Damas dément l’envoi de troupes syriennes contre les Houthis

Selon des responsables yéménites, l'accord signé par Ahmed al-Sharaa à Ryad prévoit le déploiement de jusqu'à 10 000 soldats, dont plusieurs centaines seraient déjà sur place ; des sources syriennes évoquent uniquement des missions de conseil et de formation

Des soldats du gouvernement syrien priant sur une autoroute à l'est d'Alep, en Syrie, le 14 janvier 2026. (Crédit : Ghaith Alsayed/AP)

Une source diplomatique syrienne a démenti samedi l’envoi de forces syriennes au Yémen en soutien aux forces gouvernementales qui combattent le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, selon l’agence de presse d’État Sana.

« Les informations faisant état de l’envoi de forces militaires syriennes au Yémen sont, à ce stade, totalement infondées », a indiqué cette source sous couvert d’anonymat, après des déclarations à l’AFP en ce sens de responsables yéménites.

Le président syrien Ahmed al-Sharaa s’est rendu cette semaine à Ryad et a signé avec le royaume un accord-cadre de coopération « portant principalement sur la formation des forces armées », a rappelé cette source.

La Syrie va déployer des milliers de soldats en Arabie saoudite et au Yémen, où certains sont déjà sur place, pour soutenir le gouvernement yéménite et son allié saoudien face aux Houthis pro-République islamique d’Iran, ont indiqué samedi à l’AFP plusieurs responsables yéménites.

Ces déclarations surviennent trois jours après une visite à Ryad de Sharaa, au cours de laquelle un accord-cadre de coopération a été signé.

Il porte principalement sur « la formation des forces militaires et le renforcement de leurs capacités », souligne une source diplomatique syrienne citée par l’agence de presse Sana, démentant l’envoi de troupes au Yémen.

Cette capture d’écran, tirée d’une séquence vidéo diffusée par la chaîne de télévision houthiste Al-Masirah le 6 novembre 2026 et mise à disposition par AFPTV, montre les conséquences des frappes qui auraient frappé un marché à al-Waziyah, dans la province de Taïz, au sud-ouest du Yémen. (Crédit : Al-Masirah TV/AFP)

Ces informations sont « à ce stade, totalement infondées », a-t-elle dit, sans s’exprimer sur le déploiement de soldats dans le royaume saoudien.

Il s’agirait du premier déploiement étranger massif sur ce front depuis la reprise des hostilités en juillet au Yémen, alors que l’Arabie saoudite tente de mobiliser ses alliés face aux attaques quasi-quotidiennes des Houthis visant depuis octobre ses infrastructures pétrolières et ses aéroports.

« Les parties syrienne et saoudienne ont convenu de l’envoi d’environ 3 000 troupes pour combattre les Houthis », a affirmé une source au sein du Conseil présidentiel, la plus haute instance dirigeante du Yémen, s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du dossier.

Un responsable du ministère de la Défense a confirmé ce chiffre, précisant qu’un total de 10 000 personnels était prévu à terme.

Selon la même source, des équipes techniques des ministères de la Défense syrien et saoudien sont à Ryad pour finaliser le plan.

Sollicité par l’AFP, le ministère de la Défense syrien n’a pas donné suite dans l’immédiat. L’Arabie saoudite, principal soutien du gouvernement islamiste syrien, n’a pas non plus réagi à cette annonce.

Soldats syriens aguerris

Des centaines de soldats syriens sont déjà présents de part et d’autre de la frontière entre le Yémen et le royaume, a ajouté la source gouvernementale yéménite, ainsi que des sources militaires distinctes.

Une ambulance arrive devant un hôpital avec à son bord une personne blessée lors d’une frappe aérienne qui aurait été menée par l’Arabie saoudite contre un village du district de Bani Hushaysh, situé dans la banlieue est de Sanaa, le 7 novembre 2026. (Credit : Mohammed Huwais/AFP)

« La Syrie est loin du Yémen, mais elle partage l’intérêt de Ryad de contenir l’influence de l’axe allié à l’Iran dans la région », a estimé Noah Bonsey, de International Crisis Group.

La Syrie a été ravagée à partir de 2011 par une guerre civile dévastatrice, qui a pris fin avec le renversement du président Bachar al-Assad fin 2024 par une coalition de groupes islamistes, menée par Sharaa, qui cherche aujourd’hui des investissements de la part des pétromonarchies du Golfe pour reconstruire son pays.

L’armée syrienne est depuis lors formée par un ensemble hétéroclite de groupes armés, principalement islamistes, dont des anciens jihadistes étrangers aguerris.

Les islamistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) fabriquaient leurs propres drones pour leurs opérations contre les forces gouvernementales. Des combattants syriens issus de groupes islamistes avaient également pris part à d’autres conflits à l’étranger, notamment en Libye, au Haut-Karabakh et au Niger.

Cette image diffusée par l’agence de presse officielle arabe syrienne (SANA) montre le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président intérimaire de la Syrie, Ahmed al-Sharaa, avant leur rencontre à Ryad, le 2 février 2025. (Crédit : SANA/AFP)

Selon Damas, cet accord militaire avec Ryad pourrait ouvrir la voie à l’adhésion de la Syrie au pacte de défense dit de La Mecque, formé en août par l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie.

Face aux attaques des Houthis, le royaume avait lancé un appel à l’aide aux États-Unis, resté infructueux. L’Égypte s’est récemment engagée à fournir une aide militaire défensive à Ryad, sans en préciser les modalités.

La France a, de son côté, déployé des effectifs pour protéger le terminal pétrolier saoudien de Yanbu, et Londres a annoncé, en octobre, le déploiement d’avions de combat pour protéger le territoire saoudien.

La guerre au Yémen a éclaté en 2014 avec la prise de la capitale Sanaa par les Houthis, déclenchant en 2015 une intervention de la coalition militaire dirigée par Ryad. Une trêve avait été conclue en 2022, mais les combats ont repris cet été, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.

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