Conscription : S’il devient Premier ministre, Eisenkot ne fera « aucun compromis »

Selon le chef du parti Yashar, un gouvernement minoritaire serait « néfaste », mais pourrait s'avérer nécessaire en « dernier recours »

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, lors d’un déplacement dans le cadre de sa campagne électorale, au kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza, le 5 août 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Le président du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a répondu mercredi aux critiques concernant son projet de conscription militaire des ultra-orthodoxes. Il a nié avoir l’intention d’accorder chaque année des dérogations à 30 % des hommes haredim éligibles.

« Il existe un projet de loi qui impose à tous les citoyens israéliens d’effectuer un service militaire, national ou civil », a déclaré l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne lors d’un entretien accordé à la chaîne d’information N12. Il a précisé qu’il n’entendait en exempter que 3 % des jeunes de chaque cohorte, à savoir les plus doués dans les domaines de la Torah, des sciences, de la musique et du sport.

« Je m’entretiens avec les députés haredim à la Knesset, et je leur explique qu’il y a un point sur lequel je ne ferai aucun compromis… même si cela doit entraîner la chute du gouvernement et la tenue de nouvelles élections », a-t-il ajouté.

Eisenkot a dû justifier sa position après qu’un candidat de son parti Yashar, l’ancien chef du Shin Bet Yoram Cohen, a suscité les critiques des dirigeants d’autres partis d’opposition en affirmant à la chaîne publique Kan que, sous un nouveau gouvernement, jusqu’à 30 % des Haredim pourraient être exemptés des obligations militaires.

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, autre adversaire du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a réagi aux propos de Cohen, faisant valoir que la conscription militaire pour tous était une « condition non négociable pour le prochain gouvernement ».

« Il n’y aura aucun compromis sur la conscription », a écrit Bennett sur X. « Tout le monde doit s’enrôler. Ceux qui ne serviront pas leur pays ne recevront pas un seul shekel de l’État, de toute leur vie. »

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, à droite, et le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, participent à une marche en faveur de la conscription des hommes ultra-orthodoxes au sein de l’armée israélienne depuis l’entrée de Jérusalem jusqu’à la Knesset, le 15 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Eisenkot a également adressé une critique à peine voilée à Bennett, déclarant sur N12 avoir rencontré l’ancien Premier ministre la semaine dernière, et avoir saisi cette occasion pour rappeler que « le prochain Premier ministre doit être le chef du plus grand parti du bloc ».

Ces remarques semblaient faire allusion au bref mandat de Bennett en tant que Premier ministre entre 2021 et 2022, lequel avait suscité la polémique car son parti ne disposait alors que de sept sièges à la Knesset.

Eisenkot arrive actuellement en tête dans les sondages, qui prédisent que son parti remportera environ 23 sièges. Malgré ses propos, il ne semble pas craindre qu’un membre du bloc anti-Netanyahu puisse sérieusement lui ravir la place de chef du gouvernement si son parti arrive en tête des suffrages.

« Liberman, Bennett, Lapid, Golan et Chili Tropper œuvreront à la réalisation d’un objectif commun. Je suis pleinement convaincu que si les électeurs s’expriment avec clarté et franchise, et que [nous] devenons le premier parti, tous se rangeront derrière moi », a-t-il affirmé, à propos des autres responsables de l’opposition.

L’ancien chef de l’armée israélienne n’a pas non plus écarté l’éventualité de diriger un gouvernement minoritaire, avec moins de 61 sièges à la Knesset, qui en compte 120. Dans les sondages, ni le bloc anti-Netanyahu ni le bloc pro-Netanyahu ne parviennent à obtenir une majorité claire.

La formation d’un gouvernement minoritaire serait « néfaste », a fait savoir Eisenkot. Selon lui, toutefois, cette option ne doit pas être écartée, car elle pourrait constituer « le dernier recours pour renverser le pire gouvernement depuis la création de l’État ».

Si, a-t-il ajouté, la coalition anti-Netanyahu remporte moins de la majorité des sièges à la Knesset, elle tentera de former un gouvernement en décidant « de ne traiter que les questions faisant l’objet d’un très large consensus national » et « nous nous tournerons vers les partis sionistes et responsables ».

Pour lui, le Likud du Premier ministre pourrait figurer parmi les partenaires potentiels de cette initiative – mais uniquement « après le départ de Netanyahu ».

Le dernier sondage publié mercredi par la Treizième chaîne révèle que le bloc anti-Netanyahu pourrait remporter 60 sièges sans avoir recours à aucun parti arabe ou à majorité arabe, pour autant qu’il intègre le parti de droite Foyer sioniste dirigé par Yoaz Hendel et Chili Tropper.

Ce sondage, réalisé auprès de 1 240 participants (avec une marge d’erreur de ±3,9 %), indique que le parti Yashar d’Eisenkot serait le plus représenté avec 23 sièges, suivi du Likud avec 21 sièges. Au total, les partis pro-Netanyahu remporteraient 49 sièges, tandis que les partis arabes en obtiendraient 11.

Hendel et Tropper, s’ils ont vivement critiqué Netanyahu, n’ont toutefois pas explicitement exclu de s’associer à lui au sein d’une future coalition.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le président Isaac Herzog assistant aux funérailles de Gal Eisenkot, à Herzliya, le 8 décembre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Abordant le sujet de Netanyahu, Eisenkot a relativisé son manque d’expérience par rapport au Premier ministre de longue date, soulignant que le pays « avait vu où Netanyahu nous avait menés avec sa grande expérience, le 7-Octobre », date du pogrom perpétré par le Hamas en 2023.

Eisenkot a fait part de son intention de s’entourer de « personnes très expérimentées », qui veilleront à ce qu’il forme un « gouvernement efficace pour l’État d’Israël ».

Pour illustrer son propos, il a expliqué qu’il travaillait depuis un an avec « les meilleurs économistes de l’État d’Israël » à l’élaboration d’un plan prêt à être mis en œuvre dès son entrée en fonction.

Concernant le système éducatif, Eisenkot a semblé suggérer qu’il pourrait mettre fin aux réseaux scolaires arabes et ultra-orthodoxes indépendants dans le cadre d’une réforme plus large de l’éducation.

« Nous devons consacrer trois à quatre ans à faire passer l’ensemble du système éducatif de l’État d’Israël au système d’enseignement public », a-t-il déclaré. « Les établissements scolaires haredim devront s’inscrire dans ce cadre. »

Eisenkot a par ailleurs brièvement évoqué sa décision de ne pas mettre en avant son identité mizrahi pendant sa campagne électorale. Eisenkot est en effet d’origine marocaine, alors que tous les Premiers ministres d’Israël jusqu’à présent étaient ashkénazes. Les Israéliens mizrahim ont longtemps accusé le gouvernement de les discriminer, en particulier au cours des premières décennies de l’État.

« J’ai toujours cru en mon devoir d’exceller indépendamment des origines de mes parents, de faire de mon mieux, et aussi de servir d’exemple aux autres », a-t-il déclaré.

« Dans l’État d’Israël, l’origine d’une personne n’est pas un motif suffisant pour en faire un Premier ministre. Un Premier ministre doit être choisi en fonction de ses capacités, de son parcours, de sa vision, de ses projets et de sa capacité à les mettre en œuvre. »

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