De « Fauda » à « Checkout », les séries d’espionnage israéliennes font face à un nouveau public depuis le 7-Octobre

La cinquième saison de la série d’action à succès arrive avec un scénario centré sur le pogrom du 7 octobre 2023, tandis que 'Check Out', satire sur le Mossad, sort dans les salles US après des années de retard

Doron Ben-David, à gauche, et Lior Raz dans la cinquième saison de « Fauda », dont deux épisodes dépeignent l’attaque sanglante du Hamas du 7 octobre 2023 (Autorisation)

JTA — Les histoires d’espionnage israéliennes suscitent-elles toujours autant d’intérêt ?

C’est l’une des questions à laquelle tentent de répondre deux productions distinctes qui sont sorties aux États-Unis au mois de septembre : « Checkout », une comédie noire israélienne consacrée à un agent du Mossad vieillissant, et la cinquième saison de « Fauda », le thriller d’action israélien qui met en scène des agents d’une unité antiterroriste qui travaillent sous couverture.

L’une est un film indépendant qui a mis des années à voir le jour. L’autre est un succès mondial de Netflix, dont la nouvelle saison plonge directement les téléspectateurs dans le traumatisme du 7-Octobre.

Ces deux projets cherchent à trouver leur public dans un contexte difficile. Un sondage du Pew Research Center qui a été réalisé au mois de mars dernier a révélé que 60 % des Américains avaient une opinion défavorable d’Israël, contre 37 % qui exprimaient une opinion favorable à l’égard de l’État juif. Et les exportations culturelles israéliennes font l’objet d’une attention croissante à l’étranger depuis le 7-Octobre en raison du comportement du pays.

Pourtant, « Fauda » a fait son retour sur Netflix en entraînant un intérêt vif à l’international, tandis que « Checkout » a fait son entrée à Manhattan devant une salle comble.

« C’est difficile, pour les films israéliens, de trouver un public en ce moment dans la mesure où tout se résume, vous le savez, au problème « P » [palestinien] », s’exclame Jonathan Dekel, scénariste, réalisateur et producteur exécutif de « Checkout », lors d’une interview. « C’est problématique ».

« Checkout » a été projeté le 17 septembre dans une salle à guichets fermés du Quad Cinema, à Greenwich Village – un cinéma qui est « un pilier du cinéma indépendant, » fait remarquer Dekel.

Dekel explique que les six années de production du film ont été presque aussi difficiles que le parcours de son personnage principal. Le tournage a eu lieu en Ukraine au mois de novembre 2020, au plus fort de la pandémie, et l’équipe est parvenue à fuir de justesse en emportant le disque dur du film après que le plateau a été bombardé lors de l’invasion russe. Ils venaient tout juste de terminer le montage lorsque le pogrom commis par le Hamas s’est produit, le 7 octobre 2023, et Dekel a été appelé sous les drapeaux.

Dekel savait que le film ferait ses débuts dans un monde transformé par la guerre et par ses conséquences.

« Trouver le bon moment pour sortir un film, une satire — une comédie noire sur les forces spéciales israéliennes — ça a été quelque chose de très, très incertain jusqu’à ce que nous décidions finalement de nous lancer », dit-il à la Jewish Telegraphic Agency.

« Checkout » n’est pas un thriller d’espionnage conventionnel. Son personnage principal, Dov, est un New-Yorkais d’origine qui s’est installé en Israël et qui s’apprête désormais à prendre sa retraite du Mossad.

« Le jour où il quitte son hôtel pour prendre sa retraite, quelqu’un d’autre s’y enregistre, et il s’avère que c’est la cible numéro un du Mossad : un terroriste notoire nommé Gilgamesh », raconte Dekel. « Tout le film se déroule pendant ce week-end étrange dans cet hôtel où ces deux hommes d’âge mûr, espion contre espion, tentent de découvrir qui ils sont. Ils essaient d’en savoir plus l’un sur l’autre, mais c’est eux-mêmes qu’ils découvrent ».

Pour Josh Pais, qui incarne Dov, son personnage est un homme en quête de sens dans sa vie — et qui en vient à croire qu’il peut trouver ce sens en traquant et en arrêtant un terroriste.

Josh Pais assiste à la première de « The Friend » à l’Alice Tully Hall lors du 62e Festival du film de New York, le 3 octobre 2024, à New York. (Crédit: Evan Agostini/Invision/AP)

« Peut-être s’illusionne-t-il », avance Pais. « Ce qui m’a séduit, c’est qu’il s’agit d’une histoire qui raconte ce qui arrive réellement aux espions. Tant de films s’inspirent, vous savez, de l’image à la James Bond. Ces films sont géniaux, mais celui-ci évoque la réalité, ce que c’est vraiment que d’être envoyé dans un pays lointain, ce que c’est d’être sur le terrain et de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Au bout d’un certain temps, ces gens commencent à perdre le contact avec la réalité car, en vérité, la grande majorité du temps qu’on passe en tant qu’espion, il ne se passe rien ».

Shai Satran, le co-scénariste du film, indique qu’à ses yeux, « c’est le moment idéal pour un film consacré aux services de renseignement israéliens et à une opération qui a mal tourné ».

« Ce qui le motive, ce n’est pas vraiment d’attraper ce type — il se fiche de lui. Ce qui le motive, c’est d’être accepté par ses pairs, par ceux qui l’ont envoyé — c’est ça, le cœur du sujet », dit Satran. « Je ne veux pas être grossier en parlant de ça mais il y avait quelque chose, avant le 7 octobre, chez les forces de sécurité israéliennes, peut-être chez les forces spéciales… Il y avait une certaine arrogance à ne se soucier que de ses pairs et à ne pas avoir conscience de la mission dans son ensemble ».

A l’approche du pogrom du 7-Octobre, « Israël, en quelque sorte, pensait avoir davantage le contrôle de la situation qu’il n’en avait réellement », ajoute-t-il.

Cette idée — selon laquelle le travail du renseignement s’avère être bien plus complexe que de simples missions héroïques et autres aventures exotiques — imprègne également « Fauda » – dans un format de thriller d’action qui est toutefois beaucoup plus conventionnel.

La série israélienne connaît un succès international depuis qu’elle a fait ses débuts sur Netflix en 2016, et sa cinquième saison, disponible sur le géant du streaming depuis le 8 septembre, apparaît comme un test : Le public acceptera-t-il de suivre ses personnages dans une histoire directement inspirée du 7 octobre, une histoire qui se déroule deux ans après cet événement ?…

Lior Raz, créateur, co-scénariste et acteur principal de la série, a indiqué lors d’une collecte de fonds qui était organisée le mois dernier à Lenox, dans le Massachusetts, au profit des services de secours israéliens du Magen David Adom, qu’il avait été sincèrement surpris par l’accueil réservé à la série dans des endroits inattendus : les saisons précédentes de la série ont atteint la première place en termes de popularité au Liban et aux Émirats arabes unis, et « Fauda » s’est hissé la deuxième place au Qatar.

La quatrième saison a été diffusée en 2022 en Israël, puis au début de l’année suivante sur Netflix. Les créateurs de la série avaient initialement commencé à écrire une cinquième saison différente. Mais après l’attaque sanglante du 7 octobre 2023, a expliqué Raz, le scénario initial a été abandonné. La nouvelle saison aborde directement les conséquences du massacre et ce que Raz a décrit comme « la nature de la vengeance ». Un critique a qualifié cette saison de « captivante, émotionnellement épuisante et souvent très difficile à regarder », notamment en raison de sa représentation, sous forme de flashbacks, des événements du 7 octobre, au cours desquels des terroristes menés par le Hamas avaient pris d’assaut le sud d’Israël, tuant plus de 1 200 personnes et kidnappant 251 personnes qui avaient été prises en otage à Gaza.

Lors de son intervention lors de la collecte de fonds pour le MDA, Raz a estimé que la vague de réactions hostiles à l’encontre d’Israël était une campagne orchestrée par des militants radicaux et par les ennemis d’Israël. La dernière saison de « Fauda » vise en partie à présenter le point de vue israélien à ceux qui sont ouverts aux nuances. « Je veux qu’ils regardent mon personnage dans les yeux et qu’ils voient ce que nous avons ressenti ces jours-là », a-t-il déclaré au New York Times. « Si ça devait se produire dans leur pays, ils ressentiraient exactement ce que nous avons ressenti et ce que nous ressentons vis-à-vis du monde. J’espère donc que cela ouvrira les yeux des gens sur ce qui s’est passé le 7-Octobre ».

Si son accueil à l’étranger est difficile à évaluer, la dernière saison a connu un grand succès en Israël : selon le Times, elle est déjà la saison la plus regardée de toute l’Histoire de la chaîne israélienne Yes.

Photo d’illustration : Sur cette photo du 30 mai 2019, une équipe filme une scène sur le plateau de la célèbre série télévisée israélienne « Fauda », à Tel Aviv, en Israël. (AP Photo/Oded Balilty)

Ne bénéficiant pas du soutien d’un géant du streaming, « Checkout » devra redoubler d’efforts pour trouver son public. Le Sundance Screenwriters Lab a soutenu le scénario de « Checkout », précise Dekel, mais c’était avant le 7 octobre. Depuis lors, « trouver un distributeur, trouver un Netflix, un Amazon ou un Hulu, ça a été pratiquement le silence total. C’est peut-être notre film – mais quand je regarde ce qui se passe avec les films de mes collègues israéliens, je me dis que c’est un phénomène assez généralisé ».

Les difficultés qu’il rencontre sont-elles dues au fait qu’il s’agit d’un film israélien, ou sont-elles dues au fait qu’il met en scène des Juifs ?… A cette question, Dekel répond : « Y a-t-il une différence ? »

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