Décès d’Armand Bulwa, un des derniers survivants du camp de Buchenwald

'Pendant 14 ans', il refuse d'avoir des enfants. Mais un enfant est né, une fille devenue gynécologue-obstétricienne

Armand Bulwa, 91 ans, survivant du camp de concentration de Buchenwald pose avec un uniforme de prisonnier politique polonais lors d'une séance photo à Paris, le 8 janvier 2020. (BERTRAND GUAY / AFP)

Armand Bulwa, l’un des derniers survivants du camp de concentration nazi de Buchenwald, est décédé à l’âge de 96 ans, a annoncé jeudi le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).

« C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Armand Aron Bulwa, survivant de la Shoah, samedi 18 octobre, à l’âge de 96 ans », a déclaré le Crif dans un communiqué.

M. Bulwa, né le 27 décembre 1928 dans le quartier juif de Piotrkow près de Lodz (Pologne), a été l’un des premiers survivants de la Shoah à faire des interventions dans les écoles au début des années 1990.

Il a sans répit témoigné de son expérience afin, selon ses termes, de maintenir le souvenir de « l’enfer sur terre ». La quasi-intégralité de sa famille a été assassinée par les forces nazies : des quelque 80 membres de sa parentèle, seuls deux cousins ont survécu à la Shoah.

Confiné à 10 ans à Piotrkow lors de l’invasion de la Pologne par les nazis, M. Bulwa avait d’abord fait l’expérience d’un ghetto vite surpeuplé, où la faim et le typhus tuaient les habitants les plus faibles.

Après avoir échappé un temps à la déportation, contrairement à sa mère et son petit frère de 3 ans assassinés au camp de Treblinka, il a finalement été emmené fin 1944 dans les camps de Czestochowa puis Buchenwald au début de 1945.

A la libération de Buchenwald avec la fin de la guerre quelques mois plus tard, M. Bulwa pesait 28 kilos. Il a finalement été pris en charge avec plusieurs centaines d’autres enfants et adolescents par la France via l’œuvre de secours aux enfants (OSE).

Des Bulwa viendront récupérer le jeune Armand en Normandie. Ils n’ont aucun lien de parenté mais le jeune Bulwa saute sur l’occasion de quitter le centre.

Ses nuits seront longtemps hantées par des cauchemars. Marié, il refusera d’abord obstinément d’avoir un enfant.

« Pendant 14 ans je n’ai pas voulu que nous ayons d’enfants. Je disais à ma femme que c’était criminel de mettre un enfant au monde en sortant d’un enfer pareil ». Mais un enfant est né, une fille devenue gynécologue-obstétricienne.

« Elle donne la vie alors qu’on a ôté la vie à tous les miens. Je trouve que c’est bien ».

En 2020, il se réjouissait, à l’occasion du 75e anniversaire de la libération de Buchenwald d’être « toujours là » : « C’est incroyable! », avait-il dit.

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