Critiqué pour son soutien à Israël, Pete Buttigieg durcit le ton sur la guerre à Gaza
Soulignant le changement d'attitude des Démocrates envers Israël, l'ex-secrétaire aux Transports s'est dit favorable à la reconnaissance de l'État palestinien et à l'arrêt des exportations d'armes vers l'État juif
C’est une volte-face spectaculaire suite au contrecoup que lui valu sa participation à un podcast dans lequel il avait annoncé son soutien timide à Israël : Pete Buttigieg s’est en effet dit favorable à l’arrêt des ventes d’armes américaines à Israël et à la reconnaissance d’un État palestinien.
Ce revirement spectaculaire de celui qui fut un temps secrétaire aux Transports, et qui, âgé de 43 ans, est considéré comme un possible candidat à la présidence des États-Unis en 2028, est la dernière preuve en date de la déperdition de ce qui faisait les relations entre Parti démocrate et Israël.
Ce revirement est le contrecoup de sa conversation, la semaine passée, au micro de Jon Favreau, animateur du podcast libéral populaire « Pod Save America ». L’ex-maire de South Bend, dans l’Indiana, y avait repris la position emblématique de sa candidature à la présidentielle en 2019, à savoir qu’Israël est un « ami » qui a besoin de soutien dans une période difficile.
« Je pense qu’en tant qu’allié et plus grand ami d’Israël, il nous revient de le prendre dans nos bras, quand il se passe une chose pareille, et de voir avec lui ce que nous sommes prêts à faire ensemble », a déclaré Buttigieg au micro de Favreau en réponse à la question de savoir de quelle manière la future administration devrait gérer sa relation avec Israël.
Au micro de Favreau, toujours, Buttigieg s’est bien gardé de donner une réponse ferme sur les perspectives de reconnaissance de l’État palestinien par les autorités américaines, se contentant de dire à son hôte qu’il s’agissait d’une « question complexe ».
Ses réponses ont semblé inadaptées à la stature d’un potentiel chef de parti. Ces dernières semaines, l’inflation de l’action militaire israélienne à Gaza est devenue une sorte de test politique absolu pour les Démocrates : au sein du parti, l’action d’Israël à Gaza n’est plus soutenue que par 8 % d’entre eux, selon un récent sondage Gallup, et un très grand nombre de sénateurs démocrates sont favorables à l’adoption de résolutions pour interdire les ventes de matériels de guerre américains à Israël.
Suite à son passage dans ce podcast, Buttigieg s’est attiré les foudres de plusieurs démocrates de tout premier plan, dont le Représentant de la Californie, Ro Khanna, qui a écrit sur X : « Nous avons besoin de clarté morale, pas de statu quo ».
« Pete est un gars intelligent et j’admire ce qu’il a fait, mais je n’ai absolument aucune idée de ce qu’il pense, vu ses réponses », a sur X écrit Ben Rhodes, l’ex-conseiller adjoint à la sécurité nationale sous l’administration Obama. « Dites-nous simplement ce que vous pensez. »
Buttigieg est donc revenu sur ses propos à l’occasion d’une interview pour Politico, en disant comprendre les critiques qui lui avaient été adressées.
« Je comprends tout-à- fait », a déclaré Buttigieg à propos des réactions négatives à cette interview. « Il est important d’être clair sur une question aussi importante et douloureuse. Mais c’est justement lorsque les sujets sont importants et douloureux que, parfois, les mots viennent à manquer. »
Dans un revirement brutal par rapport à ses précédentes prises de position, Buttigieg a donc déclaré à Politico qu’il aurait signé la proposition du sénateur du Vermont, Bernie Sanders, d’imposer un embargo sur les armes à Israël – proposition très fortement soutenue par les démocrates.
Buttigieg a également fait savoir qu’il reconnaîtrait un État palestinien dans le cadre d’une solution à deux États en ajoutant que rien n’obligeait les États-Unis à conclure un nouvel accord pour 10 ans avec Israël sur la question des ventes d’armes.
« Les démocrates – comme tous les Américains, mais c’est surtout vrai des démocrates – sont écœurés de ce qui se passe et ils tentent de garder plusieurs choses à l’esprit, qui peuvent toutes être vraies : mais il faut avant tout faire cesser les morts », a déclaré Buttigieg à Playbook. » Il faut que les otages soient libérés. Et que la population de Gaza ait accès à une aide humanitaire sans entrave. Immédiatement. »