Décès de Susan Stamberg, « la mère fondatrice » juive de NPR, à 87 ans

Première femme à présenter les informations aux États-Unis, elle a suscité l'inquiétude du conseil d'administration de NPR, qui craignait qu'elle ne soit 'trop new-yorkaise'

La journaliste Susan Stamberg, membre de la National Public Radio, avec dans les bras une réplique de son étoile sur le Hollywood Walk of Fame après une cérémonie, à Los Angeles, en Californie, le 3 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Chris Pizzello)

JTA – Lorsquen 1972, Susan Stamberg s’est assise pour la première fois au micro de ce qui était une toute nouvelle entreprise de radiodiffusion – la National Public Radio -, certains membres du conseil d’administration ont pris peur : elle avait l’air trop juive.

Evidemement, ce n’est pas ainsi qu’ils l’ont dit, se rappelle un collègue. Les membres du conseil d’administration de NPR craignaient que la co-animatrice de « All Things Considered » ne soit « trop new-yorkaise » pour le public du Midwest.

« Non seulement c’était une femme mais en plus elle était juive », a expliqué sur NPR Jack Mitchell, l’un des premiers producteurs de ce qui fut une émission quotidienne de l’après-midi. « Arrivait cette femme du nom de Stamberg. Qui avait un accent new-yorkais impossible à cacher. Aucun doute là-dessus… Le président de NPR m’a demandé que je ne la mette pas là pour ces raisons – à cause des plaintes des gestionnaires. »

Stamberg est malgré tout passée sur les ondes et elle est même très rapidement devenue une personnalité de premier plan de cette radio sans but lucratif. Dans les décennies qui ont suivi, à mesure que NPR se muait en un mastodonte culturel, Stamberg et sa personnalité tellement « new-yorkaise » ont fait d’elle une sorte de mascotte officieuse.

Dans les ascenseurs du siège de NPR, à Washington, c’est sa voix enregistrée que l’on entend à chaque étage.

Stamberg est décédée jeudi à l’âge de 87 ans, laissant derrière elle des années de conversations pétillantes et une recette annuelle, adorée ou détestée, celle de la « relish aux canneberges » de sa famille.

En tant que « mère fondatrice » de NPR, avec d’autres, dans les années 1970, elle a contribué à donner à la radio sa marque de fabrique : chaleureuse et libérale, autour de grands noms de la radio comme Nina Totenberg, Ira Flatow, Terri Gross ou Robert Siegel – une identité indéniablement et culturellement juive.

Plus tard, longtemps après avoir pris sa retraite de l’antenne, Stamberg revenait régulièrement à l’antenne pour y lire les histoires des gagnants du concours annuel de nouvelles de NPR, « Hanukkah Lights ».

La journaliste de la National Public Radio, Susan Stamberg, photographiée dans son bureau de Washington, le 13 octobre 1979. (Crédit : AP Photo/Barry Thumma)

« Je suis très juive, sociologiquement parlant. Très juive, ethniquement parlant, mais pas pratiquante. Il y a beaucoup de gens comme moi », confiait Stamberg aux Jewish Women’s Archive en 2011, ajoutant qu’elle avait volontairement étudié la Torah avec son fils Josh – aujourd’hui acteur – pour sa bar mitzvah, voulue par son mari. « Je me sens profondément juive et je m’identifie profondément à ma judéité, ce qui ne passe pas nécessairement par une affiliation formelle pour moi. »

Née Susan Levitt à Newark en 1938, elle était une enfant de la scène culturelle juive de Manhattan. Elevée dans un milieu peu pratiquant, elle avait pourtant confié aux Jewish Women’s Archive qu’elle avait un temps fréquenté la synagogue Rodeph Sholem, la synagogue réformée de l’Upper West Side. Son père, un sioniste convaincu, collectait des fonds pour l’Institut Weizmann, l’institut de recherche fondé en 1934 à Rehovot (qui a été détruit lors de la guerre des 12 jours entre l’Iran et Israël). Diplômée en littérature anglaise du Barnard College, elle fut la première de sa famille à aller à l’université.

Elle a épousé Louis Stamberg, membre de l’USAID, ce qui a amené le couple à s’installer à Washington, DC. Louis, dont le père avait fondé une congrégation à Allentown, en Pennsylvanie, avait grandi « à un endroit dans lequel le fait d’être juif posait vraiment problème ». Son beau-père « insistait pour que nous nous voyions aussi dans une synagogue à Washington. Je lui demandais : ‘Mais pourquoi ?’ », s’était-elle souvenu en 2011. « C’est ainsi que j’ai su que le monde entier n’était pas juif comme je l’étais. »

Après des passages à WAMU, la station de radio publique locale, et à Voice of America en Inde, Stamberg a rejoint NPR après sa fondation par une loi du Congrès de 1971, pour enregistrer des interviews radio.

Lorsque « All Things Considered » a été lancé en 1972, elle en est devenue la co-animatrice et de facto la première femme à présenter un programme d’information radiodiffusé, selon ses collègues en surmontant un sexisme considérable de la part des auditeurs et des dirigeants du réseau.

Stamberg n’a occupé le poste de présentatrice que pendant quelques années, se tournant rapidement vers les reportages culturels pour lesquels elle allait se faire une solide réputation. Elle a également assumé d’autres fonctions d’animatrice, notamment pour « Weekend Edition », où elle a présenté les énigmes du dimanche et accueilli des invités, ce qui allait devenir l’émission phare « Car Talk ».

« Pour moi, tout ceci est très juif, le fait de raconter des histoires, mais aussi de chercher à savoir ce que les autres pensent et d’être ouvert aux opinions d’autrui », avait déclaré Stamberg aux Jewish Women’s Archive.

En riant, elle avait ajouté : « J’ai aussi souvent l’impression d’avoir raison. Ce qui est très juif aussi, je crois. »

Stamberg laisse derrière elle son fils et ses deux petites-filles.

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