Dans les universités US, le corps enseignant alimenterait l’antisémitisme entre collègues
73 % des enseignants juifs disent avoir entendu des propos antisémites de collègues et 53 % jugent les mesures de leur université inefficaces, selon une enquête de l’ADL
Selon une nouvelle enquête menée par l’Anti-Defamation League (ADL) et l’Academic Engagement Network (AEN), ce ne sont pas seulement les étudiants, mais aussi des enseignants et des membres du personnel qui seraient les principaux responsables de l’antisémitisme auquel sont confrontés les professeurs juifs dans les universités américaines.
Le rapport, basé sur les réponses de plus de 200 enseignants juifs au printemps 2025, documente des campagnes de dénigrement, des boycotts et même des tentatives de doxxing menées par des collègues ou des administrateurs. Dans certains cas, ces actions ont eu des répercussions professionnelles et ont suscité des inquiétudes quant à la sécurité personnelle.
Cette étude auprès des enseignants et du personnel reflète les conclusions d’enquêtes similaires menées auprès d’étudiants américains depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre en cours. En février, l’ADL et Hillel International rapportaient que 83 % des étudiants juifs américains avaient été victimes ou témoins d’actes antisémites depuis le début des hostilités.
Si certaines universités ont renforcé leurs politiques au cours de l’année écoulée, l’ADL avait affirmé en mars que beaucoup d’entre elles ne protégeaient toujours pas suffisamment les étudiants et les enseignants juifs.
Plus de 73 % des répondants affirment avoir été témoins d’actes ou de propos antisémites de la part de professeurs, d’administrateurs ou de membres du personnel au sein de leur établissement. Près de la moitié (44 %) indiquent que leur université compte une section de Faculty for Justice in Palestine (FJP), un groupe créé en octobre 2023 dans le cadre de la campagne US Academic and Cultural Boycott of Israel (USACBI).
Ce mouvement cherche de longue date à isoler les universitaires israéliens, à annuler les programmes d’échanges avec Israël et à délégitimer les institutions académiques israéliennes.
Un enseignant a décrit un harcèlement constant :
« Je suis attaqué en ligne par des étudiants et ostracisé par mes collègues dans le cadre d’une campagne de dénigrement », a-t-il témoigné. « Le doyen m’a conseillé, pour ma propre sécurité, de ne pas venir à la faculté demain… Je dois donner mon cours en ligne et réévaluer s’il est sûr de revenir sur le campus la semaine prochaine. La situation est vraiment grave. Il s’agit d’une attaque multiforme contre moi parce que je me suis régulièrement exprimé contre l’antisémitisme sur le campus. »
Près de 60 % des répondants déclarent avoir été la cible de remarques offensantes ou désobligeantes sur Israël lors de conversations personnelles sur le campus, tandis qu’un tiers (33 %) affirment avoir été directement victimes de propos antisémites. Sur Internet, 34 % disent avoir essuyé des attaques anti-Israël en ligne ou sur les réseaux sociaux.
Ces incidents ne relèvent pas du débat académique ou du désaccord politique, mais constituent des attaques personnelles visant à intimider et à réduire au silence les enseignants juifs, a relevé l’ADL.
Selon l’enquête, les administrations ont souvent minimisé ces cas. Plus de la moitié (53 %) des enseignants juifs estiment que la réponse de leur université face à l’antisémitisme ou aux préjugés anti-Israël a été « très » ou « assez » inefficace. Et 77 % tiennent le même discours à propos des associations professionnelles d’enseignants.
« Les administrateurs affirment qu’il n’y a pas de problème d’antisémitisme parce qu’ils reçoivent peu de plaintes », a expliqué un professeur. « Ils ignorent que les gens se taisent par peur de représailles et parce qu’ils pensent que rien ne changera. »
Environ 8 % des enseignants déclarent que leurs cours ont été boycottés par des étudiants en raison de leur religion.
« Des étudiants ont abandonné mon cours après avoir découvert que j’étais juif, alors qu’il s’agissait d’un cours sur l’éthique en ingénierie qui n’avait rien à voir avec la politique », a témoigné un professeur.
Près de 40 % des enseignants juifs ayant subi de l’hostilité disent avoir envisagé de quitter le monde académique, contre 5 % seulement parmi ceux qui n’ont pas été harcelés. De même, 35 % des victimes de harcèlement affirment se sentir mal à l’aise à l’idée de révéler leur identité juive sur le campus.
Bien qu’ils soient eux-mêmes confrontés à des comportements antisémites, 64 % des répondants affirment que d’autres personnes sur le campus leur ont expliqué ce qui constituait ou non de l’antisémitisme, selon le rapport.
« Les enseignants juifs sont contraints de cacher leur identité, se voient refuser des opportunités professionnelles et doivent écouter leurs collègues leur expliquer ce qui constitue de l’antisémitisme, alors même qu’ils en sont victimes », a déclaré Jonathan A. Greenblatt, PDG de l’ADL. « Les universités doivent reconnaître que l’excellence académique ne peut prospérer lorsque des enseignants sont marginalisés en raison de leur identité. »
L’ADL et l’AEN ont exhorté les universités à renforcer leurs politiques de lutte contre la discrimination, à faire respecter les normes professionnelles et éthiques par les enseignants et à empêcher les départements d’imposer des orthodoxies politiques. Elles appellent également les associations académiques à adopter des codes d’éthique clairs, à mettre en place des procédures transparentes de signalement de l’antisémitisme, à garantir la liberté de recherche et à définir des règles strictes pour les prises de position publiques, les événements et les forums en ligne.
« Les universités sont censées être des lieux où les enseignants consacrent leur vie à l’enseignement, à la recherche et à la quête de vérité », a déclaré Shira Goodman, vice-présidente de l’ADL chargée de la défense des droits. « Au lieu de cela, nos conclusions montrent que l’antisémitisme pousse les enseignants juifs hors de ces institutions, les obligeant à choisir entre leur sécurité et leur carrière. »
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