jours.
Aucune poursuite officielle n’a été lancée depuis à son encontre.
Selon les détracteurs, le recours généralisé aux forces des unités de défense régionale a créé une situation nouvelle, avec des partisans du mouvement pro-implantation qui s’en prennent aux Palestiniens alors qu’ils ont été armés par Tsahal et qu’ils jouissent de l’autorité conférée par cette dernière.
Ils restent, de surcroît, largement à l’abri des conséquences de leurs actes.
« En portant l’uniforme, les partisans du mouvement pro-implantation reçoivent un cadeau inestimable. Ils ont ainsi de vastes pouvoirs – ils peuvent placer en détention et arrêter des personnes ; ils peuvent effectuer des saisies et recourir à la force. Ils utilisent tous ces pouvoirs comme autant d’outils mis à leur disposition pour faire avancer leur programme d’expulsion et de nettoyage ethnique de la Cisjordanie et de ses habitants, démantelant les infrastructures économiques, sociales et foncières dont dépendent les moyens de subsistance des habitants », commente le docteur Quamar Mishirqi Assad, avocat au sein de de l’organisation Haqel, qui apporte une assistance aux propriétaires fonciers palestiniens.
Assad explique au Times of Israel que depuis le début de la guerre, l’organisation a déposé « des centaines de plaintes concernant des incidents relatifs à des actes de harcèlement, de confiscation, à des arrestations abusives, à des expulsions d’agriculteurs de leurs terres, avec aussi des Israéliens qui ont empêché des exploitants de travailler à leurs cultures ».
Les poursuites ont porté sur des actes qui ont été perpétrés par des soldats de l’armée régulière et par des membres des unités de défense régionale.
Alors qu’Israël ne poursuit que rarement les partisans du mouvement pro-implantation qui sont accusés de terroriser les Palestiniens, les soldats sont encore moins susceptibles d’être traduits en justice, les unités Hagmar étant protégées par une zone grise juridique qui entoure leurs opérations, selon Kanonich.
« Il n’y a aucune difficulté [à engager des poursuites contre les soldats extrémistes] ; la difficulté, elle réside dans le fait qu’Israël ne veut pas engager de poursuites », dit-il.
Selon Kanonich, quand Yesh Din a contacté l’armée au sujet d’incidents qui impliquaient des réservistes des unités Hagmar, Tsahal a fait valoir que les soldats ne pouvaient pas être poursuivis devant un tribunal militaire dans la mesure où leurs infractions présumées n’avaient pas été commises dans un cadre militaire, même s’ils étaient bien en service actif de réserve à ce moment-là.
Alors qu’il lui était demandé pourquoi les soldats qui sont soupçonnés d’avoir perpétré des crimes violents à l’encontre des Palestiniens ne sont pas poursuivis par la justice militaire, une source au sein de Tsahal a précisé au Times of Israel que la décision d’ouvrir une enquête pénale relevait des supérieurs des forces concernées.
Les unités de défense régionale mènent leurs opérations sous le commandement de brigades régionales qui sont dirigées par des officiers de carrière. Mais si un commandant estime qu’un incident ne justifie pas un renvoi devant la police militaire, il n’y aura pas d’investigations lancées.
Par ailleurs, la police refuse généralement d’enquêter sur ces affaires, arguant que les suspects sont des soldats et qu’ils relèvent donc de la compétence des forces de l’ordre militaires.
Il en résulte, selon Kanonich, que de nombreuses affaires passent entre les mailles du filet, l’absence de responsabilité encourageant les agresseurs à poursuivre leurs activités.
« Les criminels bénéficient du soutien d’Israël pour récidiver », déplore Kanonich.
Assad affirme, de son côté, que Tsahal autorise, dans les faits, les récidives en ne poursuivant pas les auteurs des violences et en ne prenant pas de mesures disciplinaires. Il fait aussi remarquer que les soldats accusés ont la permission de rester à leurs postes.
« Tout au long de cette période, l’armée a ouvertement fermé les yeux sur ce phénomène », regrette-t-il.
Les organisations de défense des droits humains considèrent que la montée de la violence et le refus d’agir contre cette dernière découlent du soutien qui est apporté par le gouvernement au mouvement pro-implantation. Sous l’impulsion du député d’extrême droite Bezalel Smotrich – dont le poste de sous-secrétaire au sein du ministère de la Défense lui a conféré une grande influence sur la politique en Cisjordanie – le gouvernement a autorisé la construction d’implantations et il a légalisé des avant-postes à un rythme sans précédent. De la fin du mois d’avril 2022 au mois d’avril 2026, le gouvernement a approuvé ou légalisé 103 implantations, ce qui a représenté une augmentation considérable par rapport aux années précédentes.
Quand la loi n’est plus la loi
Les unités de défense régionale ne sont pas les premières à être mises en cause parce qu’elles accueilleraient en leur sein des extrémistes susceptibles d’abuser de leur autorité pour servir leur idéologie. Des soldats originaires de Cisjordanie ou du territoire israélien proprement dit sont depuis longtemps accusés de diverses maltraitances à l’égard des Palestiniens et de fautes professionnelles.
Au mois de mars, Zamir a ordonné le retrait du 941e bataillon Netzah Israel de la brigade régionale Menashe des théâtres d’opération en Cisjordanie après que des soldats ont été accusés d’avoir arrêté et agressé une équipe de CNN. Dans un enregistrement réalisé par les journalistes, les militaires affirmaient que toute la Cisjordanie appartenait aux Juifs et qu’ils vengeaient le meurtre d’un partisan du mouvement pro-implantation, un meurtre qui était survenu quelques jours plus tôt.
De même, au mois de décembre 2023, l’armée israélienne a suspendu les activités opérationnelles de l’unité Sfar Hamidbar à la suite de multiples allégations de violences commises à l’encontre des civils palestiniens.
Cette unité – dont les activités se focalisaient sur la lutte contre le trafic d’armes et contre le trafic de drogue – était connue pour recruter des « jeunes des collines » — des extrémistes liés à des avant-postes illégaux qui sont fréquemment accusés de violences à l’encontre des Palestiniens. Les recrues auraient été intégrées à l’unité dans le cadre d’un initiative prise à la fois par Tsahal et par les responsables d’implantation, qui avaient vu dans cet enrôlement une manière de canaliser leur énergie de manière plus disciplinée – et légale.
Mais alors que les soldats des unités du mouvement pro-implantation sont amenés à mener des opérations à la demande des extrémistes juifs à travers la Cisjordanie – où la radicalité semble atteindre de nouveaux sommets en matière de violences et de destructions – la menace est d’autant plus pernicieuse pour de nombreux Palestiniens.
« Il faut qu’il y ait l’égalité ; il faut qu’il y ait la loi et l’ordre », dit Awad. « Ces soldats des unités Hagmar n’œuvrent pas dans le strict respect de la loi. Ils font ce qu’ils veulent ».