Début d’un procès centré sur les graves violences avant la mort de Jérémie Cohen
Si les accusés ont reconnu l'agression, le caractère antisémite lui n'a pas été retenu ; 5 juges vont devoir minutieusement examiner les circonstances précédant l'accident
Une « violence considérable » avant un accident fatal : deux hommes sont jugés depuis lundi en Seine-Saint-Denis, quatre ans après le décès de Jérémie Cohen, roué de coups avant de s’enfuir et d’être percuté par un tramway.
Le soir du 16 février 2022, peu après 20 h, le conducteur ne voit le piéton surgir en courant sur la voie qu’au dernier moment, de nuit, à Bobigny, sous un léger crachin. Son freinage en urgence ne permet pas d’éviter la collision, selon le rapport des faits lu par le président de la cour criminelle départementale.
Depuis, l’enquête a établi que le conducteur n’était pas responsable.
Toute la semaine, cinq juges vont en revanche examiner minutieusement les circonstances de deux scènes de violence précédant l’accident.
En 2024, deux juges d’instruction avaient conclu que « c’est bien en voulant fuir les graves violences qu’il subissait de la part de plusieurs individus que Jérémie Cohen s’était dirigé vers les rails du tramway et avait été percuté ».
« L’affaire Jérémie Cohen » avait fait la Une de l’actualité en avril 2022, juste avant le premier tour de l’élection présidentielle. Sollicité par la famille pour médiatiser le drame, le président du parti Reconquête Éric Zemmour s’était demandé si Jérémie Cohen n’était pas « mort parce que juif ».
Or, l’enquête n’a pas démontré de motif antisémite.
Le trentenaire était en possession d’une kippa « sur laquelle une trace de sang a été identifiée », a rappelé le président. Il a toutefois souligné que l’audition de l’ensemble des témoins entendus ne permettait pas d’établir que Jérémie Cohen portait la kippa au moment de l’agression, personne ne l’ayant constaté.
Durant l’enquête, les deux accusés ont affirmé, dans des versions parfois contradictoires, avoir frappé Jérémie Cohen pour le « neutraliser ». Au grand dam de sa famille, ils l’accusent – sans preuve – d’exhibition sexuelle et d’attouchement sur la petite amie de l’un d’eux, alors qu’elle réservait une place pendant qu’ils manœuvraient pour se garer.
Ils ont également assuré, lors de l’instruction, ne pas avoir réalisé qu’il était en situation de handicap, souffrant de troubles exclusivement psychiques.
« Démonstration de virilité »
Quatre ans jour pour jour après les faits, le principal accusé comparaît, détenu.
Miguel D., 31 ans, est jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion. Il est accusé d’avoir porté des coups de pied et de poing à Jérémie Cohen, au visage et sur le corps, lors des deux scènes de violence successives.
L’autre accusé, Kenny A., un poseur de voies ferrées de 27 ans, comparaît libre pour violences en réunion n’ayant pas causé d’incapacité, l’enquête ayant conclu qu’il n’avait participé qu’à une seule scène de violence. Ce dernier était alors livreur et portait un bracelet électronique, car il venait de sortir de prison après avoir été condamné à un an ferme pour trafic « d’un kilo de cocaïne », a-t-il précisé, admettant qu’il avait l’interdiction de se présenter à Bobigny.
Manutentionnaire intérimaire au moment des faits, Miguel D. baisse la tête quand son père, agent technique, s’exprime maladroitement à la barre. Interrogé par le président sur le caractère turbulent de son fils, le père répond qu’il se battait lorsqu’il était énervé et qu’on le provoquait.
Mais la cour découvre également sa « famille structurée » chez qui il vivait, la maladie de Crohn dont il souffre, ainsi que son casier judiciaire vierge, à l’exception d’une condamnation pour conduite sans permis sous l’emprise de stupéfiants.
En prison, on parle de lui en bien : « Vous savez jouer le rôle de médiateur en détention », lui fait remarquer le président.
« Mais dans les faits qui vous sont reprochés, il y a une violence considérable dans une situation où la parole aurait permis d’éviter le recours à la force. »
« C’est vrai », répond l’accusé.
Une experte psychologue avait avancé l’hypothèse d’une « démonstration de virilité devant sa copine, en protection ».
Cependant, ces premières heures du procès n’ont pas permis d’entendre la moindre parole de repentir de sa part, devant le père, la mère, un frère et une sœur de Jérémie Cohen, soulignera la partie civile.
À la sortie de cette première audience médiatisée, Me Pascale Laporte a protesté : « Jérémie Cohen, on le traîne dans la boue à ce procès. » Elle a notamment déclaré : « En 15 secondes, il aurait commis deux agressions sexuelles alors qu’il n’en avait jamais commis en 31 ans de vie. » Selon elle, les accusés avaient eu « deux mois pour concocter une version qui n’a rien de vrai », avant que l’agression ne soit révélée par la vidéo récupérée par la famille.
Le verdict est attendu vendredi.