Conférence sur l’antisémitisme à la Knesset : les Européens accusent l’islamisme

Des politiciens d'extrême droite en visite mettent en garde contre une 'prise de pouvoir de l'intérieur' par des musulmans radicaux, à la veille d'une réunion controversée mardi

Le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli, prenant la parole lors d'une séance de la Knesset consacrée à l'antisémitisme, le 26 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours d’une session plénière de la Knesset marquant le coup d’envoi de la Conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme, un événement parrainé par le gouvernement, une vingtaine de députés en visite ont mis en garde contre le rôle de l’islam radical dans l’antisémitisme, l’échec des politiques européennes à endiguer cette haine croissante, l’importance de l’éducation et ce qu’ils ont décrit comme une ambiguïté morale et politique sur la haine anti-juive depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7-Octobre.

Les intervenants, principalement des personnalités issues de l’extrême droite européenne, se sont réunis à Jérusalem pour assister à une conférence de deux jours organisée par le ministre des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, dans le but, notamment, d’aider Israël à nouer des liens avec les partis qui combattent déjà l’islam radical à l’étranger.

La conférence, dont l’événement principal se tiendra mardi au Centre international des congrès de Jérusalem (Binyanei Hauma), intervient environ dix mois après qu’une précédente conférence sur l’antisémitisme a été boycottée par des organisations juives au motif qu’elle avait convié ces mêmes partis, parmi lesquels beaucoup ont fait l’objet d’accusations de racisme et d’antisémitisme.

En ouverture de la séance plénière, Chikli a présenté la montée de l’antisémitisme dans le monde après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 comme une lutte civilisationnelle entre les nations occidentales et l’islam djihadiste. L’Europe d’après-guerre est devenue de plus en plus vulnérable à une « prise de pouvoir de l’intérieur » par des forces idéologiques qui ne partagent pas ses valeurs démocratiques, a-t-il affirmé.

« Un exemple notable en est la suppression de l’enseignement de la Shoah en Europe occidentale », a déclaré Chikli, citant des données récentes selon lesquelles le nombre d’écoles britanniques célébrant la Journée internationale de commémoration de la Shoah a chuté de près de 60 % ces deux dernières années. Un déclin qui, a-t-il suggéré, reflète une érosion plus générale de la clarté historique et de la confiance morale.

Chikli a également fait valoir que les partis de droite qui luttent contre la montée de l’islam radical en Europe sont bien placés pour collaborer avec Israël. Lors de la séance plénière de lundi, de nombreux intervenants se sont présentés comme des alliés naturels d’Israël et du peuple juif.

Des députés européens et israéliens assistent à une session de la Knesset sur l’antisémitisme, le 26 janvier 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Mattias Karlsson, figure de proue du camp nationaliste suédois, a pour sa part décrit ce qu’il a qualifié d’alliance croissante entre les conservateurs européens et Israël face à leurs ennemis communs, accusant en outre les partis de gauche suédois de financer des organisations prétendument liées au terrorisme, mentionnant spécifiquement leur soutien passé aux factions palestiniennes.

« Le Parti social-démocrate, qui est le plus grand parti de Suède, verse depuis des décennies des fonds à l’Autorité palestinienne, tout en refusant de reconnaître ses liens avec des organisations terroristes », a souligné Karlsson. Il a également mis en avant les récentes mesures prises par les conservateurs en Suède, notamment la fermeture d’écoles islamistes, le retrait du financement de groupes suspects et le durcissement des politiques migratoires, ajoutant que ces dispositions avaient permis de commencer à freiner l’islamisme et l’antisémitisme.

Le député brésilien Eduardo Bolsonaro lors d’une session de la Knesset sur l’antisémitisme, le 26 janvier 2026 (Crédit : Eclipse Media)

Le député brésilien Eduardo Bolsonaro a quant à lui axé son intervention sur l’attaque du Hamas du 7-Octobre, qu’il a décrite comme un tournant décisif. « Le 7-Octobre, le monde a perdu ses illusions », a-t-il affirmé. « Après ces événements, rester neutre n’est plus une preuve de sagesse. C’est une capitulation. »

Bolsonaro a appelé les gouvernements à criminaliser non seulement les attaques terroristes elles-mêmes, mais également les activités préparatoires, le financement et l’incitation idéologique à la haine. Il a exhorté les dirigeants du monde entier à faire preuve de « clarté et de courage » plutôt que de relativisme moral.

Fabrice Leggeri, du parti français du Rassemblement national, a par ailleurs averti que l’antisémitisme en France et dans toute l’Europe est désormais « largement idéologique », enraciné dans les mouvements islamistes plutôt que dans l’extrême droite traditionnelle radicale. Pointant le lien historique qui unit la France à sa communauté juive, il a plaidé en faveur de réponses législatives agressives, parmi lesquelles l’inscription des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes et le démantèlement des réseaux islamistes qui opérent sous couvert d’associations civiques ou caritatives.

Le leader du Rassemblement national (RN) français, Jordan Bardella (à droite), et Fabrice Leggeri (au centre), membre du RN et député européen, assistent à une cérémonie à la mémoire des victimes et des otages des attentats terroristes du 7 octobre 2023, sur le site du festival de musique électronique Nova, près du kibboutz Reïm, dans le sud d’Israël, le 26 mars 2025. (Crédit : Jack GUEZ / POOL / AFP)

La parlementaire roumaine Georgiana Teodorescu a pour sa part repris des thèmes similaires, critiquant notamment les politiques d’intégration européennes pour leur incapacité à prévenir la radicalisation. Elle a appelé à une plus grande clarté juridique dans la définition des organisations terroristes telles que le Hamas et le Hezbollah, ainsi qu’à des cadres éducatifs plus solides afin de lutter contre la désinformation.

« Notre unique chance est de bâtir un Dôme de fer », a-t-elle déclaré, précisant qu’elle ne faisait pas référence à la défense antimissile, mais à « des lois, à l’éducation et à une clarté morale inébranlable ».

Pedro Frazão, député portugais, s’est concentré sur les lacunes juridiques qui, selon lui, permettent à l’antisémitisme de demeurer impuni. Au Portugal, a-t-il indiqué, l’antisémitisme n’est pas classé comme un crime de haine spécifique, rendant difficile son suivi et sa poursuite par la police et les tribunaux.

« Ce qui n’est pas nommé devient invisible », a ajouté Frazão, appelant à l’adoption de la définition de l’IHRA dans la législation nationale de son pays.

Le parlementaire finlandais Peter Östman a quant à lui mis en avant le cadre juridique de son pays contre l’incitation à la haine et la discrimination, tout en critiquant ce qu’il a qualifié de double standard appliqué à Israël dans les forums internationaux, et notamment aux Nations unies.

Le député européen espagnol Jorge Buxadé arrive pour assister à la première réunion du nouveau groupe Patriots for Europe au Parlement européen à Bruxelles, le 8 juillet 2024 (Crédit : François Walschaerts / AFP).

L’Espagnol Jorge Buxadé a évoqué les défis posés par l’islamisme radical et le séparatisme politique en Europe. Il a appelé à prendre des mesures fortes, comme la dissolution des organisations qui menacent l’ordre public et l’expulsion de ceux qui rejettent les valeurs nationales.

« Des centaines de villes en Europe sont déjà entre les mains de dirigeants musulmans », a affirmé Buxadé. « L’islamisme se nourrit désormais de communautés musulmanes fermées. Le séparatisme politique se développe au cœur de l’Europe. »

Alan Clemens, législateur et juge américain à la retraite, a quant à lui parlé de ce qu’il considère comme une utilisation abusive du terme « occupation » à l’encontre d’Israël. Ce terme, a-t-il dit, est intentionnellement déformé afin de présenter Israël comme un occupant et de justifier le statut de victime des Palestiniens.

« Le cœur même de l’antisémitisme moderne est ce mensonge de ‘l’occupation' », a déclaré Clemens. « [Ce terme] n’est rien d’autre qu’une manière polie de traiter Israël de voleur, suggérant que les envahisseurs juifs colonisent un territoire qui appartient aux Arabes et qui doit donc être restitué à ses propriétaires légitimes – et victimes. »

« Vaincre l’antisémitisme exige un niveau plus élevé de clarté morale et de vérité », a ajouté Clemens.

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