De « Yentl » à Netflix : après 50 ans de carrière, l’actrice Tovah Feldshuh sous le feu des projecteurs
L'artiste juive qui a incarné Golda Meir, Ruth Bader Ginsburg et le Dr Ruth revient dans un nouveau documentaire consacré à sa carrière, et affirme avoir encore un quatrième acte à jouer
LOS ANGELES, Californie –Depuis plus de cinq décennies, Tovah Feldshuh a construit sa carrière sans jamais jouer la carte de la sécurité.
La comédienne a incarné des personnages historiques, notamment l’ancienne Première ministre Golda Meir ; elle a joué à Broadway des rôles variés, allant d’héroïnes juives à la Juliette de Shakespeare, et elle a participé à plusieurs séries télévisées à succès telles que « Crazy Ex-Girlfriend ».
Aujourd’hui, c’est une nouvelle génération qui découvre Tovah Feldshuh à travers la comédie à succès de Netflix « Nobody Wants This ». Elle y incarne Bina, une mère juive au caractère bien trempé qui désapprouve la relation de son fils rabbin avec une femme non juive.
Cette longue carrière et l’identité juive de cette actrice de 77 ans sont au cœur de « Tovah », le nouveau long métrage documentaire du réalisateur David Serero, qui l’a également produit.
Dans ce film, de nombreuses personnalités hollywoodiennes reviennent sur la vie et l’héritage de Tovah Feldshuh, notamment Dustin Hoffman, Oscar Isaac, Kristen Bell, Patti LuPone, Stephen Schwartz, Peter Gallagher, Rachel Bloom, Katie Couric, Joy Behar et Erin Foster.
Ce documentaire de 57 minutes sera présenté en avant-première à Los Angeles le 2 septembre au Sinai Temple. Feldshuh devrait être présente aux côtés d’Adam Brody, son partenaire à l’écran dans « Nobody Wants This ».
Feldshuh et Serero ont accordé une interview conjointe au Times of Israel via Zoom, en amont de l’avant-première qui aura lieu la semaine prochaine à Los Angeles.
Feldshuh a expliqué que ce documentaire lui avait permis de revenir sur une carrière qu’elle n’a jamais souhaité considérer comme achevée.
« À ce stade de ma vie, je suis très fière de ma carrière, de ma vie et de mes valeurs, et je suis heureuse de pouvoir défendre le peuple juif », a-t-elle affirmé.
Pour Serero, ce film va bien au-delà du simple hommage à une actrice à succès.
« L’idée de réaliser des films sur des personnalités qui, à leur manière, révolutionnent leur domaine professionnel m’a toujours inspirée », a précisé Serero. « Tovah n’est pas seulement une icône : elle est une source d’inspiration pour tant de gens. »
Yentl, Golda, RBG et le Dr Ruth
Le documentaire retrace l’ascension de Feldshuh, de jeune actrice ambitieuse à véritable institution de Broadway, à travers des images d’archives et des entretiens avec des témoins de son parcours.
Il explore également son engagement à incarner des femmes complexes, intelligentes et fortes, ainsi que son engagement militant et philanthropique. Il évoque notamment son action au sein du Feldshuh Fund for Women’s Health, qui subventionne les soins médicaux des femmes sans assurance travaillant dans le monde du spectacle.
Feldshuh a incarné de nombreux personnages juifs, à l’écran comme dans la vie.
Elle a tenu le rôle-titre dans « Yentl » à Broadway en 1975, et elle a joué aux côtés de Meryl Streep dans la mini-série historique « Holocaust » en 1978.
Feldshuh a incarné Meir dans « Golda’s Balcony », le spectacle solo le plus longtemps à l’affiche de l’histoire de Broadway, dans l’adaptation cinématographique de la pièce sortie en 2018, ainsi que dans le film « O Jerusalem » de 2006. Pour se préparer à incarner Ruth Bader Ginsburg dans la pièce « Sisters in Law » de 2019, elle a fait la connaissance de l’ancienne juge de la Cour suprême des États-Unis.
En 2021, elle a incarné son amie disparue Ruth K. Westheimer, plus connue comme la célèbre sexologue Dr Ruth, dans un spectacle en solo dans de plus petits théâtres.
Outre ses rôles de personnages juifs, Feldshuh a incarné une victime de zombies dans la sixième saison de « The Walking Dead », et elle s’est opposée à des procureurs dans « Law & Order », où elle a fait plusieurs apparitions sur une période de dix ans.
Une réponse à l’antisémitisme
La volonté de Feldshuh d’évoquer ouvertement son identité juive tient une place toujours plus importante dans sa vie publique, en particulier avec la montée de l’antisémitisme et les débats houleux concernant Israël à Hollywood et au-delà.
Avant le pogrom perpétré en octobre 2023 en Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas, Feldshuh s’était servie de sa notoriété pour lutter contre l’antisémitisme.
Après le début de la guerre, elle a défendu la cause des otages israéliens retenus à Gaza, avait pris la parole lors d’un immense rassemblement à Washington, DC, a rencontré des otages et elle s’était produite sur scène au profit de ces derniers.
« En cette période d’antisémitisme généralisé, il est très important de garder la tête haute, de faire preuve de courage et d’être fier », a-t-elle affirmé. « Je me souviens que mon père me tapotait la poitrine, doucement, en me disant : “Souviens-toi de qui tu es, car le monde te le rappellera de toute façon. Donc, accepte-le et aime-le.” »
« J’adore être juive. Je n’ai aucune honte à être juive », a-t-elle ajouté.
Feldshuh a raconté que des membres de sa famille l’avaient parfois exhortée à être plus prudente dans ses déclarations publiques.
« Ils m’ont dit : “Tu te fais du tort” », s’est-elle souvenue. « Mais jusqu’à présent, tout va bien. Jusqu’à présent, les gens sont reconnaissants que quelqu’un ose [dire ce qu’il pense]. »
« Tovah » a été présenté en avant-première officielle en janvier au Festival international du film juif de Boca, à Boca Raton, en Floride. Le film a remporté le prix du meilleur long métrage documentaire, décerné par le festival.
Le documentaire est actuellement présenté dans le circuit des festivals de cinéma juifs, avec des projections prévues à Nashville, dans le Tennessee, et à Washington, DC. L’équipe du film espère qu’il sera disponible en streaming d’ici mars 2027.
À l’occasion de la projection organisée la semaine prochaine à Los Angeles, Feldshuh participera à une séance de questions-réponses aux côtés de Serero et de Nicole Guzik, co-rabbin principale du Sinai Temple.
La philanthrope Julie Platt, qui apparaît dans le documentaire et qui appartient à la communauté du Sinai Temple, a joué un rôle déterminant dans l’organisation de cette première à la synagogue de Los Angeles, a déclaré Serero.
« J’ai encore un quatrième acte à jouer »
Pour Serero, l’influence de Feldshuh va bien au-delà de ses seules performances sur scène.
« Pour moi, Tovah est le Muhammad Ali du théâtre », a-t-il expliqué. « Elle a véritablement révolutionné son milieu. Elle a fait découvrir les personnages juifs et la culture juive aux professionnels et amateurs du théâtre shakespearien. »
Le regain de notoriété que lui a apporté « Nobody Wants This » a permis à Feldshuh de toucher un nouveau public, qui n’avait peut-être jamais eu l’occasion de la voir à Broadway ou dans l’un de ses nombreux rôles dramatiques.
Bina, le personnage qu’elle incarne dans la série diffusée sur Netflix, est une redoutable mère juive dont les attentes traditionnelles viennent se heurter à la relation amoureuse de son fils. Cette interprétation a permis à Feldshuh de séduire un public beaucoup plus jeune que ses nombreux admirateurs de longue date du théâtre.
« Je compte bien travailler jusqu’à mes 90 ans et vivre jusqu’à 104 ans », a assuré Feldshuh. « J’ai encore un quatrième acte devant moi. »
Selon Serero, c’est cette soif de vivre qui explique en grande partie le charme que Tovah Feldshuh exerce sur le public, sur scène ou à l’écran.
« Ce qu’ils emportent avec eux, c’est un petit bout de Tovah dans leur vie », a-t-il déclaré. « Ce qu’ils emportent, c’est cette joie, cette soif de vivre, car c’est ce qu’elle incarne. »