Décès de la survivante de la Shoah Dita Kraus à 96 ans
'La bibliothécaire d'Auschwitz', qui a survécu au ghetto de Terezin, à Auschwitz et à Bergen-Belsen puis immigré en Israël en 1949, avait révélé en 2012 l'histoire d'une bibliothèque secrète
La survivante de la Shoah Dita Kraus, qui a inspiré le roman The Librarian of Auschwitz (« La bibliothécaire d’Auschwitz »), est décédée vendredi à l’âge de 96 ans, a annoncé samedi son fils, Ron Kraus, dans une déclaration publiée sur Facebook.
Née en 1929 à Prague, Dita était la fille du professeur de droit Hans Polach et de son épouse, Elisabeth. Elle ignorait son héritage juif jusqu’à l’occupation de la République tchèque par l’Allemagne en 1939. Peu après, son père perdit son emploi et sa famille fut expulsée de son appartement, victime de la persécution des Juifs.
Lorsque l’Allemagne envahit la Pologne la même année, Dita fut envoyée à la campagne « jusqu’à ce que la tempête passe », selon Yad Vashem. Elle fut toutefois ramenée à Prague l’année suivante et éduquée par des précepteurs privés.
En 1942, la famille Polach fut déportée vers le ghetto de Terezin, dans le nord du pays, où elle dut faire face à des conditions de vie extrêmement difficiles : surpeuplement, pénurie alimentaire et travail pénible.
Malgré tout, les enfants du ghetto recevaient une éducation aussi complète que possible dispensée par un groupe d’enseignants juifs, dont le professeur de sport Fredy Hirsch, qui fut également l’enseignant de Dita à Auschwitz.
En 1943, la famille de Dita fut envoyée à Auschwitz et placée dans le camp réservé aux familles tchèques. Son père est mort quelques mois plus tard dans ce camp.
Dita a été contrainte de crier la nouvelle à travers un mur à sa mère, qui était maintenue en isolement après être tombée malade.
À Auschwitz, elle continua à recevoir une certaine forme d’éducation dispensée par Hirsch, responsable du bloc des enfants dans le camp, qui avait constitué un groupe d’instructeurs, dont Otto Kraus, qu’elle épousa par la suite.
Elle fut également chargée de conserver quelques livres trouvés dans les bagages des déportés, qui devinrent une petite bibliothèque secrète pour les enfants de son bloc.
L’écrivain espagnol Antonio Iturbe découvrit plus tard une référence à cette bibliothèque dans le livre d’Alberto Manguel publié en 2005, The Library at Night (« La bibliothèque la nuit »), et contacta Dita pour en savoir davantage. Le livre d’Iturbe, La Bibliothécaire d’Auschwitz, a été publié en 2012 et s’inspire largement de son histoire.
En 2019, Dita racontait que chaque convoi de Terezin à destination du camp de familles d’Auschwitz avait six mois à vivre, et qu’en mars 1944, la moitié des enfants du bloc avaient été assassinés par les nazis. Hirsch est également mort dans des circonstances mystérieuses. Dita et sa mère savaient que leur convoi serait le prochain à être assassiné, mais au lieu de cela, en juillet, elles furent envoyées par le médecin SS Josef Mengele, surnommé « l’ange de la mort », à Hambourg pour être affectées à un camp de travail.
De là, elles furent envoyées à Bergen-Belsen, où elles contractèrent toutes deux le typhus. Si Dita survécut à cette maladie mortelle, sa mère en mourut en juin 1945, soit deux mois après leur libération.
Orpheline, Dita retourna à Prague, où elle retrouva sa grand-mère et sa tante, ainsi qu’Otto, qu’elle épousa peu après.
En 1949, le couple et leur fils aîné (et alors unique) ont émigré en Israël, où ils ont enseigné pendant trente ans au village pour jeunes, Hadassim.
Dita était également peintre, spécialisée dans les images florales, et auteure. Ses mémoires, intitulées A Delayed Life (« Une vie retardée »), ont été publiées en 2020 par Penguin Random House.
Otto est décédé en 2000.
Le couple laisse derrière lui trois enfants et quatre petits-enfants.
Son petit-fils, Udi, a écrit samedi sur Facebook qu’elle avait « une personnalité hors du commun : peintre, écrivaine, enseignante, et bien plus encore que je ne peux exprimer avec des mots ».
« Depuis le jour de ma naissance, elle a été au cœur de ma vie, mon guide spirituel et ma meilleure amie. Je l’aimais de tout mon cœur. Repose en paix, chère grand-mère », a-t-il écrit.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavský, a également rendu hommage à Dita samedi sur le réseau social X, écrivant qu’il était « profondément attristé » d’apprendre son décès.
« Notre courageuse compatriote et survivante de la Shoah. Je garde un souvenir ému de nos rencontres et de sa joie de vivre éternelle, grâce à laquelle elle a conquis le cœur de tous ceux qui l’entouraient. Je présente mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches », a-t-il écrit.
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