Dans la manifestation parisienne, Glucksmann de nouveau face à un front hostile
'S'il y a des militants politiques qui sont hostiles à notre présence, je m'en fous, je m'en contrefous', a affirmé le candidat socialiste
« Non, Glucksmann n’est pas un camarade » : arrivé sous les huées dans la manifestation parisienne contre la vie chère, le candidat de la gauche sociale-démocrate Raphaël Glucksmann a été chahuté et bloqué par des militants hostiles, illustrant une fois de plus sa difficulté à faire campagne.
Le candidat, qui se dit victime d’un harcèlement de LFI qui restreint ses déplacements, n’avait jusqu’à présent pas participé à une des manifestations du mouvement social et lycéen.
Aux côtés du premier secrétaire du PS Olivier Faure, du chef des députés socialistes Boris Vallaud et de nombreux élus, Raphaël Glucksmann est resté près d’une heure dans la manifestation, dans un angle de la place de la République, mais sans pouvoir avancer.
L’eurodéputé a finalement quitté les lieux. Son équipe a précisé à l’AFP que cette situation de blocage et la présence de « black blocs », signalée par la préfecture de police, ont justifié son départ.
Entourés d’un service d’ordre conséquent, le candidat et les élus et militants PS et Place publique ont fait face à un front hostile de manifestants criant « Tout le monde déteste le PS », « Non Glucksmann n’est pas un camarade », ou « cassez-vous ».
Beaucoup ont également repris à plusieurs reprises le slogan « Mélenchon président », laissant supposer qu’ils étaient des sympathisants du leader de la France insoumise.
Crédité de 10 et 13 % dans les intentions de vote, Raphaël Glucksmann s’est positionné sur une ligne de gauche modérée, écologiste et pro-européenne et en rupture avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, dont il dénonce régulièrement la brutalité et l’antisémitisme.
Ce n’est pas la première fois que l’eurodéputé, qui a des origines juives par son père, le philosophe André, se fait chahuter lors de ses déplacements de campagne. Il pointe du doigt la France insoumise et ses sympathisants, même si la formation de gauche radicale, présente jeudi dans le cortège parisien, plaide non-coupable.
« Je n’ai pas de réaction à donner car vous ne savez pas qui sont ces personnes et moi non plus », a répondu à l’AFP un proche du tribun insoumis.
Face à ceux qui l’invectivaient, Raphaël Glucksmann est resté calme et souriant, faisant parfois mine de ne pas entendre ce que lui disaient ses adversaires.
« S’il y a des militants politiques qui sont hostiles à notre présence, je m’en fous, je m’en contrefous », a-t-il lancé.
« courage »
« Mon rôle aujourd’hui, c’est d’être en soutien à ces travailleurs français qui n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois et pour réclamer un salaire digne, une augmentation du Smic », a-t-il insisté.
« Malgré le caractère tendu, il était présent et le sera autant que nécessaire », a souligné Jérôme Auslender, un de ses proches.
Dans la foule, des manifestants l’ont aussi applaudi et ont lancé des « Raphaël Président », tentant même d’amorcer la discussion avec les plus hostiles, dont certains ont accusé le candidat d’être « macroniste » et de ne pas soutenir Gaza…
Un manifestant arborant une casquette CFE-CGC a de son côté salué le « courage » de Raphaël Glucksmann, qui « lui au moins avait été désigné démocratiquement » pour être le candidat de la gauche sociale-démocrate, à l’issue d’une primaire.
L’eurodéputé, qui au début du mouvement social estimait que son rôle n’était pas de manifester, avait finalement annoncé lundi sa venue à ce défilé, assurant qu’il ne se laisserait pas « impressionner » par un éventuel accueil hostile.
Au PS, de nombreux élus l’y avaient incité. « On a été un certain nombre à lui dire : tu es un leader de gauche, t’es candidat à la présidentielle, tu vas dans les manifs, point ! », explique un responsable socialiste.
Raphaël Glucksmann a notamment été enfariné le soir de sa victoire à la primaire, et pris à partie lors de déplacements à Nancy ou à Amiens, ou chahuté lors d’un rassemblement devant l’Hôtel de ville de Paris. Il bénéficie désormais d’une protection policière.
Le 1er mai 2024, avant les européennes, il avait dû être exfiltré d’une manifestation à Saint-Étienne, victime de jets de peinture et d’insultes, qu’il a aussi attribués à LFI.
Seul le patron du PS Olivier Faure, sur une ligne beaucoup moins hostile à LFI, a été un peu épargné par les manifestants.
« Olivier, rejoins-nous », a-t-on pu entendre, « Olivier, parmi les pires, t’es le meilleur », « tu t’es fait voler le Parti socialiste » alors qu’il n’a recueilli que 14 % des voix, contre 66 % pour Glucksman.
Le chef socialiste, qui a discuté avec des militants après le départ de Raphaël Glucksman, a dit regretter que « des gens par leur intolérance créent les conditions d’un divorce dont nous n’avons pas besoin ».
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