Décès du physicien juif français Claude Cohen-Tannoudji, phare de l’optique quantique

Le prix Nobel de physique, figure majeure de l'optique quantique et enseignant passionné, est mort à l'âge de 93 ans

Claude Cohen-Tanoudji, prix Nobel de physique (Crédit : Amir Bernat/Wikimedia Commons)

Lauréat du Nobel en 1997 pour ses travaux sur le refroidissement des atomes, le physicien français Claude Cohen-Tannoudji, dont le décès a été annoncé vendredi, était un infatigable passeur de savoirs au service du rayonnement de l’optique quantique.

Professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, Claude Cohen-Tannoudji est décédé jeudi à 93 ans à son domicile parisien, a annoncé sa famille à l’AFP.

Il y a 29 ans, il avait été couronné à Stockholm conjointement avec les Américains Steven Chu et William D. Phillips pour le développement de méthodes servant à refroidir et à confiner des atomes à l’aide de lasers.

A température ambiante, les atomes et les molécules présents dans l’air se déplacent à une vitesse vertigineuse. Pour pouvoir les étudier et utiliser leurs propriétés, il faut les refroidir.

Au cours des années 1980, Claude Cohen-Tannoudji, Steven Chu et William D. Phillips ont mis au point différentes méthodes à cette fin.

Ces recherches ont « permis des progrès spectaculaires dans le domaine des atomes froids », souligne le Laboratoire Kastler Brossel, unité mixte de recherche de l’Ecole normale supérieure, de Sorbonne Université, du Collège de France et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), où il travaillait et qui a salué vendredi les « contributions exceptionnelles » de cette « figure majeure ».

Parmi les applications entrées dans notre vie quotidienne : les horloges atomiques, essentielles notamment aux systèmes de télécommunications et de navigation, qui ont pu atteindre une précision extrême.

Humaniste

Dans son discours devant l’académie Nobel, Claude Cohen-Tannoudji déclarait voir dans ce prix la « reconnaissance du travail accompli par un grand nombre de personnes : nos prédécesseurs, qui nous ont initiés à la recherche, nos jeunes et talentueux collaborateurs, qui ont joué un rôle si important dans ces découvertes, et nos collègues du monde entier, dont les contributions ont été essentielles pour construire un tel domaine de recherche ».

Jacques Chirac, alors président de la République, avait salué en lui « l’enseignant » dont les cours et les publications ont « enthousiasmé, année après année, étudiants et chercheurs ».

Parmi ces derniers figuraient deux futurs prix Nobel français : Serge Haroche, dont il avait dirigé la thèse, et Alain Aspect, qui raconte que la lecture de « Mécanique Quantique », ouvrage de référence écrit par Claude Cohen-Tannoudji, Bernard Diu et Franck Laloë, a été l’élément déclencheur de sa vocation.

« Il aimait énormément transmettre et à tous les niveaux », témoigne auprès de l’AFP sa fille Joëlle Cohen-Tannoudji. « Au laboratoire, il avait toujours sa porte ouverte, et je crois que c’est quelque chose qui a beaucoup marqué tous les étudiants : sa disponibilité, quelles que soient les responsabilités qu’il a prises ».

Né le 1er avril 1933 à Constantine (Algérie), avant de rejoindre Paris à 20 ans pour intégrer Normale Sup, Claude Cohen-Tannoudji racontait que cet amour de la connaissance lui venait de son enfance dans une famille « très modeste », où « l’éducation était considérée comme la chose la plus importante dans la vie ».

Humaniste, Claude Cohen-Tannoudji avait reçu en 2013 le prix Andreï Sakharov décerné par l’American Physical Society (APS), qui récompense les scientifiques pour leur engagement en faveur des droits de l’Homme.

Il a notamment « beaucoup œuvré au rapprochement des scientifiques palestiniens et israéliens. Il pensait que la science serait un moyen de rapprocher et, en tout cas, d’apaiser ce conflit », souligne sa fille.

En 1997, il avait tenu à glisser dans son discours du Nobel un vers d’Edmond Rostand : « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ».

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