Dans le quartier Katamon de Jérusalem, un peu de répit et de légèreté malgré les tirs
En pleins préparatifs pour Pourim, les habitants disent leur optimisme vis-à-vis de la guerre contre l'Iran et profitent du beau temps entre deux tirs de missiles
Alors que de nombreux espaces publics, dans les environs de Jérusalem, restaient fermés en application des protocoles de sécurité liés à la guerre entre Israël et l’Iran, au détour d’une promenade, lundi après-midi, rue Hapalmach, dans le quartier Katamon de Jérusalem, on pouvait voir les habitants se retrouver dans les légendaires cafés du quartier.
Au troisième jour de l’opération militaire israélo-américaine contre le régime iranien, les habitants confient au Times of Israel que les fréquentes alertes du Commandement du Front Intérieur qui les envoient aux abris les affectent finalement peu — même si l’une d’elles a retenti pendant l’interview.
A la sortie des abris, après l’attaque de missile, un clown a donné un spectacle de magie improvisé pour les enfants dans le parc, symbole bienvenu de la résilience d’une population qui n’a pas manqué d’en faire preuve face aux multiples défis ces derniers temps.
« Honnêtement, les événements de ces dernières années nous ont donné une grande détermination », explique Sarah Solomont, assise en plein-air avec sa fille Naama. « Ça pourrait être traumatisant si c’était la première fois mais nous sommes tous habitués aux sirènes d’alerte. »
Solomont explique avoir passé les derniers jours à manger et regarder des films en famille, en « faisant en sorte de se détendre sans pour autant se sentir coupables. »
Cette action militaire contre l’Iran, juste avant la fête de Pourim, qui a commencé lundi soir dans la plupart des villes et commencera mardi soir à Jérusalem, est selon elle « étrange, mais dans le bon sens ».
« Il y a une ironie évidente à commémorer cette fête qui rappelle le temps où les Juifs auraient dû être anéantis en Perse – l’Iran actuel », souligne-t-elle. « La différence, c’est que nous sommes désormais un pays très fort : c’est nous qui avons le pouvoir. J’espère que la victoire sera rapide. »
Non loin de là, en terrasse, Mickey et Leora, qui vivent dans le quartier, sirotent leur café en faisant part de leur espoir que la frappe américano-israélienne contre l’Iran fasse émerger un « nouveau Moyen-Orient ».
Interrogé sur leur peur des fréquentes attaques de missiles balistiques, Mickey hausse les épaules et regarde son épouse. « Nous ne sommes pas très inquiets », dit-elle. « Nous n’avons pas de pièce sécurisée privée dans notre appartement ni d’abri dans notre immeuble, et l’abri public à proximité n’est pas formidable. »
« Nous espérons que tout se passera bien et que cela se terminera vite », ajoute Mickey.
Ofer Berkovitch, un autre habitant du quartier, ex-conseiller municipal et candidat à la mairie, promène son chien. Brillant orateur, il se dit optimiste quant à l’issue de la guerre.
« C’est un moment historique : cette guerre pourrait radicalement changer la donne », explique-t-il. « On n’aura toujours des ennemis après ça, mais la dynamique sera différente. Je prie pour des jours meilleurs et pour que cette guerre soit le symbole d’une nouvelle ère. »
Avec trois enfants à la maison, cette guerre est un peu difficile pour la famille, admet Berkovitch.
« Nous avons un mamad et tout se passe plutôt bien mais ce n’est facile pour personne, entre les projets annulés et l’équilibre à trouver sur le plan familial », ajoute-t-il. « Mais on s’en sort plutôt bien, Dieu merci. »
Peu de temps après notre entretien avec Berkovitch, l’application mobile du Commandement du Front Intérieur envoie une notification indiquant une attaque de missile imminente, annonciatrice de la prochaine activation des sirènes d’urgence. Des murmures se font entendre parmi la foule alors que les uns et les autres consultent leur téléphone avant de se diriger lentement vers l’entrée de l’abri public le plus proche, niché entre des devantures commerciales.
À l’intérieur, les voisins se rassemblent ou se fraient un chemin pour retrouver leurs amis dans cet étroit labyrinthe très vite bondé. Il y a ici moins de chaises et d’espace que dans les autres abris publics de la ville.
« Ça va. C’est un moment historique, un vrai miracle », estime Tali, une femme d’un certain âge qui se tient à côté d’une étagère pleine de fournitures artistiques. « Je ne suis pas inquiète. J’ai confiance en Dieu, qui veille sur Israël et nous donne la force de réussir. »
Une autre femme, Svetlana, est assise sur une table plaquée contre le mur.
« Tout se passe dans le calme et l’ordre à la maison : nous essayons d’être patients », dit-elle. « La seule chose qui me dérange, c’est cet abri. »
Svetlana se dit optimiste quant à l’issue de la guerre et son succès. « Cela faisait un moment que nous nous attendions à cette guerre », ajoute-t-elle. « Nous espérons qu’elle se terminera vite, et pour de bon. »
Ola originaire de l’ex-Union soviétique, Svetlana ne regrette aucunement de se trouver en Israël à ce moment précis.
« Cela fait 22 ans que j’ai quitté la Russie pour venir ici et découvrir ce pays », confie-t-elle. « Ce pays est le mien : nous voulons être ici. Nous n’avons jamais songé à en partir »
À quelques mètres de là se trouve Meitar, un jeune homme avec deux ballons orange dans les mains.
« Je fais du jonglage », explique-t-il. « Pour Pourim, j’aurais dû donner plusieurs spectacles de cirque un peu partout dans le pays, mais tout a été annulé à cause de la guerre. Du coup, je vais donner un spectacle gratuit dans le parc pour les enfants et les parents. »
Meitar dit avoir été un peu déconcerté, le premier jour de la guerre, mais que les choses commencent à se calmer. Sa femme et lui n’ont pas de mamad dans leur appartement, ce qui leur vaut d’aller d’un endroit à l’autre au fil des alertes, explique-t-il.
Une fois l’alerte levée, Meitar a effectivement donné un spectacle en tenue de clown au parc Haviva Raik, non loin de l’abri.
« C’était une journée amusante », dit un enfant à sa mère. « On recommence demain ? »
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