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Décès d’Adolfo Kaminsky, résistant, photographe aux mille vies et roi des faussaires

Il a commencé à travailler pour la résistance française à l'âge de 17 ans, spécialisé dans la fabrication de papiers d'identité. Ces documents ont sauvé la vie de milliers de Juifs

Adolfo Kaminsky avec sa fille et sa biographe Sarah Kaminsky. (Crédit : Amit Israeli)
Adolfo Kaminsky avec sa fille et sa biographe Sarah Kaminsky. (Crédit : Amit Israeli)

Le photographe Adolfo Kaminsky, homme aux mille vies qui fut le « roi des faux papiers » au service de la Résistance puis des mouvements anti-coloniaux, est décédé lundi à l’âge de 97 ans, a annoncé sa fille à l’AFP.

Kaminsky était un « humaniste, photographe et résistant français, spécialisé dans la fabrication de faux papiers », a résumé Sarah Kaminsky, qui avait raconté la vie de son père dans le livre « Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire ».

Adolfo Kaminsky était un « photographe talentueux (qui) devint un faussaire de génie, fournissant en faux papiers la Résistance et les Juifs traqués, avant de s’engager après-guerre pour d’autres causes », a salué la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

De la Résistance aux mouvements anti-coloniaux, Adolfo Kaminsky fut, dans la clandestinité, le pourvoyeur de faux papiers de toutes les luttes du XXe siècle.

Adolfo Kaminsky, autoportrait. (Crédit photo : Adolfo Kaminsky / MAHJ)

Fils d’immigrés russes juifs, né à Buenos Aires avant de venir en France, il se rêvait artiste-peintre. Mais à 17 ans, il s’engage dans la Résistance à Paris, après être sorti du camp d’internement de Drancy.

Il offre ses connaissances en chimie et en photogravure, utiles pour la décoloration des encres qui vont servir à fabriquer de faux papiers, dans un laboratoire clandestin, sauvant des milliers de vies.

Le début d’une riche carrière de trois décennies, au péril de sa vie et au mépris de sa santé, sous couvert d’une activité de photographe tout ce qui il y a de plus banal dans ses ateliers du Quartier latin ou du quartier du Sentier.

« J’ai eu la chance de sauver des vies humaines. J’ai travaillé jour et nuit, au microscope. J’en ai perdu un oeil mais je ne regrette rien », soulignait en 2012 auprès de l’AFP celui qui était alors connu sous le pseudonyme de « M. Joseph ».

Des documents contrefaits par Adolfo Kaminsky. (Autorisation)

Il travaille pour les services secrets français jusqu’à la capitulation de l’Allemagne nazie, aide les rescapés juifs des camps de la mort à émigrer en Palestine.

Entre 1946 et 1948, il a travaillé pour la Haganah, aidant les Juifs à émigrer en Palestine à une époque où les quotas d’immigration étaient limités. Il avait pleinement soutenu la création d’Israël et avait caressé l’idée de partir vivre là-bas, pour rejoindre sa soeur et de nombreux amis, mais avait finalement décidé de rester en France.

Il n’a pas voulu vivre dans ce nouvel État qui avait choisi « la religion et l’individualisme, parce que cela représentait tout ce que je haïssais ». Il avait toujours désiré « qu’Israël soit un état communautaire, collectiviste et… laïc », parce que cela « cimenterait la coexistence pacifique. »

A LIRE : Quand la fille d’un faussaire juif français découvre le passé résistant de son père

Il se fera ensuite faussaire politique en devenant l’expert en faux papiers de toutes les luttes anticoloniales et antifascistes : réseau FLN pendant la guerre d’Algérie, antifranquistes en Espagne, anti-Salazar au Portugal, lutte contre les colonels en Grèce, Printemps de Prague, luttes contre les dictatures en Amérique latine, ANC, Guinée, Angola, déserteurs américains pendant la guerre du Vietnam et même jusqu’à Daniel Cohn-Bendit en mai 1968…

En 1971, il avait mis fin à ses activités de faussaires. Son oeuvre de photographe, à l’humanisme rappelant Doisneau, avait été exposée, notamment au Musée d’art et d’Histoire du Judaïsme en 2019.

Adolfo Kaminsky en 2019. (Crédit : Christophe Fouin / MAHJ)

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